Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, la cuisine est bien le seul refuge de l’homme de goût.
Et il n’aura pas échappé à mes bons lecteurs que j’ai quelques prétentions à cet égard. C’est ainsi, lorsque vient l’été, j’éprouve parfois un furieux désir de thon. Mi-cuit sur une marinade orientale, comme ce soir1, ou sorti de sa conserve pour remplir la panse de quelques courgettes rondes. Ainsi farcies, froides ou tiédies, elles se dégusteront avec une ratatouille2 ou autre accompagnement, selon l’humeur3.
Pourquoi « façon italienne » ? Eh bien parce que nous fêterons les noces de la tomates et du thon. Et que l’Italie, c’est tout de même autre chose que la République russe de Kalmouquie, si vous voulez bien me permettre un peu de d’atteinte au multiculturalisme. Tout du moins, du point de vue culinaire4.
Que nous faut-il ?
- 150g de thon germon en boîte (vérifiez le poids égoutté)
- 2 bonnes courgettes rondes bien dodues
- Une tomate mondée
- Un demi-citron pressé
- Des herbes fraîches : persil et basilic en quantité. Un peu de menthe et de coriandre.
- Deux ou trois gousses d’ail5 dont on aura ôté le germe.
- 1 cas de câpres vinaigrées égouttées.
- Un jaune d’œuf
- 30 g. de parmesan rappé6
- Un demi cube de bouillon de poule. Ce n’est pas nécessaire, donc c’est indispensable.
Première opération : l’évidage
On découpe le chapeau et l’on évide ensuite les courgettes à la cuillère en conservant quelques millimètres de chair. Comme ceci.
Seconde opération : la farce
On hache grossièrement la chair des courgettes et de la tomate et on met à compoter doucement avec le demi-cube de bouillon.
On écrase grossièrement le thon sur une passoire. Pendant qu’il perd son eau, on écrase l’ail et on hache les herbes. A la suite de quoi, on peut ajouter le thon avec les câpres, le jus de citron, le parmesan et le jaune d’œuf pour lier.
Puis on patiente jusqu’à ce que la compote de tomate et de courgettes ait perdu son eau.
On laisse tiédir la compote avant de l’incorporer à la farce.
Voici venu le moment de farcir nos courgettes. On tasse la farce du mieux que l’on peut à la cuillère en n’hésitant pas à dépasser le niveau de la courgette. Avec l’évaporation de la cuisson, la farce se rétractera.
Dernière opération : la cuisson
Enfin, on met au four préchauffé à 180° pour une demi-heure. En fin de cuisson, on peu passer quelques secondes sous le gril en ajoutant un peu de parmesan rappé si les courgettes sont dégustées chaudes. Sinon, on laisse comme tel.
Voilà.
Pour l’accompagnement, j’admets qu’avec la ratatouille, ça fait beaucoup de courgettes. Un bête riz blanc cuit pilaf au bouillon peut convenir, voire du blé concassé — également cuit pilaf au bouillon ; l’un et l’autre accueilleront sans difficulté le jus de cuisson. Mais pour filer l’inspiration italienne, on peut également bricoler une polenta crémeuse aux olives noires avec quelques copeaux de Pecorino vieux.
Ah, j’allais oublier le vin7.
Malgré la tomate, il faut se diriger vers le vin blanc. Ne pas craindre le goût du citron dont l’acidité s’apaise à la cuisson et se diriger vers un vin de Sicile bien structuré8. Ou laissez-vous tenter par la Sardaigne, moins renommée que la Sicile — donc moins onéreuse — , mais avec des choses intéressantes ces dernières années9. Pour la France, optez pour un Rhône blanc ou un assemblage viogner/chardonnay du Languedoc.
- Recette exclusivement sur supplications nombreuses assorties de promesses de corruption pour ces messieurs ou de faveurs d’ordre privé pour ces dames. [↩]
- Faite maison. Encore une fois, recette exclusivement sur prière — au choix, mais avec substitution du nom de « Jules » à celui de divinité — ; tout ce que je puis dire, c’est que le cube de bouillon de poule s’impose. Et qu’un mien ami a voulu s’immoler sur le cadavre de ma très vieille Le Creuset lorsqu’elle a rendu l’âme avec son émail. [↩]
- Voir plus bas pour des suggestions. [↩]
- Le célèbre Boortsog — beignet d’origine mongole — ne le dispute pas en renommée à l’Osso Buco. Il ne faut rien exagérer. Et si Marco Polo a ramené riz et pâtes de ses voyages, il a opportunément oublié la soupe à la graisse de mouton. [↩]
- Selon la taille et le goût. Une concession à la cuisine provençale. En Italie, on utilise moins l’ail et davantage l’oignon. Mais l’ail a d’indispensables vertus ancillaires et il accompagne merveilleusement le thon. Pour tout dire, l’ail est au thon ce que le bouillon de poule est au risotto à la milanaise. Un fidèle et indispensable compagnon. [↩]
- Rappez vous-même un vieux parmesan au lieu d’acheter du parmesan jeune de qualité européenne déjà rappé au prix du vieux. [↩]
- Erreur grave qui trahit tout à la fois mon état et l’injuste objet de mon ressentiment vespéral. [↩]
- Par exemple, ceci. [↩]
- Par exemple, cela. Mais je n’ai aucune action chez Idea Vino, dont je suis seulement client. [↩]






Jeune lecteur ne connaissant votre catégorie « A boire et à manger », il me semblait que le titre devrait revêtir une subtile dimension métaphorique, et que vous alliez évoquer quelque aspect de la situation politique méditerranéenne.
Un peu déçu donc, mais la recette est appétissante. Merci.
