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	<title>Diner’s Room &#187; drapeau</title>
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		<title>Outrage au drapeau : du torche-cul comme art inconvenant</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Apr 2010 11:44:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, on ne saurait s&#8217;étonner de l&#8217;injure faite à nos morts par un art dégénéré. Mais l&#8217;on peut refuser de taire une mâle indignation. C&#8217;est le chemin que n&#8217;a pas craint d&#8217;emprunter  Philippe Bilger dans un billet bien senti sur ce que l&#8217;on conviendra d&#8217;appeler l&#8217;affaire du drapeau-toilette. A l&#8217;occasion d&#8217;un concours de photographie organisé par la FNAC de Nice, un participant proposa une œuvre le représentant en train d&#8217;user du drapeau d&#8217;une façon que l&#8217;hygiène personnelle commande1, mais que la dignité nationale réprouve. Le cliché fut sélectionné sur le thème annoncé du &#171;&#160;politiquement incorrect&#160;&#187;, ce qui émut des députés, le ministre de la justice et aujourd&#8217;hui Philippe Bilger : Derrière le drapeau français, il y a des morts, des héros, de la gloire, de l&#8217;Histoire, du sang et de la boue, des trahisons et des triomphes. Le souiller, c&#8217;est porter atteinte à bien plus que lui, à ce qui nous reste de sentiment collectif et d&#8217;union nationale. Une goutte de droit, avant de verser dans des considérations moins amères. Le drapeau tricolore constitue, aux termes de l&#8217;article 2 de la Constitution, l&#8217;emblème national. C&#8217;est pourquoi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_4718" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://dinersroom.eu/wp-content/uploads/2010/04/755px-Eugène_Delacroix_-_La_liberté_guidant_le_peuple.jpg"><img class="size-medium wp-image-4718 " title="755px-Eugène_Delacroix_-_La_liberté_guidant_le_peuple" src="http://dinersroom.eu/wp-content/uploads/2010/04/755px-Eugène_Delacroix_-_La_liberté_guidant_le_peuple-300x238.jpg" alt="Selon l'usage, les portes-drapeaux doivent officier dans une tenue irréprochable" width="300" height="238" /></a><p class="wp-caption-text">Selon l&#39;usage, les porte-drapeaux doivent officier dans une tenue irréprochable</p></div>
<p>Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, on ne saurait s&#8217;étonner de l&#8217;injure faite à nos morts par un art dégénéré.</p>
<p>Mais l&#8217;on peut refuser de taire une mâle indignation. C&#8217;est le chemin que n&#8217;a pas craint d&#8217;emprunter  Philippe Bilger dans un <a href="http://www.philippebilger.com/blog/2010/04/derri%C3%A8re-le-drapeau.html">billet bien senti</a> sur ce que l&#8217;on conviendra d&#8217;appeler <em>l&#8217;affaire du drapeau-toilette</em>.</p>
<p>A l&#8217;occasion d&#8217;un concours de photographie organisé par la FNAC de Nice, un participant proposa une œuvre le représentant en train d&#8217;user du drapeau d&#8217;une façon que l&#8217;hygiène personnelle commande<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_0_4712" id="identifier_0_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&amp;#8217;amant des lettres soulignerait que le drapeau est bien le seul instrument qui &eacute;chappa aux exp&eacute;riences de Gargantua.">1</a></sup>, mais que la dignité nationale réprouve. Le cliché fut sélectionné sur le thème annoncé du &laquo;&nbsp;politiquement incorrect&nbsp;&raquo;, ce qui émut des députés, le ministre de la justice et aujourd&#8217;hui Philippe Bilger :</p>
<blockquote><p>Derrière le drapeau français, il y a des morts, des héros, de la gloire,  de l&#8217;Histoire, du sang et de la boue, des trahisons et des triomphes.  Le souiller, c&#8217;est porter atteinte à bien plus que lui, à ce qui nous  reste de sentiment collectif et d&#8217;union nationale.</p></blockquote>
