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	<title>Diner’s Room &#187; crime</title>
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		<title>Agression d&#8217;un lycéen à Thiais : crime ou incident ?</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Feb 2010 14:55:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, nul ne saurait se surprendre qu&#8217;une jeunesse décadente s&#8217;abandonnât au mépris des institutions. Si l&#8217;on en croit la presse, le ministre de l&#8217;éducation national et porte-parole du Gouvernement a pu juger &#171;&#160;intolérable que des règlements de comptes se déroulent pendant le temps scolaire&#160;&#187;. On ne peut qu&#8217;abonder. Il eût été assurément été plus respectueux de la République que ledit règlement de compte intervînt un dimanche ou pendant le congés scolaires. L&#8217;affaire, cependant, n&#8217;est pas si bénigne. Il semble en effet que la victime, âgée de dix-sept ans, ait souffert de coups donnés à l&#8217;aide d&#8217;un cutter et de battes de base-ball par un groupe d&#8217;individus masqués. Ceci au sein d&#8217;un gymnase pendant un cours d&#8217;éducation physique et sportive. Des faits que le droit saisit sans bienveillance. Pour s&#8217;en tenir à la qualification la plus probable1, il faut avoir égard à l&#8217;article 222-11 du Code pénal : Les violences ayant entraîné une incapacité totale de travail pendant plus de huit jours sont punies de trois ans d&#8217;emprisonnement et de 45000 euros d&#8217;amende. L&#8217;incapacité totale de travail est une mesure du dommage subi par la victime d&#8217;une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, nul ne saurait se surprendre qu&#8217;une jeunesse décadente s&#8217;abandonnât au mépris des institutions.</p>
<p>Si l&#8217;on en croit <a href="http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/02/15/01011-20100215FILWWW00789-agressionthiais-intolerable-chatel.php">la presse</a>, le ministre de l&#8217;éducation national et porte-parole du Gouvernement a pu juger &laquo;&nbsp;intolérable que des règlements de comptes se déroulent pendant le  temps scolaire&nbsp;&raquo;. On ne peut qu&#8217;abonder. Il eût été assurément été plus respectueux de la République que ledit règlement de compte intervînt un dimanche ou pendant le congés scolaires.</p>
<p>L&#8217;affaire, cependant, n&#8217;est pas si bénigne.</p>
<p>Il semble en effet que la victime, âgée de dix-sept ans, ait souffert de coups donnés à l&#8217;aide d&#8217;un cutter et de battes de base-ball par un groupe d&#8217;individus masqués. Ceci au sein d&#8217;un gymnase pendant un cours d&#8217;éducation physique et sportive. Des faits que le droit saisit sans bienveillance.</p>
<p>Pour s&#8217;en tenir à la qualification la plus probable<sup><a href="http://dinersroom.eu/4307/agression-dun-lyceen-a-thiais-crime-ou-incident/#footnote_0_4307" id="identifier_0_4307" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cela d&eacute;pend des cons&eacute;quences de l&amp;#8217;agression pour la victime.">1</a></sup>, il faut avoir égard à l&#8217;article 222-11 du Code pénal :</p>
<blockquote><p>Les violences ayant entraîné une incapacité totale de travail pendant  plus de huit jours sont punies de trois ans d&#8217;emprisonnement et de 45000  euros d&#8217;amende.</p></blockquote>
<p>L&#8217;<em>incapacité totale de travail</em> est une mesure du dommage subi par la victime d&#8217;une agression. Elle dépend de la gêne physique ou morale ressentie dans les activités de la vie courante, et n&#8217;est pas directement corrélée à l&#8217;accomplissement d&#8217;un labeur. Autrement dit, malgré la lettre du texte, l&#8217;incapacité peut ne pas être totale et intéresser tout autre chose que le travail. Une notion technique, donc, que les juges apprécient librement au vu des constatations d&#8217;un médecin. On fait donc l&#8217;hypothèse raisonnable que les blessures et le choc psychologique ressenti peuvent aisément donner lieu à une ITT de plus de huit jours<sup><a href="http://dinersroom.eu/4307/agression-dun-lyceen-a-thiais-crime-ou-incident/#footnote_1_4307" id="identifier_1_4307" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Faute de quoi cependant, la peine aggrav&eacute;e des circonstances &eacute;voqu&eacute;es plus loin n&amp;#8217;exc&egrave;de pas sept ans d&amp;#8217;emprisonnement.">2</a></sup>.</p>
