Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, on doit se réjouir que survive l’une des plus anciennes institutions de notre génie national : l’attaque ad hominem.
Ce lundi, Daniel Schneidermann troussait dans Libération un billet plutôt acide sur le « ricanement nerveux » de Jean-Michel Aphatie. Le même Jean-Michel Apathie avait déjà été pris à partie par de Bruno Roger-Petit avec une pique « d’éditocrate ». Il lui répondit d’une salve de « germanopratin »1, certes allusive2, mais adroitement dirigée.
Le lendemain, Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature s’en prenait — toujours dans Libération — à « la vision profondément conservatrice du monde social » que lui semble nourrir l’avocat général Philippe Bilger sur son blog. Les banderilles3 n’ont pas encore donné lieu à une riposte.
La dernière illustration est datée de ce jour.
Il y a quelques temps, Alain Minc s’en était venu à l’émission matinale de France Inter pourvu d’un petit compliment qu’il réservait à Stéphane Guillon. Cela se voulait une réponse à la saillie que le chroniqueur s’est fait usage de dispenser aux invités les plus prestigieux de la station. Las, contre toute attente, Stéphane Guillon n’engagea pas le combat contre Alain Minc, lui préférant une autre cible. Faute d’assaut, la réplique était vaine.
Tout autre qu’Alain Minc se fut satisfait d’une victoire par forfait. Mais pas un tel esprit chevaleresque. Il n’était pas dit que le fruit de son talent dut rester ignoré de tous. Aussi, par l’entremise de lexpress.fr, Alain Minc pu faire connaître sa philippique tandis que Stéphane Guillon affutait sa riposte. Mes lecteurs jugeront d’eux même les cimes auxquelles atteignent ces aigles de la dispute.
Ce ne sont pas là médiocres chicanes d’internautes vautrés dans la rumeur et l’injure. Ce ne sont pas davantage les querelles feutrées des revues scientifiques qui suintent un douceâtre jus de navet. Non, veuillez y voir la goutte de virilité qui muscle une discussion d’hommes. Fini la bataille de polochons. Sortez les rapières.
Et l’on ne peut que féliciter la presse pour l’accueil qu’elle fait à ces propos, contribuant en cela à la tradition française du débat public.
Bien sûr on eût ici préféré des vers. Car il n’est de plus piquantes épines — c’est une vérité centenaire — que celles de la rose assassine.
- NDJ : le terme « germanopratin », non content d’indiquer une origine géographique fort circonscrite — le quartier de Saint-Germain des prés —, désigne également la disgrâce contemporaine d’élitisme depuis la campagne présidentielle de 2007. [↩]
- A ce point que m’étais mépris sur son destinataire. Mais il faut dire que le germanopratinat se porte bien en ce moment. [↩]
- Le « narcissisme » ou la « prose à la fois emphatique et anecdotique ». [↩]
Sans doute devons-nous prendre comme le signe de notre bonne fortune de voir tant de nos concitoyens se nourrir en se raillant d’autrui
Mais de là à respecter ceux-là, non, jamais. Même si ce sont mes impôts qui rémunèrent le libre exercice de la perversion à ciel ouvert et grandes ondes.
Ah je l’avais loupée cette réplique de guillon. Bravo à lui ! Merci jules, me faire rire ici et maintenant, je ne m’y attendais point
Pour la cible de Jean-Michel Aphatie, je pense que son style allusif – comme vous dites- vous a égaré: il répondait plutôt au post de Bruno-Roger Petit sur… le Post, Daniel Schneidermann y fait lui même allusion.
En tout cas, tout cela est bigrement intéressant.
By Jove, vous avez raison… Je suis confondu et corrige.
Comme on disait pendant les bagarres à la récré. Du sang! Du sang!
dût ?