
Crédit Kenji-Baptiste OIKAWA ; creative commons
Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, le service de l’avenir ne doit pas céder devant la myopie des médiocres.
Selon l’institut BVA et l’Express, la cote de confiance du Président Sarkozy chute pour s’établir à 39% d’opinions favorables contre 56% d’opinions défavorables. A l’inverse, Dominique Strauss-Kahn démontre une popularité dodue1 pour l’échantillon représentatif de la population âgée de 18 ans et plus. La belle affaire.
Que l’action d’un Président en exercice fasse l’objet de doutes n’est en rien une nouveauté. François Mitterrand, dans la première partie de l’année 1986, avait connu une chute brutale de sa cote de confiance2. Et Jacques Chirac en 2000 établissait des records d’impopularité dans une configuration politique pourtant favorable. Ceci pour dire que le jugement de l’opinion sur l’action d’un dirigeant ne préjuge pas nécessairement d’un vote futur3.
Tarte à la crème goûtée, donc, que peut-on imaginer du destin du Président Sarkozy s’il sollicite à nouveau le suffrage de la Nation ?
Tout dépendra, peut-on penser, de trois facteurs.
La situation sociale sera le premier d’entre eux. Que le niveau d’emploi — et de chômage — soit durablement affecté par la situation économique, et les électeurs pourraient se montrer sévères. Si une situation économique convenable ne garantit pas la satisfaction des électeurs, l’inverse ne les conduit pas nécessairement à punir le dirigeant en place. Mais encore faut-il que les conséquences sociales de cette situation ne soient pas trop désespérantes.
D’une certaine façon, la crise mondiale a été une chance pour le Président Sarkozy, car l’échec de ses promesses économiques peut être imputé à des éléments qui le dépassent. Mais si les conditions économiques s’améliorent, l’hiver des attentes sociales connaîtra le dégel, et avec le dégel, le printemps de frustrations. La reprise de la croissance économique, parce qu’elle précède nécessairement la répartition de ses fruits, suscite toujours des ronchonnements4. Contrairement aux apparences, donc, le retour d’une situation économique plus prometteuse pourrait défavoriser le Président Sarkozy plutôt que l’avantager.
La question politique sera le second facteur.
Je ne crois pas que l’élection de 2012 se jouera sur le projet politique. Il se jouera donc sur l’état des forces politiques.
L’élection de 2007, me semble-t-il, avait été déterminée tout à la fois par le projet politique du Président Sarkozy la personnalité du même et la personnalité de son opposante principale5. Pour le dire vite, ledit projet reposait sur un triptyque fait de volontarisme politique, de réformes structurelles, et d’un renouvellement des valeurs6. Du fait de son originalité, il dominait les alternatives plus conventionnelles de ses concurrents. Et la question idéologique avait alors un parfum référendaire.
Je crois le parti socialiste tout à fait incapable de produire une telle perspective politique qu’elle oblige ses adversaires à se déterminer par rapport à elle. On peut faire confiance à l’organisation et aux personnalités qui l’animent pour élaborer un long catalogue de mesures où la « solidarité » figurera quatre fois par ligne et la « République » à chaque paragraphe. Rien de quoi agiter les âmes7. Le Président Sarkozy, pour sa part, ne pourra se prévaloir de l’idée de rupture ; ou alors, d’une façon purement rhétorique qui ne trompera personne. Exit, donc, une élection sur le projet.
Pour ce qui est du rapport des forces politiques, on doit avoir égard aux organisations et aux hommes.
Le parti socialiste risque de payer le succès annoncé de la gauche aux élections régionales. Le parti de gauche et les verts — ses alliés naturels — seront tentés de se compter aux élections présidentielles. Et il n’est pas certain qu’une candidature unique socialiste leur agrée, faute, pour les socialistes, de pouvoir leur rétrocéder suffisamment de places éligibles aux élections générales qui suivront. Dès lors, le premier tour pourrait à nouveau voir le candidat socialiste distancé.
La droite, malgré sa faiblesse électorale actuelle, conserve un socle qui se portera naturellement sur le Président Sarkozy s’il concoure. Cependant, l’hégémonie de l’UMP sur les forces de droite amenuise la possibilité de construire une majorité de second tour. Aussi bien, dans cette optique, le succès d’une candidature centriste pourrait cette fois-ci servir le Président Sarkozy. En prenant à la gauche au premier tour, d’une part ; en constituant un réservoir de voix de droite modérée pour le second tour, d’autre part.
Concernant les hommes, le parti socialiste laisse peser une incertitude qui ne le servira pas. Et, contrairement à 2007, il se pourrait que le goût de l’aventure ait passé à l’électorat. On ne croit donc pas que Ségolène Royal parviendra, cette fois, à convaincre son camp. La distance de Dominique Strauss-Kahn peut servir sa popularité, mais elle lui nuira lorsqu’il s’agira de tisser des liens avec la Nation. Assez étrangement, Martine Aubry et François Hollande pourraient apparaître comme des candidats crédibles.
Mais le seront-ils contre le Président Sarkozy ?
D’une certaine manière, c’est la modestie de leur destin qui pourrait les servir. Si une alternative doit être proposée à la personne du Président, une certaine réserve — jospinienne — peut faire luire un concurrent plus que l’effacer. Et, pour peu qu’ils parviennent à se dévêtir des frusques grises de premier secrétaire du parti socialiste, ils pourraient proposer une fraîcheur inattendue aux électeurs8 .
