Chronique imaginaire d’un cauchemar en bleu
Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, le pire n’est jamais sûr, mais il a de beaux jours devant lui.
Et en particulier dans ce mois de juin 2010, là-bas, à l’orée de l’hiver africain.
Nous sommes le mardi 22 juin 2010, et le soleil s’est levé sur Bloemfontein. Dans quelques heures l’Équipe de France doit disputer un match pour la qualification en 1/8e de finale de la coupe du monde de football. Pour ce faire, elle doit l’emporter sur l’Afrique du Sud et marquer de nombreux buts, tout en espérant que le Méxique et l’Uruguay ne fassent pas de match nul. Mais l’enjeu sportif a peu à peu disparu derrière la chronique vaudevillesque des faits et gestes des joueurs au coq doré.
10h00. La nuit fut courte. Hier au soir, la rumeur a couru de la démission de Raymond Domenech. Après la houleuse conférence de presse d’avant match — au cours de laquelle Patrice Évra a traité les journalistes de « vampires » et la fédération de « véritables imposteurs » — Jean-Pierre Escalettes et Raymond Domenech ont eu un court entretien à l’hôtel des bleus. Il s’est achevé par le départ de l’entraîneur qui s’est enfermé dans sa chambre depuis. Du côté de la fédération, c’est le silence. Les joueurs refusent de parler aux journalistes, mais d’après leur entourage, Jean-Pierre Escalettes a exigé de Raymond Domenech qu’il tienne ses joueurs en conférence de presse.
10h20. D’après l’AFP, Raymond Domenech ne fera pas la causerie prévue à midi. C’est Alain Bogossian, Pierre Mankowski et Bruno Martini qui doivent s’en charger.
11h00. Une conférence de presse est annoncée pour 11h30. A Paris, TF1 et M6 ont décidé d’interrompre leurs programmes. Bixente Lizarazu, sur RTL, dit que c’est peut-être « la meilleure chose qui puisse arriver à l’équipe » pour le match du soir. Mais qui sélectionnera les titulaires ? Personne ne sait. Sûrement le triumvirat Boghossian, Mankowski, Martini.
11h15. La conférence de presse est repoussée à 13h. Sur Europe 1, Guy Roux s’énerve : « — Alors vous comprenez, y’a plus d’entraîneur, y’a plus d’équipe. C’est l’entraîneur qui fait l’équipe, vous comprenez. Donc, on demande à Boghossian, Mankowski et Martini de faire une équipe à trois heures d’un match de coupe du monde ? »
11h30. Les journalistes reçoivent un SMS de la Fédération : « Raymond Domenech n’est plus l’entraîneur de l’équipe de France. » Un communiqué est publié sur le site de la FFF : « En raison de divergences fondamentales sur la conduite de l’équipe de France pendant la coupe du Monde, Raymond Domenech et Jean-Pierre Escalettes ont décidé d’un commun accord de mettre fin à la mission de Raymond Domenech. Il sera remplacé pour la suite de cette compétition par Alain Boghossian, assisté de Pierre Mankowski et Bruno Martini. »
11h40. Pierre Mankowski improvise une rapide conférence de presse pour annoncer sa démission, « par solidarité avec Raymond« . Sur RMC, Coach Courbis rigole : « — Mais tu crois qu’on s’en fout pas, ici, de la démission de Mankowski ? Tu crois que c’est le problème, aujourd’hui, la démission de Mankowski ? Modestement, je vais te dire qu’on s’en fout un peu. »
11h50. Sur le site du Parisien, une news sur la « vraie raison du départ de Domenech« . D’après des sources internes, l’entraîneur aurait bousculé Frank Ribery après que celui-ci ait insulté sa compagne.
12h00. La causerie avec les joueurs prévue à midi est repoussée à 12h30. La conférence de presse est donc repoussée à 13h30. 30 minutes avant le départ pour le stade.
12h05. L’information du Parisien est démentie par des sources internes.
