Identité nationale et immigration : Le maire de Gussainville a-t-il dérapé ?

03/12/2009
Par

Éric Besson, ministre de l’immigration, de l’intĂ©gration, de l’identitĂ© nationale et du dĂ©veloppement solidaire, s’est fendu d’un communiquĂ© pour dĂ©noncer les « propos xĂ©nophobes (…) intolĂ©rables » tenus par le maire de Gussainville « en marge d’une rĂ©union locale » organisĂ©e dans le cadre du dĂ©bat sur l’identitĂ© nationale.

L’Ă©dile se plaignait en termes vifs d’une surabondance de personnes payĂ©es « Ă  ne rien foutre« . De quelles personnes ? Des immigrĂ©s, si l’on en croĂ®t la rĂ©ponse donnĂ©e Ă  un journaliste de RTL devant les camĂ©ras de France tĂ©lĂ©vision.

« DĂ©rapages xĂ©nophobes en marge du dĂ©bat sur l’identitĂ© nationale« , soutient le ministre en titrant son communiquĂ©.

En marge, vraiment ?

Pour le juriste, qui n’a pour guide que les textes, la Nation se rĂ©sume Ă  la somme des personnes de nationalitĂ© française. Elle les contient tous, et se limite Ă  eux. DĂ©finition pauvre et tautologique, qui a le mĂ©rite, cependant, de ne point s’encombrer de substance ; en particuliers de ces venins d’amour, de haine, d’espoir et de rancĹ“urs.

Ce sont donc les règles de la nationalitĂ© qui dĂ©terminent le contenu de la Nation ; et par consĂ©quent, la Nation elle-mĂŞme. Et la frontière ainsi tracĂ©e distingue le national de l’Ă©tranger.

Les consĂ©quences juridiques qui en dĂ©coulent ne sont pas moins claires. Le national jouit d’un droit Ă  rĂ©sider sur le territoire national. L’Ă©tranger, d’une autorisation d’y sĂ©journer octroyĂ©e par l’État. Et l’on ne voit guère pourquoi un Ă©lu devrait s’interdire une opinion sur le nombre d’immigrĂ©s sur le territoire français. MĂŞme exprimĂ©e de façon un peu vive.

Si ce n’est qu’Ă©trangers et immigrĂ©s ne se confondent pas tout Ă  fait.

Il est des immigrés qui ont acquis la nationalité française. Et il est des étrangers nés sur le sol de France.

— Quoi ? Et le droit du sol ?

Eh bien, la tradition monarchique du droit du sol s’est peu Ă  peu Ă©tiolĂ©e. Venue du droit fĂ©odal, elle avait survĂ©cu Ă  la RĂ©volution dans le droit intermĂ©diaire1. Mais le Code civil a instituĂ© la primautĂ© du jus sanguinis — le droit du sang. Par un silence, d’ailleurs, en offrant Ă  « l’individu nĂ© en France d’un Ă©tranger » la possibilitĂ© de « rĂ©clamer la qualitĂ© de français »2.

Aujourd’hui, le mĂŞme Code civil place la filiation comme le premier et principal critère de l’attribution de la nationalitĂ© française. C’est l’article 18.

Est français l’enfant dont l’un des parents au moins est français.

La naissance sur le territoire n’implique l’attribution automatique de la nationalitĂ© qu’Ă  la condition que l’un des parents soit nĂ© lui-mĂŞme sur le sol de France. C’est dire la maigreur du jus soli3 auquel il est d’usage de rattacher la tradition française.

Par consĂ©quent, il naĂ®t chaque jour en France des Ă©trangers qui ne sont pas immigrĂ©s.  Il naĂ®t encore des français Ă  l’Ă©tranger. Il est des français Ă©migrĂ©s. Et il est des français que l’on dit « issus de l’immigration« .

Or, le problème du « grand dĂ©bat sur l’identitĂ© nationale » est qu’il tend Ă  confondre plus qu’Ă  distinguer.

Voyez, pour vous en convaincre, la circulaire adressée par le ministre aux préfets pour son organisation.

La première question posée intéresse la qualité de français :

— Pour vous, qu’est-ce qu’ĂŞtre français aujourd’hui ?

Le citoyen, averti du devoir qui lui est fait de connaĂ®tre la loi4, se prĂ©cipite vers les textes et dĂ©duit du mode d’acquisition sa qualitĂ© de français. Pour celui-ci, ce sera un père français ; pour celui-lĂ , le mariage avec une française ; pour cet autre, la naturalisation.

Viennent alors une série de question sur les symboles de la nation. Questions fort bien réglées par la Constitution du 4 octobre 1958 en son article 2 :

La langue de la République est le français.
L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.
L’hymne national est « La Marseillaise ».
La devise de la RĂ©publique est « LibertĂ©, ÉgalitĂ©, FraternitĂ© ».

