Entretien avec Julien Dray (IV) : de la neutralité de la presse
Voici la quatrième et dernière partie de l’entretien avec Julien Dray. Elle est plus courte que les autres. J’étais sur le point de mettre fin à notre conversation, mais mon appareil continuait d’enregistrer. J’ai jugé le contenu intéressant.
Où Julien Dray évoque la neutralité de la presse à son égard.
Julien Dray : — Vous avez compris que je suis dans une confrontation, non pas avec la justice, mais avec ceux qui ont écrit ce rapport et ceux qui ont enclenché la mécanique. Et ceux qui se sont plu à le prendre pour argent comptant parce que ça les arrangeait d’y croire.
Dans cette affaire-là, il y a un règlement de compte politique, avec des gens qui ne m’aimaient pas depuis des années et qui ont trouvé enfin une occasion. Quand vous avez été comme moi au cœur de beaucoup de batailles dans la vie politique de ce pays, il y a forcément des gens à qui vous n’avez pas laissé que de bons souvenirs.
Par exemple, le journaliste de Libération qui ne m’a pas épargné s’appelle Karl Laske. Ce n’est pas n’importe qui. Il est le patron du syndicat Sud de Libération. Par rapport à moi, ancien d’extrême gauche. Il s’est opposé à moi dans le passé parce que j’étais devenu ce qu’il appelait la « gauche barbelée ». A cause de mon engagement sur les questions de sécurité qui lui semblaient contraire à sa conception de la gauche. Dans cette affaire-là, il y a à la fois l’enquête et un règlement de comptes sous-jacent1.
Jules (de diner’s room) : — Ah, mais ça c’est assez intéressant, quand même, comme question. Pour moi, il y avait une certaine neutralité de la presse — sous la réserve de leur positionnement politique.
Julien Dray : — Non, un journal a fait une vacherie contraire à toute déontologie professionnelle : l’Est Républicain. Même dans la publication du rapport, il fait des énormes erreurs. Il biffe tous les noms, mais une seule fois. Et il ne biffe pas les adresses, ni les numéros de compte en banque. Ou tellement mal qu’on arrive à les relire. Eux, sont dans la faute professionnelle.
Deuxièmement, il y a après une campagne de presse qui s’est mise en place. Et dans cette campagne de presse, il n’y a évidemment pas de neutralité et pas d’indépendance. Je crois pas à l’indépendance des journalistes ; il y a des choix rédactionnels qui correspondent, non pas à la recherche de la vérité, mais à des positionnements ou à des luttes internes au sein de la rédaction.
Jules (de diner’s room) : — Ça ne vous pose pas un problème politiquement ? Vous estimez quand même avoir un avenir politique ?
Julien Dray : — Ce n’est pas la question essentielle pour moi. C’est ça qui me permet d’aller au bras de fer avec un certain nombre de gens. J’ai 54 ans, et je ne suis pas obsédé par mon avenir — j’en aurais 40, ce serait plus compliqué. Mais à 54 ans, en ayant été élu parmi les plus jeunes députés en 1988, je ne suis pas obsédé par mon avenir politique. Je n’ai pas de plan de carrière. Tout ce qui vient désormais est un plus. C’est pourquoi je n’ai pas perdu 25 kilos et que je ne suis pas tombé malade pour l’instant. Car ce n’était pas ça mon obsession.
Mon obsession est plutôt de démonter la mécanique et de permettre à tous ceux qui m’ont fait confiance tout au long des années qui viennent de s’écouler, de dire : « notre confiance n’a pas été écorchée, ou n’a pas été usurpée. » C’est la seule chose qui me préoccupe pour l’instant.
Julien Dray ayant mis en cause le traitement de son affaire par Karl Laske, j’ai mis ce dernier en mesure d’apporter une réponse que publie ici :
Je n’ai aucune envie d’engager ou d’entretenir une polémique avec Julien Dray, qui est tout à fait libre de se plaindre de la presse – et des syndicats dans la presse. Mais je ne peux pas laisser passer des inventions pures : « Il s’est opposé à moi dans le passé parce que j’étais devenu ce qu’il appelait la « gauche barbelée ». A cause de mon engagement sur les questions de sécurité qui lui semblaient contraire à sa conception de la gauche ». Je n’ai tout simplement jamais écrit d’article sur la « gauche barbelée » ou sur l’engagement de Julien Dray… Je n’ai aucun compte à régler avec lui, pas plus que le syndicat auquel j’appartiens.