12h10. Sur France Inter, Alain Finkielkraut dénonce le comportement des joueurs qui ont réussi à pousser dehors leur entraîneur « même si celui-ci n’est pas bon. » Il fustige le comportement de la FFF qui a cédé aux caprices de voyous. Et il prévient en citant Kundera : « la mémoire du dégoût est plus grande que la mémoire de la tendresse. »
12h20. Jean-Michel Larqué, sur RMC explique que c’est la plus grande crise du football française depuis sa création. Sur RTL, Eugène Saccomano s’emporte : « — Et Anelka, et Domenech qui partent ! Et Ribery qui reste ! Mais, partez, messieurs les joueurs ! Partez, messieurs de la Fédération ! Rentrez en France ! Ou plutôt, partez en vacance loin de la France, loin du football. Vous n’en voulez pas du football, eh bien le football ne veut pas de vous. »
12h30. Le salon prévu pour la causerie est ouvert, mais aucun des membres de l’équipe ou de l’encadrement n’est là.
12h35. Bruno Martini se présente sans Alain Boghossian.
12h40. Seuls Yoann Gourcuff, Hugo Lloris, Jeremy Toulalan, Alou Diarra Et Sébastien Squillaci sont présents.
12h45. Alain Boghossian arrive et ferme la porte.
12h50. La presse s’interroge : que font les autres joueurs ? Est-ce une nouvelle grève ? « — En soutien de Ray ?« , s’esclaffe Daniel Riolo en direct sur RMC par téléphone.
12h55. La causerie est finie. La conférence de presse est avancée à 13h00. Précipitation des journalistes.
13h05. Conférence de presse d’Alain Boghossian, Bruno Martini et les cinq joueurs présents. Alain Boghossian lit une fiche : « — Les joueurs de l’équipe de France expriment leur solidarité avec Raymond Domenech et réclament son retour pour ce soir. Certains joueurs de l’équipe de France — qui sont ici — ont estimé qu’ils devaient aux supporters de sauver leur honneur dans cette compétition. D’autres joueurs n’ont pas souhaité assister à la causerie et ne prévoient pas de se rendre au match. C’est un choix personnel que nous respectons, même si nous pensons que le soutien à Raymond ne doit pas pénaliser l’image de la France. »
— Est-ce que cela veut dire que l’équipe de France déclarera forfait ?
— (B. Martini) Ça dépendra des joueurs absents.
— Yoann Gourcuff, vous qui êtes présents, êtes-vous solidaires des joueurs absents ?
— Comme vous avez remarqué, je suis présent…
— Et si aucun des joueurs absents ne vous accompagne, vous vous présenterez tous les cinq sur la pelouse ?
— Toule (Toulalan) est suspendu pour le match ; donc on est quatre. Je ne sais pas.
13h20. Fin de la conférence de presse. Sur RTL, Bixente Lizarazu et Pierre Ménès expriment leur stupéfaction : « Non, mais, le gars, ils ont tout fait pour le virer. Mais alors, tout fait. On le vire, et eux, ils font la grève du match. C’est hallucinant, Pierre, c’est hallucinant. » Sur LCI, Frédéric Lefebvre se désole : La France en grève, le mépris de la France par les privilégiés, voilà l’image qu’ils veulent donner au monde. » Sur RMC, Roland Courbis explique : « — Non, seulement c’est ridicule, mais en plus, tu fausses la coupe du monde. Pourquoi ? Eh parce que les Bafana, ils ont un trois zéro sur tapis vert. Avec, ça si l’Uruguay gagne le Méxique 1 à 0, c’est toujours le Méxique qui est qualifié. Alors que si les Bafana, ils gagnent par 4 à 0 — Et me dit pas que c’est pas possible Jeannot que les Bafana chez eux, ils gagnent pas l’équipe de France d’aujourd’hui 4 à 0 — si les Bafana, ils gagnent par 4 à 0, eh, c’est eux qui sont qualifiés. Seulement, avec un forfait, c’est 3 à 0, c’est pas 4 à 0 ! »
13h25. Le bus stationne devant l’hôtel.
13h30. Les cinq joueurs présents à la conférence de presse s’installent dans le bus avec le staff technique. Seul Alain Boghossian est absent. « — Il peut déjà plus les supporter. Lui aussi fait la grève aussi pour obtenir le retour de Doménech« , plaisante Pierre Ménès.
