Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, le concombre est devenu un objet de mépris pour les élites ploutocratiques qui nous gouvernent.
Oh, certes, pas tant que le navet, qu’on goûte parfois par vice au menu d’une grande table, mais tout de même un peu. Ça me fait songer, d’ailleurs, qu’il faudra que je vous entretienne d’une petite salade aux navets glacés qui ravira le palais de vos fréquentations les plus précieuses.
Le concombre, donc, est l’ami du régime féminin, et par conséquent, la Némésis du gastronome. Trouver dans cet aqueuse amertume une manifestation du dessein divin semble tenir de l’acte de foi plutôt que de celui des sens et de la raison. Et pourtant, cet improbable cucurbitacée1 supporte merveilleusement la compagnie des épices, qui le lui rendent bien.
Que nous faut-il ?
Un peu de temps, d’abord. Si la préparation est rapide, il faudra le temps que la soupe refroidisse. Compter deux bonnes heures pour les proportions indiquées. Un blender, ensuite. Si possible de bonne qualité. Le mien est un Breville classique, qui allie la puissance, la résistance et le chic2.
Et voici la liste des ingrédients :
- Deux concombres
- Deux gousses d’ail
- Un citron jaune
- Un petit morceau de gingembre frais : disons, deux à trois cm selon la grosseur.
- De la menthe et de la coriandre fraîche
- Deux yaourts brassés
- 150 à 200 g. de faisselle
- Trois cuillères à soupe d’huile d’olive de bonne qualité
- Du sel fin, au goût
- Quelques gouttes de tabasco
Préparation :
On lave soigneusement les concombres, et, sans les éplucher, on les détaille grossièrement en ôtant les pépins.
Dans le blender, on met les gousses d’ail desquelles on aura enlevé le germe (important, sinon, c’est indigeste), la faisselle, le yaourt, le concombre et le reste des ingrédients, sauf l’huile. On fait mouliner la bête pendant une bonne minute pour obtenir une consistance soyeuse que l’on verse dans un saladier.
On laisse reposer quelques minutes et on ajoute l’huile en fouettant doucement.
On couvre le saladier et on laisse reposer deux bonnes heures au frais.
Pour servir, deux possibilités :
Dans un petit verre — genre shooter ou petit tumbler, façon entremet, comme sur notre photographie.
Dans une assiette à soupe, avec quelques morceaux de menthe fraîche pour la décoration.
Et en passant, la recette peut être accommodée pour réaliser un cocktail sans alcool3. Il faut ôter la peau du concombre qui grumelle4 dans la soupe et ne pas utiliser la faisselle — à remplacer par des yaourts brassés dans la proportion de deux yaourts pour un concombre ; non plus que l’ail et l’huile d’olive. On ajoute un peu plus de gingembre et un peu de sucre — juste pour teinter, mais le cocktail demeure salé ; ainsi que du jus de citron pour acidifier. A boire dans un tumbler avec une branche de céleri en décoration.
- Contrairement à une légende répandue par des apôtres de la plus vile mesquinerie, le concombre appartient bel et bien à la famille des cucurbitacées, comme la courge et la courgette, sa lointaine cousine. [↩]
- Idéal également pour le Margarita frozen. Les glaçons, mon vieux, quand ils ressortent, ils font plus les fiers. [↩]
- Oui, je sais, ça peut surprendre, mais j’ai aussi mes lendemains. Les acharnés [↩]
- Ce qui est le but. [↩]

Mmmmmh, je garde cette recette à l’esprit pour le prochain anniversaire de mon neveu, qui est fou de concombre depuis qu’il a des dents. Je n’exagère pas, ma sœur a été obligée de le rationner à une époque parce qu’il en mangeait trop et que ça perturbait sa digestion. Il adore les légumes en général, et le concombre en particulier. Ma sœur n’a jamais eu le problème qu’ont beaucoup de parents pour faire manger des légumes à leur enfant. Elle a carrément eu le problème inverse.
J’use d’une recette proche comme sauce d’accompagnement pour des crudités. Mieux vaut alors incorporer le yaourt après réduction du concombre en purée : le passage du yaourt au robot lui fait perdre sa consistance crémeuse pour le rendre franchement liquide.
Ma recette comporte en outre de l’oignon cru, deux pas trop gros par concombre, passés avec lui au mixeur (mais je ne mettais pas de gingembre). C’est un excellent souvenir de vacances : cuisinier dans une colonie (6-12 ans), j’avais tenté le coup. Toute la sauce est partie, au régal des enfants. Les enfants peuvent donc se régaler d’oignon et d’une pointe d’ail crus. Peut-être à condition qu’ils soient bien cachés.
Bon rafraîchissements estivaux !