<p>Une goutte de droit, avant de verser dans des considérations moins amères.</p>
<p>Le drapeau tricolore constitue, aux termes de l&#8217;article 2 de la Constitution, l&#8217;emblème national. C&#8217;est pourquoi il pavoise<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_1_4712" id="identifier_1_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le pavoisement suppose plusieurs drapeaux.">2</a></sup> sur les édifices publics aux fêtes nationales et s&#8217;attriste d&#8217;une mise en berne lors des deuils nationaux. Il reçoit même les honneurs militaires à l&#8217;occasion de cérémonies commémoratives<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_2_4712" id="identifier_2_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Aux termes de l&amp;#8217;article 33 du d&eacute;cret n&deg; 89-655 du 13 septembre 1989 relatif aux c&eacute;r&eacute;monies publiques, pr&eacute;s&eacute;ances, honneurs civils et militaires.">3</a></sup>.</p>
<p>Un <em>instrument</em> <strong>et</strong> un <em>objet</em> de célébration, donc. Mais également, en miroir, un instrument de contestation et un objet d&#8217;outrage. C&#8217;est donc une tentation pour les autorités de déjouer ces manifestations par la criminalisation des usages subversifs du drapeau.</p>
<p>Du côté des armes, la sanction est rude<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_3_4712" id="identifier_3_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="C&amp;#8217;est l&amp;#8217;article L. 322-17 du code de justice militaire.">4</a></sup> :</p>
<blockquote><p>Le fait pour tout militaire ou toute personne embarquée de commettre un  outrage au drapeau ou à l&#8217;armée est puni de cinq ans d&#8217;emprisonnement.</p></blockquote>
<p>Pour les civils, il faut avoir égard à l&#8217;article 433-5-1 du code pénal :</p>
<div>
<blockquote><p>Le fait, au cours d&#8217;une manifestation organisée ou réglementée par  les autorités publiques, d&#8217;outrager publiquement l&#8217;hymne national ou le  drapeau tricolore est puni de 7 500 euros d&#8217;amende.</p></blockquote>
</div>
<p>Aucun de ces textes, cependant, ne s&#8217;applique au cas présent.</p>
<p>En effet, le concours de photographie ne constitue pas une <em>manifestation organisée ou réglementée par les autorités publiques</em> au sens de la loi. Et, faute pour notre photographe d&#8217;être soumis aux obligations militaires<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_4_4712" id="identifier_4_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="A notre connaissance.">5</a></sup>, il échappera au droit répressif.</p>
<p>D&#8217;où le désir bien naturel de pallier ce qui apparaît comme une béance de la législation par la création d&#8217;une nouvelle infraction. Laissons la parole à Philippe Bilger.</p>
<blockquote><p>Le ministère de la Justice a laissé entendre qu&#8217;on pourrait s&#8217;orienter  vers la création d&#8217;une contravention de 5ème classe qui sanctionnerait  ces insultes au drapeau non prévues par des dispositions récentes. Ces  lacunes montrent à quel point on va trop vite et comme des hypothèses  plausibles sont écartées du champ de la réflexion. En effet il n&#8217;aurait  pas été compliqué de prévoir qu&#8217;un jour ou l&#8217;autre, par une avancée  ridicule, choquante ou odieuse, un acte offensant le drapeau pourrait  être commis de cette manière, soit par une provocation individuelle soit  au nom d&#8217;un art &laquo;&nbsp;politiquement incorrect&nbsp;&raquo;.</p></blockquote>
