Twilight en Poitou-Charentes

07/12/2009
Par
Moutons du Marais Poitevin. Crédit : Marie-Josée Dion (creative commons)

Moutons du Marais Poitevin. Crédit : Marie-Josée Dion (creative commons)

Ségolène et François sont invinciblement attirés l’un vers l’autre. Mais ils ne peuvent consommer leur union au risque de perdre leur sève électorale. Alors, comme dans Twilight, ils flirtent.

Mais à la différence de ce monument de la littérature acnéique, ils partagent les mêmes appétits. Ou, si vous préférez, chacun entend bien faire œuvre de vampire à l’endroit de l’autre.

Lorsque François Bayrou prétend construire un « arc central » parcourant le spectre politique de la gauche à la « droite républicaine« , ce n’est pas seulement dans le souci de réunir des familles dispersées, mais de les gouverner toutes1. Et lorsque Ségolène Royal s’offre de contribuer à cette cuisine politique, ce n’est pas comme ingrédient, mais bien en qualité de maitre queux. Autant dire que les propositions canailles et les refus émoustillés traduisent plus le désir de croquer que celui de convoler.

Rien de cela n’est vraiment surprenant. L’inspiration de toute alliance électorale est moins fraternelle que cannibale. Mais l’épisode du jour traduit plus de faiblesses que de promesses pour l’un et l’autre.

L’arc central de François Bayrou — au delà d’une formule aux accents mystiques — traduit l’échec du Modem. Ce parti avait vocation à intégrer une partie du centre droit réticent au sarkozisme et la gauche sociale libérale orpheline de Dominique Strauss-kahn. Les impérities de la gestion de ses dirigeants, comme les hoquets d’une ligne politique peu discernable2 épuisent peu à peu l’enthousiasme des nouveaux comme la fidélité des anciens. Dès lors, il s’agit pour François Bayrou de se donner un rôle que son influence électorale ne lui permet pas d’espérer aujourd’hui. On y renifle d’ailleurs vaguement le souvenir du François Mitterrand de la Convention des institutions républicaines.

Pour Ségolène Royal, l’ambition de dominer le Parti socialiste — ou d’y installer une minorité puissante – semble devoir s’étioler. Comme s’étiole le cercle de ses soutiens. Lui reste, comme autrefois, le recours incertain à l’opinion publique. De là, sans doute, la tentation de donner corps à l’idée d’un hymen avec le centre pour les élections régionales en Poitou-Charentes. Ce n’est pas seulement de la tactique électorale — les négociations d’alliances se font loin des micros3— , mais une façon de renchérir sur la mise de François Bayrou en lui interdisant de suivre. L’enjeu, bien sûr, réside ici davantage dans la séduction d’un électorat incertain et fuyant que dans la constitution d’une véritable union structurelle.

Ces professions de tolérance gourmande, au reste, ressemblent à s’y méprendre à l’ouverture du Président Sarkozy4. Aller picorer partout ailleurs que chez soi pour tout embrasser ou presque. A cette différence près que l’ouverture sarkozienne fleure la gloutonnerie — il est fort bien pourvu électoralement — , alors que celles de François Bayrou ou de Ségolène Royal tiennent plutôt de la rapine ; deux loups faméliques se disputant le même mouton.

Faut-il croire que l’avenir leur permettra de faire prospérer une telle stratégie ?

On n’y croit guère, au vu des faiblesses qu’ils ont démontrées depuis 2007.

La première d’entre elles tient à leurs capacités d’organisation.

Le Modem n’a pas seulement subi une saignée électorale, mais également une fuite de cadres. La nouvelle génération politique n’a pas accompagné la construction d’une formation politique nouvelle, mais le dépeçage de l’ancienne UDF. Nombreux sont les désenchantés. Moins nombreux sont les fidèles5. La faute, s’il faut en croire divers témoignages, aux méthodes de gestion autocratiques de la direction, loin des promesses de démocratie interne d’hier.

Ségolène Royal, pour sa part, n’a pas su conquérir le parti socialiste — de peu, il est vrai. Elle s’est surtout peu à peu coupée de ceux qui avaient cru en son destin ; cadres du parti socialiste, mais aussi partisans de la première heure. Là encore, l’autoritarisme, l’amateurisme, et un certain dédain pour la fidélité sont blâmés.

La seconde faiblesse est liée au statut qu’ils avaient voulu épouser autrefois. Celle de sauveurs, disons-le. Contre la présidence de Nicolas Sarkozy, pour l’un et l’autre ; contre le parti socialiste, pour Ségolène Royal ; contre le messianisme de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal, pour François Bayrou. Mais un sauveur se doit d’être virginal. Et François Bayrou, comme Ségolène Royal, ont corrompu leur image. Ils ont démontré une forme d’incompétence politique, mais également, des pratiques manœuvrières qui troublent la pureté — sous des formes différentes — qu’ils mettaient en avant.

Et puis, à force de déclarations à l’emporte pièce et de coups politiques6, ils apparaissent désormais comme des aventuriers et non pas des stratèges. On pardonne volontiers aux politiques d’avoir des arrières-pensées. Moins facilement de se comporter comme des flambeurs. Le champ de bataille a une noblesse — fût-elle sanglante — que ne lui dispute pas la vulgarité du casino — fût-elle dorée.

Bref, la cour que se mènent François Bayrou et Ségolène Royal n’est qu’une brume agitée devant les électeurs. Il est rien moins certain que ceux-ci consentent à s’y aventurer.





  1. A son doigt, l’anneau unique. J’aurai pu filer la métaphore tolkienienne, également. []
  2. L’humanisme est un pré-requis démocratique, pas un horizon programmatique. []
  3. Ce que Ségolène Royal a, semble-t-il, tenté. []
  4. Cette ouverture qui tient davantage du filet de pêche à mailles étroites, d’ailleurs. []
  5. Aux deux sens du terme. []
  6. En particulier pour Ségolène Royal. []

Mots-Clés : , ,

5 commentaires to Twilight en Poitou-Charentes

  1. MB le 07/12/2009 à 16 h 03 min

    Oui, mais attention, je n’ai pas lu les livres mais il semble bien que, à la fin, il y ait (entre autre) consommation

  2. babelouest le 07/12/2009 à 19 h 06 min

    Ces tractations ont un côté sordide…. Mais en politique, malheureusement, c’est ainsi que cela fonctionne. Et je ne peux guère tacler Ségolène Royal : c’est grâce à une disposition qu’elle a mise en place, que l’un de mes enfants a un salaire. Après tout, il s’agit d’élections régionales.

  3. clems le 08/12/2009 à 20 h 02 min

    « Mais à la différence de ce monument de la littérature acnéique,  » True blood est mieux, non ?

  4. clems le 08/12/2009 à 20 h 05 min

    Ségolène c’est sookie ? Bon faut que j’arrête mon chahut.

    :arrow:

  5. [...] reviennent toujours pas de la proposition L-O-C-A-L-E de Ségolène Royal d’ouvrir 5 places éligibles de sa liste au Modem en Poitou [...]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Markup Controls
Emoticons Smile Grin Sad Surprised Shocked Confused Cool Mad Razz Neutral Wink Lol Red Face Cry Evil Twisted Roll Exclaim Question Idea Arrow Mr Green