Qu’y lit-on ?

Que l’emblème et l’hymne sont nationaux. Mais que la langue et la devise appartiennent Ă  la RĂ©publique. Ce qui, juridiquement revient au mĂŞme, puisque le français est un citoyen en puissance.

Les difficultĂ©s surgissent lorsque l’on en vient Ă  l’immigration, ou, Ă  l’accueil des « ressortissants Ă©trangers« .

— Pourquoi accueillir des ressortissants étrangers dans notre République, puis dans notre communauté nationale ?

Notons derechef que l’accueil dans la RĂ©publique est ici distinguĂ© de l’accueil dans la Nation. J’ai beau chercher, je ne vois pas autre choser pour dĂ©signer « l’accueil dans la RĂ©publique » que la citoyennetĂ©. Est-ce Ă  dire qu’il est en France une citoyennetĂ© extra-nationale ? Plus probablement, les auteurs du texte ont entendu de la RĂ©publique, le territoire. C’est autre chose, toutefois, comme le suggère d’ailleurs le reste de la circulaire.

Mais surtout, il est des immigrĂ©s français. Or, en limitant la question de l’immigration Ă  la seule question des Ă©trangers, on nourrit l’idĂ©e d’un immigrĂ© nĂ©cessairement Ă©tranger. Ou d’un Ă©tranger nĂ©cessairement immigrĂ©.

En quoi l’on vient Ă  fondre, imperceptiblement, l’immigrĂ© et l’Ă©tranger.

Dira-t-on donc, que le maire de Gussainville a « dĂ©rapĂ© » ?

Si tel est le cas, c’est dans le sens d’une pente dĂ©jĂ  fort glissante.





  1. Voyez par exemple l’article 2 de la Constitution de 1791, l’article 4 de la Constitution de 1793, ou l’article 8 de la Constitution de l’an III. []
  2. Ce qui implique que l’enfant d’Ă©tranger naĂ®t Ă©tranger. []
  3. Le droit du sol. []
  4. Nemo censetur ignorare legem. Une maxime de droit français en latin. []

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12 commentaires to Identité nationale et immigration : Le maire de Gussainville a-t-il dérapé ?

  1. clems le 03/12/2009 Ă  18 h 47 min

    « Pourquoi accueillir des ressortissants Ă©trangers dans notre RĂ©publique, puis dans notre communautĂ© nationale ? »

    Je pense qu’il faut comprendre RĂ©publique = territoire français. Et communautĂ© nationale comme citoyennetĂ©. C’est du communautarisme, les français d’abord ou les français en avant, peu importe. Ils forment une communautĂ©. Et l’on pourrait disserter aussi sur le choix du mot « pourquoi ». On ne demande pas comment les accueillir, mais pourquoi. Comment respecter les autres ? Pourquoi respecter les autres ?

    Le maire machin lui répond, aucune raison, sinon ils ne foutent rien et ils vont nous bouffer.

    Sinon, vous avez bien raison de penser que si le maire a dĂ©rapĂ©, c’est après avoir Ă©tĂ© poussĂ© dans le dos par les auteurs de ce dĂ©bat.

    • Jules le 03/12/2009 Ă  19 h 19 min

      J’entends bien que « RĂ©publique » signifie « territoire« . Vous me concĂ©derez que les termes diffèrent, et n’entraĂ®nent pas les mĂŞmes sujĂ©tions. Le visiteur n’est tenu que de respecter les lois du for, et non pas d’adhĂ©rer Ă  de quelconques valeurs que porte la RĂ©publique. Une autre façon d’Ă©tablir la confusion, donc.

      Au reste, quel rapport avec la Nation, sinon l’Ă©tablissement d’un lien nĂ©cessaire entre territoire et Nation ? Lien qui ne s’impose nullement, sauf Ă  vouloir entretenir une confusion.

  2. [...] This post was mentioned on Twitter by PEG and jules_dr, Florence. Florence said: RT @pegobry: La France est-elle un pays de droit du sol? http://j.mp/4UHQO6 (ht @jules_dr) [...]

  3. clems le 03/12/2009 Ă  20 h 39 min

    C’est bien le but de ce dĂ©bat que de crĂ©er de la confusion. Je peine Ă  comprendre que l’on tente d’ y remettre de l’ordre, un ordre constitutionnel sur des notions compliquĂ©es comme les dĂ©finitions de Nation, RĂ©publique, Etat, territoire (et si je dis nation palestienne ? ), bref le savoir de l’Ă©rudit, face au dĂ©sordre populiste.