13h50. C’est le statu quo : les cinq joueurs présents sont cachés dans le bus avec le staff. Les autres ne se montrent pas. Pour pouvoir s’entraîner avant le match, il faut partir dans moins de 30 minutes. « —Mais qu’est-ce qui se passe ?, s’interrogent les envoyés spéciaux. D’après certains, Boghossian négocie avec les cadres grévistes. On dit aussi que le Frank Ribery a refusé de parler au président Sarkozy. « — Ils ne respectent rien ; ils sont complètement hors du monde« , se désole Jean-Michel Larqué.
14h05. Alain Boghossian arrive dans le bus.
14h10. L’ensemble du staff et les cinq joueurs présents quittent le bus sans un mot. le visage fermé. Coach Courbis sur RMC : « — Si c’est bien ce que je crois, c’est de nous qu’on se rappellera pour cette coupe du monde. Même pas le vainqueur, on s’en rappellera. Juste l’équipe de France qui fait la grève du dernier match, on se rappellera. »
14h20. Mais pourquoi le bus reste stationné devant l’hôtel si on ne joue pas ? le chauffeur ne sait rien. Personne ne lui a dit de partir, alors il reste.
14h35. Breaking news ! Tous les joueurs et le staff montent dans le bus. frank Ribery porte des lunettes noires. Patrice Évra lève le pouce. « C’est mieux que de faire un doigt comme Gallas« , s’amuse Éric Di Méco sur RMC.
14h40. Départ du bus. Roland Courbis ironise sur RMC. « — Alors ça, c’est la meilleure façon de préparer un match décisif. Pas d’entraîneur, pas d’échauffement au stade, une heure de retard et les joueurs qui se font la gueule. Et où elle est leur revendication maintenant ? Ça a servi à quoi, le cirque ? »
14h50. On dit que les non grévistes et le staff sont allés convaincre les grévistes. On dit même que le Président Sarkozy est intervenu. Roselyne Bachelot a refusé de confirmer. Au fait, quelle sera la composition de l’équipe ? Et qui la fait ? Elle est sur le point d’être faite et elle sera faxée du bus.
15h00. Breaking news ! La rumeur court que les joueurs ont obtenu la réintégration de Doménech à son poste ! Pierre Ménès sur Canal plus : « — Il ne manquait plus que ça. Doménech de retour, ben je crois qu’on est bon, là. »
15h05. communiqué de la FFF : « À la demande de l’ensemble de l’Équipe de France — le staff et les joueurs — Raymond Doménech a accepté de reprendre ses fonctions au sein du groupe France. La fédération se réjouit de cette marque de confiance et espère que l’unité retrouvée permettra d’espérer un excellent résultat de soir. » Pierre Ménès sur Canal plus : « — Non, mais ils se foutent du monde là. Ils croient vraiment que ça se voit pas ? Alors, maintenant, la Fédé, c’est ‘je baisse mon froc et je lève les fesses’. Et en plus je dis que ça me fait plaisir ? »
15h10. On apprend que Raymond Doménech vient de partir au stade. Vu la circulation, il en a pour au moins trois quart d’heure.
15h30. Guy Roux sur Europe 1 : « — Mes amis, c’est historique. C’est la première fois qu’on vire un sélectionneur quatre heures avant un match, et qu’on nomme le nouveau sélectionneur une heure avant le match. »
15h30. La composition de l’équipe de France a été rendue publique. Loris, Squillaci, Abidal, Sagna, Diara et Gourcuff, Malouda, Ribery, Henri et Gignac. « — Comme ça, Henri et Gignac vont pouvoir se marcher dessus, c’est bien« , soutient Pierre Ménès. Gallas a été écarté. En raison de ses performances ou de son comportement ? P. Ménès. : « — Ah Ben, ni l’un, ni l’autre, puisque le niveau et le comportement, ça empêche pas Ribery d’être titulaire. Non, mais faut croire que Gallas, il plaisait plus à Ribery et à Évra. »
15h50. Arrivée du bus de l’équipe de France au stade. Les joueurs en sortent déjà équipés.
15h55. Les joueurs écoutent la marseillaise en se tenant par les épaules. Ribery baisse la tête. Il présente un œil au beurre noir. Raymond Doménech n’est pas encore arrivé au stade!
16h00. L’arbitre siffle le début du match.
17h27. L’arbitre siffle la fin du match. David Astorga se précipite vers Raymond Doménech.
