Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, on se réjouira que les hommes appelés aux plus hautes destinées sachent réserver une part de leur âme à la douceur naturelle de leurs sentiments.
Le nouveau site de la présidence vient d’ouvrir ses portes. Et l’on y trouve, nichée dans la rubrique consacrée à la présidence, une page sobrement intitulée Première Dame de France. Les plus perspicaces auront deviné que cela concerne l’épouse du Président de la République.
Carla Bruni Sarkozy ?
Oui, en un paragraphe de fin. Mais avant cela, une dissertation de moyenne facture1 sur le rôle du conjoint du Premier magistrat de France. Tout du moins, sur le rôle de « l’épouse du président de la République ». Fort justement, il est rappelé que la Constitution, non plus que la loi, ne donne de mission au conjoint du Chef de l’état.
Le rôle et la fonction institutionnels de l’épouse du président de la République ne sont mentionnés dans aucun texte officiel. Du point de vue institutionnel,donc, le conjoint du chef de l’Etat n’a aucun prérogative et aucun statut.2
Cependant, ajoute-t-on aussitôt :
En pratique, elle occupe pourtant une place importante dans le protocole et joue un rôle de représentation non négligeable. Elle accompagne notamment le chef de l’État lors de déplacements à l’étranger, reçoit les hôtes du Palais de l’Élysée lors des dîners d’État, ou bien anime le Noël de l’Élysée.
Et c’est ce rôle de représentation qui justifie une place sur le site de l’Élysée. Ce dernier, après tout, est un outil de communication comme un autre. Et l’on peut concevoir qu’il échoit un rôle de représentation à l’entourage du Président3 dont il convient de faire l’article. Il n’est pas interdit cependant, d’y voir la simple persistance du rôle traditionnel de la femme, maîtresse d’intérieur et instrument de la gloire de son époux4.
Ce n’est certes pas la coutume nationale, mais il est d’autres démocraties dans lesquelles on met en avant le conjoint d’un dirigeant. Aux États-Unis, où l’on présente la personnalité de la First Lady. Au Royaume-Uni, également, où l’exposé intéresse exclusivement l’engagement caritatif de Madame Brown.
De ce côté de la manche, il n’est fait que brève mention de la profession de Carla Bruni Sarkozy et des actions humanitaires auxquelles elle participe. Il est d’ailleurs renvoyé à son propre site, qui mêle de façon un peu étrange la promotion d’articles de modes, de la personne de Carla Bruni Sarkozy, et de l’action de sa fondation. Du caritatif fortement teinté de people.
La présentation apparaît finalement un peu sèche, ce qui peut traduire une louable retenue ou un peu de gêne. Les deux, peut-être.
C’est qu’il n’est pas de tradition, en France, que la République fasse la réclame des proches du Chef de l’État. Que, par des voies détournées, leur personne ou leur action soient proposées au regard du peuple, cela n’a rien de nouveau5. Mais l’usage voulait une superbe ignorance des institutions. Chez Michel Drucker, passe ; mais pas au journal officiel. Or, qu’on le veuille ou nom, le site de l’Élysée présente un caractère institutionnel. Et les sujétions protocolaires et caritatives de Carla Bruni Sarkozy ne paraissent pas suffisantes pour justifier ce gauchissement de la tradition.
Un signe de modernité, objectera-t-on.
D’archaïsme, plutôt. Lorsque la personnalisation du pouvoir voulait que l’on ne puisse en laisser échapper une once ; en sorte que la familiarité valait titre.
Il faudrait, en passant, se pencher sur cette curieuse habitude qui consiste, pour les épouses de dirigeant, à mettre en scène des engagements caritatifs. Quelle est leur fonction ? Justifier les attentions de la presse et la curiosité de l’opinion publique ? Faire pendant au rôle protocolaire de potiche ? Mitiger d’un peu de pureté le pragmatisme froid de l’action politique ? Un peu de tout cela, sans doute.
Rien qui ne suffise à expliquer, cependant, pourquoi en République, l’épouse du Président se trouve dotée d’un titre inexistant sur un site de l’État. Cela justifiera cependant que l’on s’intéresse aux dépenses engagés pour assurer le rôle de représentation auquel elle a été assignée.