Concernant son affaire, Julien Dray est confronté à un problème délicat : il voudrait bien répondre à la presse, mais sans s’exprimer sur le fond. Cela donne l’entretien fleuve avec Jules. La digression sur la page de garde du rapport Tracfin ne nous explique toujours pas pourquoi l’argent des parrains de SOS racisme s’est retrouvé sur son compte. Cette question n’est pas celle du « pouvoir médiatique », c’est celle d’une partie des adhérents et sympathisants de SOS. Rien ne l’empêcherait de s’expliquer. En tous cas pas le secret de l’instruction puisqu’aucune information judiciaire n’est ouverte… J’ajoute que cette stratégie du silence, assez habituelle chez les politiques déstabilisés par une affaire, s’accompagne quand même de plaintes contre les journaux – dont Libération.Karl Laske
Je suppose que Julien Dray souhaitera répondre. Il le fera cependant dans les commentaires, car je ne puis insérer l’intégralité d’un débat au sein du billet lui-même. Si la discussion devait se poursuivre, il conviendrait qu’elle évite les ornières de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse — dans lesquelles je ne souhaite pas choir en qualité d’éditeur. J’y veillerai.
Il est entendu que les propos publiés ici sont soumis au droit de la propriété intellectuelle. Ils ne peuvent, sauf le droit de courte citation, être reproduits sans mon autorisation — que j’accorderai volontiers — et celles de Julien Dray et de Karl Laske — qu’il faut obtenir. Si vous souhaitez le faire, je leur adresserai toute demande en ce sens.
- J’ai porté à la connaissance de Karl Laske les propos tenus par Julien Dray pour solliciter une éventuelle réaction. Il s’en est réservé la possibilité. [↩]

Les cris d’orfraie de Julien Dray sur les abus du pouvoir médiatique, poussés dès le début de votre entretien, jettent le discrédit sur l’ensemble de son propos.
Le très peu d’expérience des médias de masse dont je dispose m’ayant suffisamment renseigné sur la valeur de leur neutralité et de leur travail, je m’étonne qu’un responsable chevronné comme l’est monsieur Dray puisse jouer la vierge effarouchée et surprise de sa récente découverte.
Cela ressemble d’ailleurs infiniment plus à l’amant trompé, qui se drape dans sa litanie d’excuses absolument pas convaincantes et de position de principes grandiloquentes.
Et pour tout vous dire, cher hôte, vos écrits habituels sont dans l’ensemble beaucoup plus intéressants que cet entretien.
C’est peut-être parce que je ne suis pas l’auteur exclusif.
Mis à part cela, on me reproche également — en privé — une certaine mollesse à l’endroit de Julien Dray. En sorte que le billet serait une tribune à son avantage, plutôt que des informations pour mes lecteurs.
Soit. Mais je dois dire que ce qui m’intéressait particulièrement, c’était la question du rapport de l’opinion publique à un responsable de gauche dont le train de vie pouvait apparaître comme luxueux.
Ou plus précisément, le rapport d’un responsable de gauche au jugement de l’opinion publique — une part de l’opinion publique. De ce point de vue, je ne m’en tire pas si mal, je crois.
Bon, pour l’information de mes bons lecteurs, il y a quand même un commentaire à faire sur ce propos de Karl Laske :
En effet, le droit de la presse impose une courte prescription de trois mois. Or, Julien Dray a préféré conserver un mutisme pendant quelques semaines/mois ; si j’ai bien compris, jusqu’à ce qu’il ait connaissance des faits qui lui seront éventuellement reprochés.
S’il y a un hiatus, donc, entre son silence public et son activité judiciaire, cela s’explique davantage, pensé-je, par une bête circonstance technique que par une stratégie délibérée.
Libération condamné pour diffamation le 4 décembre: les juges (encore) independants apportent un crédit supplémentaire aux arguments de J Dray et … disqualifient K Laske, qui lui , est à nouveau, un repris de justice, multirécidiviste de la diffamation.