<p>Pour tout dire, l&#8217;hypothèse n&#8217;a pas échappé à tout le monde. Et en particulier au Conseil constitutionnel dans sa <a href="http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2003/2003-467-dc/decision-n-2003-467-dc-du-13-mars-2003.855.html">décision n° 2003-467 DC</a> du 13 mars 2003 <em>relative à la loi sur la sécurité intérieure</em>, il examinait la constitutionnalité de l&#8217;article 433-5-1 du Code pénal. En effet, il était apparu à certains parlementaires que l&#8217;outrage fait au drapeau pouvait bien ressortir à l&#8217;exercice de la liberté d&#8217;expression. Ce qu&#8217;admet le Conseil tout en n&#8217;excluant pas qu&#8217;il y fut porté atteinte.</p>
<blockquote><p>[I]l est loisible au législateur de prévoir de  nouvelles infractions en déterminant les peines qui leur sont  applicables ; que, toutefois, il lui incombe                 d&#8217;assurer, ce faisant, la conciliation des exigences de  l&#8217;ordre public et la garantie des libertés constitutionnellement  protégées.</p></blockquote>
<p>L&#8217;atteinte, cependant, doit être suffisamment circonscrite et proportionnée au trouble qu&#8217;il convient de prévenir. C&#8217;est pourquoi le Conseil examine le champs d&#8217;application du délit d&#8217;outrage au drapeau, qu&#8217;il juge suffisamment circonscrit :</p>
<blockquote><p>104. Considérant que <strong>sont exclus du champ d&#8217;application  de l&#8217;article critiqué les œuvres de l&#8217;esprit, les propos tenus dans un  cercle privé, ainsi que les actes accomplis lors de manifestations non organisées par les autorités  publiques ou non réglementés</strong> par elles ; que l&#8217;expression &nbsp;&raquo;  manifestations réglementées par les autorités publiques &laquo;&nbsp;, éclairée par les travaux parlementaires, doit s&#8217;entendre  des manifestations publiques à caractère sportif, récréatif ou culturel  se déroulant dans des enceintes soumises par les lois et règlements à des règles d&#8217;hygiène et de  sécurité en raison du nombre de personnes qu&#8217;elles accueillent ;<br />
105. Considérant qu&#8217;en instituant un tel délit, le législateur a effectué la  conciliation qu&#8217;il lui appartenait d&#8217;assurer entre les exigences  constitutionnelles rappelées                 ci-dessus.</p></blockquote>
<p>On aura noté que le Conseil constitutionnel prend soin d&#8217;exclure les œuvres de l&#8217;esprit du champs d&#8217;application de l&#8217;infraction, alors que le texte pénal est muet sur ce point. Cette mention expresse n&#8217;est pas anodine. Elle laisse entendre que l&#8217;extension de la répression à cette forme d&#8217;expression ne passerait sans doute pas la censure constitutionnelle<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_5_4712" id="identifier_5_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Exerc&eacute;e, dans le cas d&amp;#8217;une contravention, par le Conseil d&amp;#8217;&Eacute;tat.">6</a></sup>. Aussi bien ne peut-on, comme Philippe Bilger, reprocher à la loi — et au législateur — ses lacunes. Elles relèvent de la <em>garantie des libertés constitutionnellement  protégées</em>. Il sera donc bien difficile de les combler sans se heurter au risque d&#8217;inconstitutionnalité<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_6_4712" id="identifier_6_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Un risque que la majorit&eacute; s&amp;#8217;appr&ecirc;te &agrave; courir sur la question de la Burqa.">7</a></sup></p>
<p>Passons le droit. Tout du moins, le droit positif.</p>
<p>Plusieurs observations incidentes de Philippe Bilger, m&#8217;ont quelque peu chagriné. Sans partager toujours ses positions<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_7_4712" id="identifier_7_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ou alors, pour des raisons qui ne sont parfois pas les siennes.">8</a></sup>, je chéris la lecture de son blog et confesse une certaine affection pour sa plume qui, à la façon du cyanure, cache son venin sous la douceur d&#8217;un parfum d&#8217;amande. Mais ici, je me dois de disconvenir respectueusement<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_8_4712" id="identifier_8_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Mais peut-&ecirc;tre est-ce parce que la douceur a laiss&eacute; place &agrave; une certaine virulence.">9</a></sup>. En particulier sur ce qui concerne les noces du bon goût artistique et de la loi.</p>