NB : L’illustration figure l’impératrice Eugénie, épouse de Louis-Napoléon Bonaparte, qui disait d’elle : « Douée de toutes les qualités de l’âme, elle sera l’ornement du trône, comme, au jour du danger, elle deviendrait un de ses courageux appuis. Catholique et pieuse, elle adressera au ciel les mêmes prières que moi pour le bonheur de la France. »
- Rédigé à la hâte — ou par un piètre dactylographe — le texte n’est pas épargné par quelques fautes grossières. Ce qui est une façon discrète de rendre hommage à la Fondation Carla Bruni-Sarkozy pour faciliter l’accès à la culture, à l’éducation et au savoir afin de lutter contre les inégalités sociales. [↩]
- On a conservé l’orthographe et la ponctuation d’origine. [↩]
- Par une forme de délégation tacite. [↩]
- Il est d’ailleurs notable que la présentation du rôle de l’épouse du Président de la République ne fait guère de place à un hypothétique « époux ». [↩]
- C’est une façon comme autre de conforter les séductions du pouvoir. [↩]
Tu aurais pu mettre aussi un portrait de Marie-Antoinette, autre « première dame » qui a joué un rôle. Et si tu avais été cruel, tu aurais mis la marquise de Pompadour…
C’est que… L’impératrice Eugénie était connue pour sa beauté en son goût pour les arts.
Certes, certes.
En République, justement, le vol de Joyandet à 110 000 euros, pour banal qu’il soit chez nos éminents ministres et secrétaires d’Etats, dont la présence est pur joyau il faut déduire, me paraît autrement plus révélateur du dévoiement des nos institutions (et par là même, interprétation toute personnelle, j’y vois une raison forte de l’abstention aux élections).
Pour ce qui concerne le ministre, il n’y a pas eu de vol — soustraction frauduleuse de la chose d’autrui — ni même, à ma connaissance, aucun fait qui reçoive une qualification pénale.
Il me semble, Jules, que lorsque Bob parle du vol de Joyandet, il veut parler du Ministre qui s’est envoyé en l’air pour 110 000 euros
Oui.
J’apprends qu’hier, donc pas le 1er avril, N. Sarkozy a réuni 255 députés UMP au palais de l’Elysée. Je suis choqué : ne s’agit-il pas là du détournement en grande pompe du palais officiel de la République à des fins politiciennes, favorisant un parti politique en particulier ? Comme chef de parti, le président ne devrait-il pas avoir à se produire dans des salles de son choix, mais pour lesquelles l’argent du contribuable ne serait pas mis à profit ? ce qui exclut donc tout bâtiment officiel de la République.
A mon sens, plus grand dévoiement dans ce rassemblement de partisans qui ne semble choquer personne que dans la page dédiée à une épouse de président, dont la Consitution fait royalement fi il est vrai Jules, sur le site de l’Elysée.
Cela dit, à côté d’un billet d’avion – A/R certes – à 110 000 euros, tout ça ne pèse pas lourd.
Personnellement celà ne me choque pas. Sur le site de la Maison Blanche il y a un espace consacré à la First Lady. Aux USA l’épouse du Président joue un rôle politique. Ce fut notament le cas de Mrs Clinton. Bien entendu ce n’est pas le cas en France où depuis Mac-Mahon les épouses des Présidents se sont bien gardé de tenir des propos politiques (à l’exception toutefois de Danièle Mitterrand qui avait des opinions bien affirmées et d’Yvonne de Gaule qui – dit-on – aurait fait remercier des ministres « mal-pensants ») .
Je me souviens de commentaires catastrophés de « vieux » se demandant qui on allait afficher comme première dame de france si jamais Delanoé devenait président…
Comme quoi, quand on est président, il faut absolument afficher sa potiche et en avoir une, sinon c’est un peu comme sortir sans pantalon.
Hugh ! Moi Chef, moi avoir femme. Femme bien faire repas. Toi admirer femme a moi.
Une femme qui sait cuisiner, de nos jours ça force l’admiration en effet.
J’acquiesce.
Cette figure de la Première Dame me rappelle la conception victorienne de l’épouse, vestale confinée au foyer, loin des souillures du monde, modèle de vertu et de pureté.
Le « conjoint » placé entre « l’épouse » et le pronom « Elle » (qui reprend le conjoint, donc) , ressemble à une vague tentative de rétablir la neutralité. À moins qu’il ne soit juste là pour éviter une répétition.
Les fautes d’orthographes semblent avoir été corrigées (en tout cas, il y a un e à « aucune prérogative »). Reste la ponctuation.