Je me fiche de savoir que Julien Dray s’achète des montres (personnellement je dépense des sommes déraisonnables au vu de mon budget dans l’élevage de cichlidés nains amazoniens, les aquariophiles comprendront). Mais ce n’était pas ça qui m’avait alerté dans le rapport de tracfin publié, mais les bizarreries, pour ne pas dire plus, dans les mouvements d’argents entre SOS racisme, ses parrains, ses dirigeants et Julien Dray. Or là, je ne vois rien.
La main dans le sac
« …l’argent des parrains de SOS racisme s’est retrouvé sur son compte…. » : se permet d’affirmer et publier K Laske.
Sur la base d’allégations de Tracfin , NON CONFIRMEES 6 mois après par les enquêteurs.
C’est donc du flagrant délit (re) de diffamation à l’égard de Julien Dray et de désinformation à l’égard de ses lecteurs.
Le journaliste signerait là son rôle de relais complaisant pour effectuer les basses œuvres des responsables politico-judiciaires au coeur de cette affaire?
Ce pseudo journalisme n’est que du sous, sous, Plenel, qui lui, s’attachait à dénoncer les scandales de la république.
Ce journalisme de ragots , tel que pratiqué, avec son compère de l’Est Républicain, est communément distingué comme « de poubelles » ou « de caniveau ».
Dans ce contexte la couverture syndicale apparaît bien opportuniste, compte tenu du recours à des méthodes aussi incompatibles .
Question syndicalisme, la position du syndicat des journalistes de l’Est Républicain, choqués par l’initiative malheureuse (et condamnée depuis) de leur PDG reste bien une référence :
http://www.snj-er.org/article.php3?id_article=113
Il est sain de ne pas laisser se répandre ce journalisme dévoyé de sa mission originelle d’information.
La présomption d’innocence, la protection de la vie privée, l’indépendance de la justice, la résistance au flicage et au fichage, remis à la mode façon Beauveau avec le fichier Edwige et les ministres de la chasse à l’enfant sans papier , sont des biens trop précieux pour tout un chacun, pour ne rien faire quand ils sont ainsi bafoués.
Votre dénonciation de la diffamation passerait tout de même mieux si vous ne recourriez pas à l’invective.
Toute cette histoire, comme d’autres par le passé, sent le montage politico-judiciaire.
J’ai rarement vu un tel acharnement médiatique contre une personne
a quand les premières de couv’, Dray l’innocent, ou « à qui profite l’affaire »‘
Je trouve ces procédés bien triste tandis qu’on dissimule les vrais sujets de société !
Il me semble que dans un embriglio dont de nombreuses caractéristiques politico-judiciaires sont identiques, DSK , 9 ans plus tard, doit toujours en percevoir quelques conséquences…
C’est maintenant Libé , ce vendredi 4 décembre, qui est condamné pour diffamation envers Julien Dray, qui lui , faut-il le rappeler, n’est pas condamné ni même accusé.
Cette condamnation intervient après celle du Le Monde, condamné le 26 novembre pour diffamation pour avoir publié des « données » Tracfin.
D’après l’AFP, le tribunal a jugé que les « données » Tracfin (même pas qualifiées d’info) ne peuvent être utilisées car non vérifiées ni confirmées.
Et qu’il est donc diffamatoire de les publier.
Et Libé continue pourtant à diffamer en toute tranquillité ….mais pas impunité.
Son procès pourtant, a tourné court au détriment du journal, selon rue89:
http://www.rue89.com/2009/10/24/le-combat-judiciaire-de-julien-dray-contre-lhallali-mediatique-123107
Ces multiples procès en diffamation gagnés par Julien Dray confirment , si c’était nécessaire, la réalité du lynchage médiatique orchestré ( pas de coïncidence ) visant à condamner Julien Dray sur l’échiquier politique en lieu et place de la justice.
Ils confirment aussi le recours aux procédés douteux sinon barbares de ces journaux aux abois économiquement dont Libé.
On comprend aussi pourquoi les lecteurs fuient en masse ces « arnaques » à l’information.