<blockquote><p>Que cette photographie ignominieuse ait pu être qualifiée de &laquo;&nbsp;coup de cœur&nbsp;&raquo; par un jury au nom d&#8217;un &laquo;&nbsp;politiquement incorrect&nbsp;&raquo; mal compris et  mal assimilé manifeste, aussi et surtout, le degré d&#8217;avachissement des  actuelles représentations artistiques. Celles-ci, obsédées par le  nauséabond et la démolition de ce qui pourrait encore servir à  structurer l&#8217;âme collective, s&#8217;en donnent à cœur joie, toute honte bue,  pour honorer le vil et consacrer le sale. Dans quels cerveaux malades  de telles adhésions peuvent-elles trouver place ? Qui peut valablement  s&#8217;esbaudir devant la rencontre d&#8217;un drapeau et d&#8217;un séant sauf à devoir  se faire redresser le goût ? Cet épisode en dit beaucoup sur la loi et  ses lacunes, sur l&#8217;art et sa perversion.</p></blockquote>
<p>Il est loisible à chacun de discuter du bon — ou du mauvais — goût d&#8217;une œuvre artistique. Et si certaines froissent le bon goût par mégarde ou innocence, d&#8217;autres s&#8217;emploient délibérément à le heurter. On peut le déplorer, mais c&#8217;est affaire de jugement esthétique ; d&#8217;esthétique et certainement pas de droit. Que la loi se mêle de goût et l&#8217;on verra l&#8217;autorité publique se faire maîtresse des normes artistiques. Les régimes politiques dans lesquels ces pratiques prospèrent, je dois le dire, ne m&#8217;agréent guère. Dans un état libéral, nul ne doit <em>se faire redresser le goût</em>. C&#8217;est une garantie essentielle que de pouvoir se vautrer dans la vulgarité. Garantie dont la société contemporaine profite abondamment, il est vrai.</p>
<p>En passant, la législation de la propriété littéraire et artistique n&#8217;a pas subordonné la notion d&#8217;œuvre de l&#8217;esprit à une quelconque vertu esthétique. Une neutralité fort bienvenue, qui assure à bon nombre d&#8217;interprètes et compositeurs contemporains de fort décents revenus<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_9_4712" id="identifier_9_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et le soutien inconditionnel du minist&egrave;re de la culture.">10</a></sup>.</p>
<p>Un mot, pour finir, sur le &laquo;&nbsp;politiquement incorrect&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Le &laquo;&nbsp;politiquement correct&nbsp;&raquo; a toujours suscité la réticence — voire la révolte — de l&#8217;esprit français, qui s&#8217;y refuse. Quel gaulois se voudrait défenseur de la conformité ? L&#8217;indépendance a bien meilleure presse. C&#8217;est pourquoi on trouve dans nos villes et nos villages beaucoup plus de défenseurs du &laquo;&nbsp;politiquement incorrect&nbsp;&raquo; que de hérauts du &laquo;&nbsp;politiquement correct&nbsp;&raquo; ? A ce point d&#8217;ailleurs que l&#8217;on se revendique politiquement <em>in</em>correct en plaidant les causes les plus majoritaires. En France, le politiquement correct, c&#8217;est l&#8217;autre<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_10_4712" id="identifier_10_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="A ce point que revendiquer le conformisme peut aujourd&amp;#8217;hui sonner comme une forme de dandysme.">11</a></sup>. Et c&#8217;est aussi une insulte.</p>
<p>Il n&#8217;est donc rien de véritablement surprenant à ce qu&#8217;un environnement artistique, souvent plus prompt à l&#8217;exagération des tendances qu&#8217;à leur contradiction, se soit fait fort de célébrer l&#8217;incorrection politique<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_11_4712" id="identifier_11_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cela dit, je me demande ce qui serait advenu si la palme du politiquement incorrect &eacute;tait revenue &agrave; une photographie du salut au drapeau.">12</a></sup>. Et de la célébrer par l&#8217;exposition d&#8217;un torche-cul constitutionnel.</p>
