Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire,
Pour l’opinion publique, dûment orientée par la perspective naturelle des médias généraliste1, les élections présentent une dimension nationale. Au reste, quoique l’on s’en défende, l’idéologique n’est jamais complètement absente de toute consultation démocratique. Et l’idéologie méconnaît les frontières locales.
Pour les forces politiques, l’élection constitue le test véritable. Les dirigeants s’y forgent un destin aux yeux de la Nation, de leurs partisans et de leurs adversaires.
Mais l’élection a une fonction tout à fait fondamentale pour l’ensemble des personnels politiques : celle d’offrir des places à occuper — ou de les supprimer. Il n’y a pas lieu d’en être troublé. Après tout, l’engagement politique présuppose un goût pour l’exercice du pouvoir, et l’idée, aussi noble que vaniteuse, que l’on a quelque chose à apporter à ses concitoyens. Et pour cela, les fonctions électives présentent quelque avantage.
A cet égard, les dirigeants d’un parti ne sont pas seulement jugés à l’aune de leur capacité à occuper emporter l’adhésion du peuple, mais également sur la façon dont ils gèrent leurs ressources humaines.
Et de fait, les élections locales, dont les résultats ne décident pas de l’avenir de la Nation, constituent un enjeu autrement plus conséquent pour les militants des différentes formations politiques ; et ceci en raison du nombre de places qu’elles permettent d’occuper. Au delà des élus, une myriade de fonctions subalterne d’assistance qui attisent la convoitise.
Aussi bien, la lourdeur d’une défaite électorale n’a-t-elle pas seulement pour conséquence de porter atteinte au moral des troupes, mais également à leur vie quotidienne. Ce qui peut avoir quelque conséquence sur le soutien qu’ils apportent à leurs dirigeant. Voyez, à cet égard, les grognements de la majorité devant la politique d’ouverture du Président Sarkozy. Faire germer la division dans l’autre camp peut également semer des graines de déloyauté parmi ses troupes.
Voyons, pour nous en convaincre les effets du scrutin dans la région Île-de-France ; du moins, tels qu’ils s’évincent des enquêtes d’opinion récentes.
Et pour commencer, un mot sur le mode de désignation des conseiller régionaux.
Elle procède d’une élection à deux tours au scrutin proportionnel de liste, avec prime majoritaire. La liste qui a obtenu le plus de suffrage au second tour2 se voit attribuer le quart des sièges. On voit ainsi l’intérêt de constituer des listes d’union pour le second tour, et ainsi d’avoir des partenaires politiques.
Pour la région Île-de-France, 209/4= 52,25 arrondi à l’entier supérieur : 53
Les sièges suivants — 156, sont attribués selon la règle de la plus forte moyenne parmi les listes ayant obtenu plus de 5% des suffrages.
On calcule d’abord le quotient électoral : nombre de suffrages exprimés/nombre de sièges à pourvoir ; soit, pour l’élection de 2004, 3 911 643/156 = 25 074
On divise ensuite les suffrages obtenus par chaque liste du second tour par le quotient électoral. Ce qui donnait en 2004 :
Pour la liste PS – Les Verts – MRC – PRG + PCF – AGR : 1 923 139/25 074 = 76 sièges
Pour la liste UMP – MPF – CNIP – FRS + UDF – Cap 21 : 1 592 988/25 074 = 63 sièges
Pour la liste Front National : 395 516/25 074 = 15 sièges
Restaient 2 sièges à attribuer selon la méthode de la plus forte moyenne :
1 923 139/(76+1) = 24 975
1 592 988/(63+1) = 24 890
395 516/(15+1) = 24 719
En simplifiant le calcul, les deux sièges restants furent attribués aux listes de la gauche et de la droite, ce qui donne
- Pour l’ensemble de la liste de gauche de second tour : 130 élus
- Pour l’ensemble de la liste de droite de second tour : 64 élus
- Pour la liste du front national : 15 élus
Ces élus se sont ensuite réparti au sein des divers groupes politiques, qu’ils ont d’ailleurs pu quitter en cours de mandat, à l’exemple de Jean-Luc Roméro, élu UMP passé chez les radicaux de gauche.
Que peut-il advenir en 2010, si l’on suit les prévisions des sondages3 concernant le rapport des forces politiques4 ?
Faute d’avoir pu trouver le nombre d’électeurs inscrits au 1er janvier 2010, je me suis appuyé sur les résultats donnés aux dernières élections en date5 pour obtenir un résultat de 6 823 189 électeurs inscrits.
J’ai fait des hypothèses grossières de reports des suffrages de premier tour :
La liste Modem n’obtient pas la possibilité de se maintenir et ses voix sont équitablement partagées entre la liste de droite et de gauche de second tour. Les suffrages obtenus par les listes de la gauche radicale se partagent entre l’abstention et le report à gauche. Le front national reste stable.
Avec 55 % des suffrages exprimés, la liste de gauche obtiendrait 139 sièges.
Avec 35 % des suffrages exprimes, la liste de droite obtiendrait 55 sièges.
Avec 10% des suffrages exprimés, la liste du Front national obtiendrait 15 sièges.
Soit 9 sièges de perdus pour la droite et 9 de gagnés pour la gauche, avec une stabilité du Front national. Même en admettant un sursaut de la droite au second tour, la perte demeure tout de même sensible.
Et en extrapolant une généralisation de la situation de l’Ile-de-France aux autres régions, on peut estimer que la droite perdra quelques dizaines d’élus et avec eux, des fonctions ancillaires, qui ne gouteront peut-être pas, pour l’avenir, la stratégie électorale de l’UMP et de ses dirigeants. Parmi lesquels le Président de la République.
Si donc il est vrai que les élections régionales ne passionnent pas les foules, elles intéressent hautement les organisations politiques. Elles peuvent ainsi orienter les liens qui s’y tissent et déterminer, pour une part, le sort des élections nationales à venir.
A vrai dire, ce ne sont pas tant les résultats en voix qui décideront de l’équilibre à venir du rapport des forces, mais les résultats en siège et la façon dont ils seront accueillis au sein des différentes formations politiques.
- Dont l’audience est nationale. [↩]
- Ou la liste majoritaire au premier tour. [↩]
- Je me suis appuyé sur ce sondage de l’institut CSA, pour le compte du Parisien. Les prévisions de l’institut CSA sont parfois légèrement plus favorables à la gauche que celles des autres instituts ; mais cette différence est marginale pour la démonstration. [↩]
- L’abstention ne détermine pas la répartition des sièges. [↩]
- En faisant la somme des départements de la circonscription Ile-de-France. [↩]
Tout ceci est parfaitement juste. La perte d’un siège est souvent extrêment angoissante pour des politiques qui en vivent. D’où la résistance au non-cumul des mandats. D’où la sur-représentation des fonctionnaires.
Il ne faut pas négliger non plus les effets pour certains élus de gauche d’un rééquilibrage au sein de celle-ci. C’est certes plus facile à gérer quand on gagne des sièges mais d’un autre côté, la majorité au pouvoir a plus de sinécures à offrir aux recalés.