<p>Le délit de violences volontaire peut faire l&#8217;objet de circonstances aggravantes énoncées à l&#8217;article 222-12 du code pénal. Parmi elles<sup><a href="http://dinersroom.eu/4307/agression-dun-lyceen-a-thiais-crime-ou-incident/#footnote_2_4307" id="identifier_2_4307" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et l&amp;#8217;on laisse de c&ocirc;t&eacute; la dissimulation du visage, qui constituera une autre circonstance aggravante aux termes de la loi renfor&ccedil;ant la lutte contre le violences de groupe et la protection des personnes charg&eacute;es d&amp;#8217;une mission de service public, qui a &eacute;t&eacute; adopt&eacute;e, mais pas encore promulgu&eacute;e.">3</a></sup>, on peut retenir la  <em>pluralité d&#8217;auteurs ou de complices</em>, l&#8217;<em>usage d&#8217;une arme</em> et le lieu de l&#8217;agression : la peine est ainsi alourdie lorsqu&#8217;elle est commise &laquo;&nbsp;dans les établissements d&#8217;enseignement ou d&#8217;éducation ou dans les locaux de  l&#8217;administration, ainsi que, lors des entrées ou sorties des élèves ou  du public ou dans un temps très voisin de celles-ci, aux abords de ces  établissements ou locaux&nbsp;&raquo;<sup><a href="http://dinersroom.eu/4307/agression-dun-lyceen-a-thiais-crime-ou-incident/#footnote_3_4307" id="identifier_3_4307" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le gymnase appartenait &agrave; la commune &mdash; une administration &mdash; et se trouve aux abords d&amp;#8217;un &eacute;tablissement d&amp;#8217;enseignement, puisqu&amp;#8217;il est adjacent au lyc&eacute;e.">4</a></sup>. Mais il se trouve que la réunion de trois circonstances aggravantes rend l&#8217;infraction punissable de dix années d&#8217;emprisonnement. <span style="text-decoration: line-through;">Ce qui a pour conséquence d&#8217;emporter la qualification <em>criminelle</em>. Un crime, donc, plus qu&#8217;un simple incident.</span><sup><a href="http://dinersroom.eu/4307/agression-dun-lyceen-a-thiais-crime-ou-incident/#footnote_4_4307" id="identifier_4_4307" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Un commentateur me rappelle opportun&eacute;ment que les peines criminelles commencent au del&agrave; de dix ann&eacute;es.">5</a></sup></p>
<p>Quelques précisions cependant.</p>
<p>Tout d&#8217;abord, les auteurs et complices sont en principe justiciables de la cour d&#8217;assise. Et là commencent les difficultés. En effet, si l&#8217;un ou plusieurs de agresseurs sont mineurs, ils bénéficient des dispositions de <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006069158&amp;dateTexte=20100216">l&#8217;ordonnance n° 45-174</a> du 2 janvier 1945 <em>relative à l&#8217;enfance délinquante</em>. Il y a plusieurs cas de figure.</p>
<p><span style="text-decoration: line-through;">Si un ou plusieurs agresseurs ont entre 16 et 18 ans, ils doivent être jugés par la <em>cour d&#8217;assise des mineurs</em> qui peut également statuer sur les faits reprochés aux coauteurs ou complices majeurs<sup><a href="http://dinersroom.eu/4307/agression-dun-lyceen-a-thiais-crime-ou-incident/#footnote_5_4307" id="identifier_5_4307" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Mais le juge d&amp;#8217;instruction peut choisir de disjoindre les causes, et renvoyer les majeurs devant la cour d&amp;#8217;assise de droit commun.">6</a></sup>. C&#8217;est le dispositif qui a été retenu dans l&#8217;affaire Ilan Halimi.</span></p>
<p>Si un ou plusieurs agresseurs ont moins de 18 ans, ils doivent être jugés par le Tribunal pour enfants. Les autres accusés sont renvoyés devant <span style="text-decoration: line-through;">la Cour d&#8217;assise des mineurs ou de droit commun</span> le tribunal correctionnel.</p>
<p>Ensuite, les délinquants mineurs peuvent bénéficier de l&#8217;excuse dite &laquo;&nbsp;de minorité&nbsp;&raquo;. Il s&#8217;agit d&#8217;une cause d&#8217;atténuation qui limite la peine prononcée à la moitié de la peine encourue. A la suite de récentes modifications législatives cependant, cette excuse n&#8217;est plus automatique.</p>
<p>Le tribunal peut écarter la minoration lorsque les faits sont qualifiés de violences volontaires en état de récidive légale. Ce qui suppose bien sûr que l&#8217;accusé ait été déjà condamné pour une même infraction<sup><a href="http://dinersroom.eu/4307/agression-dun-lyceen-a-thiais-crime-ou-incident/#footnote_6_4307" id="identifier_6_4307" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il est tenue de justifier de l&amp;#8217;att&eacute;nuation de peine en cas de seconde r&eacute;cidive l&eacute;gale.">7</a></sup>. Il peut également priver l&#8217;accusé du bénéfice de l&#8217;atténuation en considération de sa personnalité et des faits de l&#8217;espèce.</p>