Il semble qu’il n’y ait pas foule pour commenter votre recette. La raison est peut être la présence excessive de courgettes dans ce plat.
Ce que je comprends, car pour ma part, j’éprouve presque autant de plaisir à ingérer de la courgette qu’à boire un demi verre d’eau tiède. Mais je conviens qu’il s’agit là d’une opinion totalement subjective.
Ce qui est plus objectif, en revanche, ce sont vos traces de doigts sales sur le rebord inférieur de votre assiette (1ère photo).
: pas classe, mais alors pas classe du tout.
Dans ce monde où tout fout l’camp, il est regrettable de constater que même les épicuriens s’y mettent.
Quant à votre ratatouille, je ne peux la juger pour ne pas l’avoir goûtée, mais sachez que la mienne m’a valu plusieurs demandes en mariage d’amis du même sexe (je vous donne une part du secret, comme ça, gratuitement : je ne mets pas de courgette).
Au plaisir tout de même de vous lire à nouveau dans cette catégorie, tant il est vrai que « les plaisirs simples sont les derniers refuges des âmes complexes » (C’est beau, mais c’est pas de moi, c’est d’Oscar Wilde).
C’est marrant, j’ai eu l’occasion la semaine dernière de manger quasiment la même recette mais le thon était remplacé par du crabe.. c’était assez délicieux, j’essaierai avec du thon, ce qui doit donner un goût pas mal aussi.
Jules,
Vous lire mais ne commenter que sous une recette de cuisine !
Voilà qui ne va pas arranger la réputation des femmes sur les blogs pointus…
Tant pis.
Les câpres absentes de la liste des ingrédients mais qui surgissent dans la farce, dans quelle quantité ?
Si je comprends fort bien l’intérêt de l’ail avec le thon (et avec les courgettes), ajouter un peu d’oignon serait-il une faute de goût ? Quoiqu’avec les câpres…
Attaquons à présent les supplications ; que ne suis-je poète…
Ô toi qui sais descendre de l’Olympe du Droit pour nous instruire, pauvres mortels, reçois ma supplique et dis-nous un peu de ton art du thon mi-cuit sur marinade orientale ainsi que de la ratatouille !
Et veux-tu bien croire, ô noble César, que dans ma future dégustation et celle de ceux que je souhaite régaler, je saurai, avec enthousiasme et fidélité, me souvenir de ta divine générosité ?
Sous toutes réserves,
Faut-il également se soumettre à une épreuve pour connaître la recette de votre ratatouille sans courgettes ?
Oups, pour les câpres : 1 cas.
Pour les autres recettes, je vais m’y atteler.
Chèr(e ?) Cilia,
J’ai une tendance naturelle à l’exagération, aussi je me dois de vous avouer qu’il m’arrive parfois de mettre un peu de courgette dans ma ratatouille, à le demande expresse de mon épouse (je sais, je suis un lâche, je n’arrive pas tout le temps à imposer mon point de vue, et je rechigne à la battre
).
A mon sens, 2 éléments sont fondamentaux :
– les légumes devront avoir la même taille un fois coupés, suffisamment gros pour rester consistants, mais assez petits pour prendre au moins un morceau de chaque légume avec votre fourchette. A vous de juger ce qu’il vous convient.
– la cuisson : ne surtout jamais, au grand jamais, mettre tout les légumes en même temps dans votre fait-tout : ils ne cuisent pas à la même vitesse, perdent de leur consistance, et ça devient de la ragougnasse. Non, au contraire, il faut les cuire séparément (d’abord oignon, et un tout petit peu d’ail, on retire, puis chacun des autres légumes. Il faut saler un peu chaque ingrédient). Lorsqu’ils sont tous cuits (ou à peu près), on mélange l’ensemble dans le fait-tout et on poursuit la cuisson quelques minutes. On ajoute quelques herbes au choix (pas trop à mon goût, et surtout pas d’ »herbes de provence » qui font que tous les plats se ressemblent et n’ont plus aucune personnalité), on rectifie l’assaisonnement, et c’est prêt.
Je ne vous cache pas que c’est un peu long, et que ça demande pas mal d’huile d’olive (notamment pour les aubergines), par rapport à une cuisson « classique ». Mais c’est le prix à payer pour un plat succulent.
Je m’en sers actuellement comme plat principal et non comme accompagnement, en en tartinant une tranche de pain huilée, puis en passant le tout au four. Lorsque le pain devient croustillant, je rajoute quelques copeaux de parmesan. Avec un fruit et une salade, vous gagnez 6 mois d’espérance de vie par repas.
Bon appétit bien sûr ! (désolé, ai pas pu m’en empêcher)
Très cher Jules,
Mon commentaire vient un peu tard, néanmoins je me devais de:
1. vous remercier. Je suis absolument pas cuisinier pour un sou*, mais j’ai fait votre recette -malgré une faible appétance naturelle pour la courgette (*pour preuve: j’ai du demander à une vieille dame de me montrer les courgettes au marché, je n’en trouvais que des longues);
2. vous remercier pour la tenue et la qualité de ce blog en général. Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, il est plaisant de voir que certains font preuve d’esprit critique, d’intelligence et de culture. Que les débats d’idées peuvent se conduire courtoisement. Ceci étant dit sans flagornerie aucune, croyez-moi.
3 vous encourager. Si vous avez réussi à me faire cuisine (et des courgettes en plus!). recettes simples, bien expliquées, bien illustrées. Parfait!
Très cordialement,
Simplement divin, simple à réaliser et tout le monde a apprécié!!! un grand merci!
Excellente recette, merci ! Et je me joins à Cilia pour celle de la ratatouille … (je sèche pour l’heure sur l’ode à Jules, les rimes à « ratatouille » n’étant pas évidentes à trouver …)