    La logique est totalement diffĂ©rente et la finalitĂ© aussi. Le quidam comprendra simplement, doit on accueillir des Ă©trangers en france, doit on leur accorder la nationalitĂ©. Le fait d »Ă©crire « pourquoi » signifie doit on y trouver des avantages ?

    Le verbe « acceuillir » repousse l’idĂ©e que l’Ă©tranger ne soit qu’un simple visiteur, il est lĂ  pour s’installer durablement.

    Mr besson a dĂ©jĂ  rĂ©pondu Ă  la question rĂ©cemment en Ă©cartant la question dĂ©mographique. Le ministre du travail a aussi Ă©cartĂ© la question de la main d’oeuvre.

    La réponse attendue et souhaitée -massive- est je ne vois pas de raison pour les accueillir dans notre république et à fortiori dans notre communauté nationale.

    D’ailleurs le porte parole de l’ump adorĂ© en rajoute une couche sur « la communautĂ© » en indiquant que les suisses disent tout haut ce que les français pensent tout bas. Bien entendu sur la question des valeurs judĂ©o-chrĂ©tiennes que les citoyens français sont censĂ©s partager.

    En bref, la question est dés le départ biaisée.

  4. polluxe le 03/12/2009 Ă  21 h 03 min

    Les notions d’Ă©tranger et d’immigrĂ© se croisent mais ne se recoupent pas, voir aussi lĂ  : http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/etranger.htm

  5. polluxe le 03/12/2009 Ă  21 h 06 min
  6. clic le 07/12/2009 Ă  12 h 06 min

    rhooo… tout faux. Le maire a expliquĂ© qu’il voulait parler, non pas des Auvergnats, comme on pouvait s’y attendre, mais des retraitĂ©s et RMIstes qui gagnent 500 euros par mois Ă  rien faire. Ce qui est, il faut l’avouer, proprement scandaleux.
    Mais vous avez raison. La pente est glissante et on tombe sur ce maire quand d’autres (Hortefeux et ses auvergnats prĂ©cisĂ©ment, Raoult et N’Diaye encore) passent tranquillement le savon sans que Besson n’ait jamais rĂ©agit.

  7. LARUE gilbert le 08/12/2009 Ă  14 h 06 min

    Ce maire est fatiguĂ©, comme beaucoup d’entre nous , de voir tous ces assistĂ©s payĂ©s par nos impĂ´ts qui , pour nous remercier, cassent les vitrines , brulent les voitures et pillent la sĂ©curitĂ© sociale.
    C ‘est une nouvelle culture, il faut nous laisser le temps de s ‘y habituer, car nous n ‘avons pas appris cela Ă  l ‘Ă©cole .
    Mais les plus fatigués de payer sont les entreprises qui partent en europe centrale.
    LĂ  il y a moins d ‘assistĂ©s t donc moins de cotisations
    C ‘est des maths Ă©lĂ©mentaires et incontestables.
    Si on pouvait avoir l ‘adresse de ce maire afin de lui apporter notre soutien ça serait bien ,merci.

    • Jules le 08/12/2009 Ă  20 h 31 min

      Pour l’adresse du maire, je suppose que l’adresse de la mairie devrait convenir. Sinon, filez au bistrot d’en face. Nul doute que vous trouverez de quoi dĂ©velopper vos thĂ©ories morales et Ă©conomiques.

  8. GALMICHE rené le 08/12/2009 à 14 h 30 min

    L ‘identitĂ© française c ‘est :
    parler français dans la rue
    avoir un drapeau bleu blanc rouge et non blanc et vert
    ne pas bruler le drapeau tricolore
    regarder la tv française et pas une qui nécessite une parrabole qui défigure les façades
    avoir une tenue correcte et pas ces capuches et foulards qui souillent le paysage
    ne pas bruler de voitures
    ne pas casser les vitrines
    être tolérant et pacifiste
    ne pas caillasser les voitures de pompier
    bref avoir une certaine intelligence mais elle n ‘est pas distribuĂ©e chez tout le monde par la molĂ©cule d ‘adn, alors il faut dĂ©battre de l ‘identitĂ© avec des mĂ©decins et scientifiques plutot que des politiques.

    • Jules le 08/12/2009 Ă  20 h 34 min

      Vous avez raison, l’intelligence, c’est dĂ©cisif. Proposez-vous de dĂ©choir ceux qui ne dĂ©montrent pas leur aptitude intellectuelle Ă  la nationalitĂ© ? Si oui, je me charge de transmettre au ministre, avec vos compliments.

    • clems le 08/12/2009 Ă  21 h 10 min

      « ĂŞtre tolĂ©rant et pacifiste »

      Vous avez Ă©chouĂ©, vous n’ĂŞtes plus français. :mrgreen:

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