<p>Philippe Bilger peut se rassurer cependant. Si nul ne s&#8217;indigne qu&#8217;un usage détourné — et vaguement scatologique — du drapeau figure au rang du politiquement incorrect, c&#8217;est que chacun sait sa place véritable : au dessus du trône, et non en dessous.</p>
<p>Je vais laisser conclure Feydeau en mes lieux et place.</p>
<p>Dans, <em>On purge bébé</em>, Follavoine, fabricant de vases de nuit, s&#8217;entretient avec Chouilloux, représentant de l&#8217;armée française. Il espère décrocher une commande publique de pots de chambre. Je ne doute pas que chacun devine la teneur du ressort comique qui anime <a href="http://fr.wikisource.org/wiki/On_purge_b%C3%A9b%C3%A9_!#Sc.C3.A8ne_IV">la scène</a>. Observez comment les couleurs nationales y sont convoquées.</p>
<blockquote><p><span>Follavoine</span><em>.</em> — Bien  entendu, nous faisons ça en blanc et en couleur ; si vous le désirez,  pour l’armée, rayé comme les guérites, par exemple… aux couleurs  nationales… ?</p>
<p><span>Chouilloux</span>. — Oh ! non ! Ce serait  prétentieux.</p>
<p><span>Follavoine</span>. — Je suis de cet avis ;  et vraiment une augmentation de dépense inutile.</p></blockquote>
<p><em>On purge bébé</em> fut de nombreuses fois représenté dans les théâtres français<sup><a href="http://dinersroom.eu/4712/outrage-au-drapeau-du-torche-cul-comme-art-inconvenant/#footnote_12_4712" id="identifier_12_4712" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Y compris au Th&eacute;&acirc;tre fran&ccedil;ais.">13</a></sup>. Il ne me souvient pas que l&#8217;on s&#8217;en fut ému en ministère.</p>
<br>
<br>
<br>
<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_4712" class="footnote">L&#8217;amant des lettres soulignerait que le drapeau est bien le seul instrument qui échappa aux <a href="http://papiertoilettefr.free.fr/voir_citations.php">expériences de Gargantua</a>.</li><li id="footnote_1_4712" class="footnote">Le pavoisement suppose plusieurs drapeaux.</li><li id="footnote_2_4712" class="footnote">Aux termes de l&#8217;article 33 du <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006067256&amp;dateTexte=20100423">décret n° 89-655</a> du 13 septembre 1989 <em>relatif aux cérémonies publiques, préséances, honneurs civils et militaires</em>.</li><li id="footnote_3_4712" class="footnote">C&#8217;est l&#8217;article L. 322-17 du code de justice militaire.</li><li id="footnote_4_4712" class="footnote">A notre connaissance.</li><li id="footnote_5_4712" class="footnote">Exercée, dans le cas d&#8217;une contravention, par le Conseil d&#8217;État.</li><li id="footnote_6_4712" class="footnote">Un risque que la majorité s&#8217;apprête à courir sur la question de la Burqa.</li><li id="footnote_7_4712" class="footnote">Ou alors, pour des raisons qui ne sont parfois pas les siennes.</li><li id="footnote_8_4712" class="footnote">Mais peut-être est-ce parce que la douceur a laissé place à une certaine virulence.</li><li id="footnote_9_4712" class="footnote">Et le soutien inconditionnel du ministère de la culture.</li><li id="footnote_10_4712" class="footnote">A ce point que revendiquer le conformisme peut aujourd&#8217;hui sonner comme une forme de dandysme.</li><li id="footnote_11_4712" class="footnote">Cela dit, je me demande ce qui serait advenu si la palme du <em>politiquement incorrect</em> était revenue à une photographie du salut au drapeau.</li><li id="footnote_12_4712" class="footnote">Y compris au Théâtre français.