Élections régionale. En péniche sur la Seine
Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, il ne sera pas dit que Jules a renoncé à franchir de Rubicon.
Et faute de Rubicon, il a traversé la Seine, fleuve de tradition gauloise qui arrose la bonne ville de Troyes avant de partager Paris en escalopes.
C’est en effet à la rive gauche parisienne qu’est amarrée L’Équité, péniche de campagne de Valérie Pécresse et son équipe. Prêtons-leur pour un soir la devise parisienne : Fluctuat nec mergitur.
Et tant que nous y sommes, cédons à la facilité du pastiche.
Mars le joli mars en péniche sur la Seine
Une dame regardait quelques tristes résultats
Vous êtes si jolie mais la défaite est là
Qui donc a fait pleurer cette âme républicaine
Un peu d’histoire.
Le pont du Garigliano, qui nous contemple de ses quatre décennies, a été nommé ainsi par hommage à une victoire remportée en 1944 par le Maréchal Juin. Mais c’est aussi le lieu des hauts faits du chevalier Bayard, qui combattit les espagnols pour couvrir la retraite des armées françaises. Bref, une défaite glorieuse sous le regard pontifical de Jules II1.
Il est 20 heures. Les résultats viennent de tomber sur TF1. Un moment de silence sépulcral. Sic tansit gloria mundi. Quelques instants plus tard, des cris et applaudissements lorsque la liste UMP de Valérie Pécresse est annoncée devant celle de Jean-Paul Huchon.
Patrick Karam, numéro deux de la liste UMP à Paris fait part de ses projets au Conseil régional. Il compte provoquer sans cesse Jean-Paul Huchon, jusqu’à provoquer des incidents de séances. Je ne suis pas sûr que l’UMP y trouvera une image plus chatoyante.
Entre désolation et consolation : c’est la débâcle, mais la liste de Valérie Pécresse semble avoir obtenu de meilleurs résultats que celle de Jean-Paul Huchon. Les équipes parisiennes se satisfont d’un score prévisible meilleur que les tendances nationales. Un étrange soulagement flotte parmi les militants.
Le calme désormais. Et un peu de luxe et de volupté. Les militants plaisantent.Valérie Pécresse passe, un téléphone vissé à l’oreille. Mine soucieuse ou concentrée. Il est 22h30 et il est déjà demain.
Certains observent que la campagne de l’UMP pour le second tour commence dès maintenant alors que la gauche devra prendre le temps de constituer des listes. Un autre motif d’espoir.
De fait, si les estimations sont confirmées par les résultats, la gauche devra faire face à un problème compliqué : la puissance montante des écologistes trahit une infidélité croissante au parti socialiste et ne garantit nullement des reports favorables au parti socialiste. De surcroît, ce nouveau succès peut conduire les alliés du Parti socialiste à un comportement peu accommodant. La droite parlementaire, sans doute, perd beaucoup. Mais la gauche est bien loin de s’assurer une autorité durable.
- Il est de tradition que les Jules ont, de tous temps, sournoisement infesté les hauts lieux du pouvoir. Songez à la République des Jules. [↩]