L’impondérable sera le troisième facteur.
On ne peut exclure l’une de ces éruptions qui dresse une partie de la Nation contre le Gouvernement et affaibli d’autant le Président en exercice. Une réaction inadaptée et ses capacités de dirigeants apparaîtront moins certaines ; en particulier aux yeux de ses partisans.
On doit avoir égard également aux intérêts de ses concurrents au sein de la droite.
Il n’est guère de raison de croire aux chances de Dominique de Villepin. Non plus qu’à une véritable capacité de nuisance. S’il peut représenter une forme d’étendard gaulliste, son électorat potentiel constituera, au pire — ou au mieux — qu’un renfort accessoire de second tour.
En revanche, les ambitieux de 2017 pourrait songer que dix années de présidence Sarkozy, après douze années de présidence Chirac, offrent des chances raisonnables à la gauche pour la prochaine échéance. Aussi bien, à la manière de Jacques Chirac en 1981, s’efforceront-ils de soutenir le Président comme la corde le pendu. On pense en particulier à Jean-François Copé, mais nul doute que d’autres personnalité ne s’interdisent rien.
Pour autant, à ce jour, les chances de réélection du Président Sarkozy n’apparaissent pas minces. Plus importantes, en tous les cas, que ce que semblent lui promettent les enquêtes de satisfaction.
- 53% des personnes interrogées lui souhaitent une plus grande influence dans la politique française. [↩]
- Qui l’avait au reste accompagné jusqu’à l’élection de 1998. [↩]
- Valery Giscard d’Estaing pouvait en 1980 s’enorgueillir d’une cote de confiance plutôt élevée. [↩]
- Sans compter la nécessité de rétablir les comptes publics, qui s’effacera, cela va sans dire, devant les nécessités électorales. [↩]
- François Bayrou avait alors offert un refuge à ceux qui s’effaraient ses uns et des autres. [↩]
- Le contenu était plus ambigu. [↩]
- peut-être pour le mieux, d’ailleurs. La modestie de l’ambition n’est pas un vice de l’action politique ; seulement de la conquête du pouvoir. [↩]
- Surtout parce qu’ils ne l’attendront pas. Bertrand Delanoë y est parvenu en 2001. [↩]
Je partage entièrement votre analyse. En y ajoutant ceci : si le parti socialiste était un club de foot, on aurait raison de l’accuser d’avoir abandonné son centre de formation depuis le début des années 80. Les soi-disant « éléphants » n’ont rien fait pour alimenter le parti en jeunes loups, pour les former et leur durcir le cuir.
Au moins à l’UMP l’ambition est valorisée et les ambitieux peuvent prospérer ouvertement.
La dernière phrase est vraie et me desespère tout à la fois.
Pour l’instant on ne peut rien savoir. Trop de x dans l’équation.
Le PS pourrait finalement réussir une alliance avec les verts. Les parties à sa gauche pourraient réussir une alliance éventuellement en excluant le NPA.
Les candidats possibles au ps devraient se déclarer et s’éliminer entre eux cette fois avec moins de violence ou pas. L’effet villepin pourrait suffire à faire perdre 2 ou 3 % au second tour à NS ce qui serait suffisant pour l’éliminer. On ne sait pas si il osera se représenter, bien que l’on connaît trop amoureux du suffrage pour ne pas s’y risquer (notez quand même la présence d’un sondage récent sur une question de type « pensez vous que NS écouteraii carla si elle lui demandait de ne pas se présenter » ce qui ressemble fort à une tentative de préparer le terrain).
Et enfin, on ne sait pas si ils ont réellement ou non des dossiers sur DSK qui pourraient nuire lors d’une campagne.
Une chose est certaine, dans le meilleur des cas pour les deux camps, NS ne pourrait pas gagner. Si il est élu cela ne sera qu’en raison de la division des autres camps et non pour son bilan ou pour sa personnalité.
Etant donné qu’une élection présidentielle est très largement plus influencée par les 3 à 6 mois que par les 5 ans qui la précèdent, il est absolument vain de tenter un pronostic à l’heure actuelle.
Mais il faut bien que l’industrie des pronostics et des commentaires vive. Alors…
Pari-Turf s’il-vous-plait!
N Sarkozy est un excellent vendeur, son problème c’est que le produit ne correspond pas à la description et comme le SAV est pas terrible on n’a plus trop confiance.
On a vu beaucoup de boites couler à cause de çà.
Votre analogie pointe parfaitement un gros problème des élections : dans le monde économique si l’offre est insatisfaisante on peut épargner, pour mieux dépenser lorsqu’une offre sera à même de déclencher un acte d’achat. Dans notre système électoral il est impossible de thésauriser, de sorte qu’il est impossible pour l’électeur investi, impliqué et insatisfait de se différencier de l’indifférent.
A quand un compte épargne-voix ?
Bonjour Jules,
je suis d’accord avec votre analyse, en particulier sur les incapacités actuelles du Parti Socialiste : « Je crois le parti socialiste tout à fait incapable de produire une telle perspective politique qu’elle oblige ses adversaires à se déterminer par rapport à elle.
Cela me rend d’ailleurs plutôt malheureux. Peut-être pourriez-vous consoler mon cœur en parlant à ma raison, et gratifier vos lecteurs d’une note sur votre explication d’une telle incapacité ?
Bien à vous,