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Marions en bleu, blanc, rouge</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Dec 2009 13:58:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il est parfois tentant — et l&#8217;on est souvent tenté — d&#8217;oublier la part de l&#8217;État dans l&#8217;institution du mariage. C&#8217;est que les sociétés contemporaines veulent à toute force y nicher l&#8217;amour. Et si l&#8217;État se trouve fort bien pourvu en toutes matières, il n&#8217;est assurément pas ministre de Cupidon. Voulez-vous vivre dans les liens d&#8217;amour ? Le concubinage est fait pour vous ; avec un regard lointain, indifférent ou dédaigneux de l&#8217;État. Le mariage, c&#8217;est autre chose. Un réseau d&#8217;obligations personnelles consenties mutuellement, d&#8217;abord. Parmi lesquelles la communauté de vie dont on déduit la &#171;&#160;dette sexuelle&#160;&#187;1. Les époux ne s&#8217;engagent pas à s&#8217;aimer2. En revanche, il s&#8217;obligent à la copula carnalis. L&#8217;union des chairs. Le droit — comme l&#8217;État — se méfie de l&#8217;amour, mais il n&#8217;ignore pas le sexe. Un régime matrimonial, ensuite, qui détermine les principes de l&#8217;administration et de la disposition des biens des époux. La loi ne l&#8217;impose pas. Mais à défaut de convention des époux, c&#8217;est le régime légal de la communauté de biens réduite aux acquêts qui s&#8217;applique. Contre les poussées individualistes — et égalitaires — les revenus de chacun des époux deviennent propriété commune3. Et tout ceci après une cérémonie qui fait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-medium wp-image-3771" title="800px-Flag_of_France.svg" src="http://dinersroom.eu/wp-content/uploads/2009/12/800px-Flag_of_France.svg-300x199.png" alt="800px-Flag_of_France.svg" width="300" height="199" />Il est parfois tentant — et l&#8217;on est souvent tenté — d&#8217;oublier la part de l&#8217;État dans l&#8217;institution du mariage.</p>
<p>C&#8217;est que les sociétés contemporaines veulent à toute force y nicher l&#8217;amour. Et si l&#8217;État se trouve fort bien pourvu en toutes matières, il n&#8217;est assurément pas ministre de Cupidon. Voulez-vous vivre dans les liens d&#8217;amour ? Le concubinage est fait pour vous ; avec un regard lointain, indifférent ou dédaigneux de l&#8217;État.</p>
<p>Le mariage, c&#8217;est autre chose.</p>
<p>Un réseau d&#8217;obligations personnelles consenties mutuellement, d&#8217;abord. Parmi lesquelles la <em>communauté de vie</em> dont on déduit la &laquo;&nbsp;<em>dette sexuelle</em>&nbsp;&raquo;<sup><a href="http://dinersroom.eu/3764/marions-en-bleu-blanc-rouge/#footnote_0_3764" id="identifier_0_3764" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dette mutuelle, au reste, dont l&amp;#8217;inaccomplissement peut &ecirc;tre cause de divorce pour faute.">1</a></sup>. Les époux ne s&#8217;engagent pas à s&#8217;aimer<sup><a href="http://dinersroom.eu/3764/marions-en-bleu-blanc-rouge/#footnote_1_3764" id="identifier_1_3764" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Au reste, l&amp;#8217;amour n&amp;#8217;est pas la cause juridique du mariage. C&amp;#8217;est pourquoi, l&amp;#8217;absence d&amp;#8217;amour n&amp;#8217;est pas une cause de nullit&eacute; du mariage.">2</a></sup>. En revanche, il s&#8217;obligent à la <em>copula carnalis</em>. L&#8217;union des chairs. Le droit — comme l&#8217;État — se méfie de l&#8217;amour, mais il n&#8217;ignore pas le sexe.</p>
<p>Un <em>régime matrimonial</em>, ensuite, qui détermine les principes de l&#8217;administration et de la disposition des biens des époux. La loi ne l&#8217;impose pas. Mais à défaut de convention des époux, c&#8217;est le régime légal de la communauté de biens réduite aux acquêts qui s&#8217;applique. Contre les poussées individualistes — et égalitaires — les revenus de chacun des époux deviennent propriété commune<sup><a href="http://dinersroom.eu/3764/marions-en-bleu-blanc-rouge/#footnote_2_3764" id="identifier_2_3764" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ce qui tend &agrave; infl&eacute;chir par la pratique les in&eacute;galit&eacute;s de salaires, tout aussi pratiques.">3</a></sup>.</p>