— Raymond, à la mi-temps, on mène 2 – 0. Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Qu’est-ce qui s’est passé ? Vous avez vu comme moi. Gourcuff et Ribery sont exclus quand ils se battent entre eux. Et pareil pour Évra et Squillacci. C’est normal. Après, je ne sais pas ce que dit Malouda à l’arbitre, mais c’est carton rouge. Là, on est plus que six sur le terrain, l’arbitre doit arrêter le match. Les Bafana Bafana l’emportent sur tapis vert par 3 à 0 alors qu’on menait 3 – 0.
— Mais qu’est-ce qui s’est passé ?
— C’est pas à moi de dire ce qui s’est passé. Ça s’est passé voilà, c’est comme ça. On est éliminés alors que le Méxique perd 2 – 0. Je suis surtout triste pour les joueurs.
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Et ce sont ces paroles tout à la fois vides et sages qui concluent l’exercice ; que je laisse à mes bons lecteurs le soin de poursuivre, s’il leur plaît.

Combien d’heures d’écoute de RMC pour faire du Courbis ?
C’est que cela se travaille
(j’avoue qu’en ce moment, je m’en délecte, c’est trop rigolo)
Malheureusement, je pense que l’on va moins s’amuser mardi que dans cette fiction.
Ah, ça, il y a du travail. Vous n’aimez pas mon Ménès ?
Si si trés bien mais plus facile a imiter avec son blog yahoo.
Manque un personnage crucial pour RMC un certain « Daniel » dont le nom m’échappe.
Riolo. Je lui ai laissé une réplique parce qu’il intervient le plus souvent en soirée.
Ah oui exact. Faut le savoir que c’est riolo
Sinon il manque aussi Denis Brogniard, j’ai toujours l’impression qu’il va convoquer un conseil pour éteindre leur flamme.
Sans oublier un nouveau personnage de radio. Germaine !
Ne suivant pas le foot (même si j’en entends parler) et me trouvant sur un autre fuseau horaire, j’avais cru que tout ça c’était réellement prdouit (ne me rendant pas compte de l’impossibilité de l’heure indiqué)
Et j’ai vraiment éclaté de rire. Bravo monsieur!
Brûlez, brûlez ce que vous avez adoré : plus on en parlera, plus on en rira, plus il y a de chances que cette chienlie-là ne repousse pas.
Je ne puis cependant guère que regretter que, dans mon pays du moins, la liberté de ton qu’on peut se permettre avec de simples footballeurs ne puisse s’étendre, pour les raisons précitées, à cette critique de la vie et moeurs de nos hommes politiques qui fit pourtant l’oeuvre de nos plus grand écrivains.
On ne peut pourtant pas dire que les politiques soient épargnés par la presse et l’opinion publique nationale.
Sauf que la saillie du Président au Salon de l’Agriculture, le célèbre « casse toi, eh pov’con », semblable à celle d’Anelka avec le sélectionneur, n’a été suivie d’aucune sanction. Ni aucune demande de sanction dans la presse.
Faute d’instance disciplinaire et de subordination hiérarchique du Président à l’intéressé, une sanction aurait été difficile. Pour autant, je ne me souviens pas que la presse ait été particulièrement tendre avec le Président à cette occasion.
Le saccomano est plus vrai que nature
D’un strictement inutile point de vue technique, vous êtes sûr que forfait c’est une défaite 3-0? Ce ne serait pas plutôt annulation de tous les résultats obtenus contre l’équipe de France (poule à 3 en somme)?
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Enfin bon, le pire n’est jamais sûr, mais il se prépare un minimum quand même
Non, les résultats ne sont pas annulés si le forfait intervient lors du dernier match du groupe (art. 6.7 et 6.8 du règlement de la coupe du monde 2010).
Vous aviez le nombre de buts, la défaite ainsi qu’un carton rouge sur le bon bonhomme.
Juste un point pour votre accroche, la chute est terrible aussi, DOMENECH qui refuse de serrer la main au sélectionneur adverse à la fin du match. La presse étrangère ne comprend pas comment il peut faire la morale à ses joueurs avec ce type de comportement dans la défaite. Finalement, cette équipe était à son image.
Très bon. Du grand art, même. Pour la première fois, je me félicite d’avoir perdu mon temps à lire et à écouter tous ces « spécialistes », parce que cela me permet d’apprécier pleinement votre texte.