<p>On le voit, donc, la rossée infligée au lycéen de Thiais peut entraîner d&#8217;importantes conséquences pénales pour les auteurs.</p>
<p>Pour autant, la rigueur du dispositif répressif permet-il de prévenir le risque d&#8217;agression ? Ou, pour le dire autrement, sera-t-il nécessaire d&#8217;aggraver les sanctions pénales ?</p>
<p>C&#8217;est une tentation naturelle que de punir davantage pour combattre un phénomène criminel. On doit s&#8217;interroger cependant sur l&#8217;efficacité d&#8217;une telle politique. En particulier lorsqu&#8217;elle intéresse la &laquo;&nbsp;jeunesse délinquante&nbsp;&raquo;.</p>
<p>On regarde avec indulgence ou effroi — c&#8217;est selon — les violences exercées par les jeunes gens contre d&#8217;autres. La guerre des boutons d&#8217;un côté ; la guerre des gangs de l&#8217;autre. Et l&#8217;on ajuste l&#8217;arsenal répressif à la mesure du regard qu&#8217;on porte sur ces épisodes.</p>
<p>Un principe de nos sociétés libérales, cependant, veut que l&#8217;on apprécie la punition à l&#8217;aune de la responsabilité de l&#8217;auteur d&#8217;un délit. Et l&#8217;on postule — autre principe — que la personnalité — et donc la responsabilité — est fonction de l&#8217;âge. Or, il semble aujourd&#8217;hui que la jeunesse d&#8217;un délinquant trahisse la corruption de son âme plutôt que l&#8217;inachèvement de sa personnalité. Il s&#8217;ensuit que l&#8217;on est enclin à juger avec sévérité les actes délictueux — ou criminels — qu&#8217;il commet. Sans doute cette sévérité résulte-t-elle de l&#8217;écart entre l&#8217;idée qu&#8217;on se fait d&#8217;une enfance nécessairement innocente et la brutalité des comportements délinquants.</p>
<p>Étrange époque, finalement, où la jeunesse — l&#8217;enfance — souille ou purifie, selon qu&#8217;elle commet ou subit une infraction. Mais paradoxe apparent. Pour avoir séparé peu à peu l&#8217;enfance de la continuité de l&#8217;existence, on l&#8217;a érigée en catégorie autonome. Une fracture a été creusée — un abîme — entre l&#8217;adulte et l&#8217;enfant qui empêche de considérer la zone grise de l&#8217;adolescence<sup><a href="http://dinersroom.eu/4307/agression-dun-lyceen-a-thiais-crime-ou-incident/#footnote_7_4307" id="identifier_7_4307" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="du latin adultum esse : devenir adulte.">8</a></sup> — et ses griseries. Un abîme où l&#8217;on perd souvent la mesure des complexités qui habitent les âmes juvéniles.</p>
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<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_4307" class="footnote">Cela dépend des conséquences de l&#8217;agression pour la victime.</li><li id="footnote_1_4307" class="footnote">Faute de quoi cependant, la peine aggravée des circonstances évoquées plus loin n&#8217;excède pas sept ans d&#8217;emprisonnement.</li><li id="footnote_2_4307" class="footnote">Et l&#8217;on laisse de côté la dissimulation du visage, qui constituera une autre circonstance aggravante aux termes de <a href="http://www.senat.fr/petite-loi-ameli/2009-2010/260.html">la loi</a> <em>renforçant la lutte contre le violences de groupe et la protection des personnes chargées d&#8217;une mission de service public</em>, qui a été adoptée, mais pas encore promulguée.</li><li id="footnote_3_4307" class="footnote">Le gymnase appartenait à la commune — une administration — et se trouve aux abords d&#8217;un établissement d&#8217;enseignement, puisqu&#8217;il est adjacent au lycée.</li><li id="footnote_4_4307" class="footnote">Un commentateur <a href="http://dinersroom.eu/4307/agression-dun-lyceen-a-thiais-crime-ou-incident/comment-page-1/#comment-13161">me rappelle</a> opportunément que les peines criminelles commencent au delà de dix années.</li><li id="footnote_5_4307" class="footnote">Mais le juge d&#8217;instruction peut choisir de disjoindre les causes, et renvoyer les majeurs devant la cour d&#8217;assise de droit commun.</li><li id="footnote_6_4307" class="footnote">Il est tenue de justifier de l&#8217;atténuation de peine en cas de <em>seconde</em> récidive légale.</li><li id="footnote_7_4307" class="footnote">du latin <em>adultum esse</em> : devenir adulte.</li></ol>]]></content:encoded>
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