<p>Et tout ceci après une <em>cérémonie</em> qui fait l&#8217;essence du mariage.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas dans l&#8217;article 75 du Code civil, qui la décrit dans le détail, qu&#8217;il faut en aller quérir l&#8217;importance, mais dans l&#8217;article 195 :</p>
<blockquote><p>La possession d&#8217;état ne pourra dispenser les prétendus époux qui l&#8217;invoqueront respectivement, de représenter l&#8217;acte de célébration du mariage devant l&#8217;officier de l&#8217;état civil.</p></blockquote>
<p>Autrement dit, la preuve du mariage ne peut être rapportée par le fait d&#8217;avoir vécu publiquement comme mari et femme<sup><a href="http://dinersroom.eu/3764/marions-en-bleu-blanc-rouge/#footnote_3_3764" id="identifier_3_3764" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="i.e la possession d&amp;#8217;&eacute;tat d&amp;#8217;&eacute;poux.">4</a></sup>. Il faut encore apporter l&#8217;acte d&#8217;état civil ; &laquo;&nbsp;<em>acte de célébration</em>&laquo;&nbsp;, dit le Code. Et la <em>célébration </em>n&#8217;est pas qu&#8217;un échange des consentements. le rôle de l&#8217;officier public y est éminent. Voyez le dernier alinéa de l&#8217;article 75 :</p>
<blockquote><p>[Le maire] recevra de chaque partie, l&#8217;une après l&#8217;autre, la déclaration qu&#8217;elles veulent se prendre pour mari et femme : il prononcera, au nom de la loi, qu&#8217;elles sont unies par le mariage, et il en dressera acte sur-le-champ.</p></blockquote>
<p>On le voit, le mariage n&#8217;est formé qu&#8217;au prononcé du maire, et non pas à la réception des consentements<sup><a href="http://dinersroom.eu/3764/marions-en-bleu-blanc-rouge/#footnote_4_3764" id="identifier_4_3764" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="On aura not&eacute;, du reste, que ce n&amp;#8217;est pas un &amp;laquo;&amp;nbsp;&eacute;change&amp;nbsp;&amp;raquo; des consentements, mais une r&eacute;ception par le maire.">5</a></sup>. Sans intervention de l&#8217;État<sup><a href="http://dinersroom.eu/3764/marions-en-bleu-blanc-rouge/#footnote_5_3764" id="identifier_5_3764" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Car le maire n&amp;#8217;exerce pas ici un pouvoir de la commune, mais de l&amp;#8217;&Eacute;tat, par d&eacute;l&eacute;gation.">6</a></sup>, point de mariage. On conçoit dès lors que celui-ci se préoccupe de symboles. Parmi lesquels, ceux de la République.</p>
<p>C&#8217;est dans ce cadre que l&#8217;on doit s&#8217;efforcer de replacer une <a href="http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/propositions/pion2040.pdf">proposition de loi</a> visant à prohiber les signes d&#8217;appartenance nationale autres que français lors de la cérémonie du mariage. C&#8217;est qu&#8217;on se marie sous les emblèmes de la République, et non pas sous les auspices d&#8217;un quelconque autre état :</p>
<blockquote><p>À l’heure de ce grand rendez-vous, il faut choisir : ou bien l’on décide de s’unir à l’être aimé lors d’un mariage, uniquement drapé aux couleurs de la République (et l’on en épouse alors tous les principes) ou bien l’on y renonce, en toute liberté.</p></blockquote>
<p>Aux termes de ce texte, donc, le maire pourrait, en vertu de ses pouvoirs de police, interrompre la célébration jusqu&#8217;à ce que les signes ou drapeaux &laquo;&nbsp;<em>d’appartenance nationale autres que ceux de la République française</em>&nbsp;&raquo; ne soient plus visibles.</p>
<p>Un esprit chafouin, cependant, pourrait objecter que ce n&#8217;est pas <em>au nom de la République</em><sup><a href="http://dinersroom.eu/3764/marions-en-bleu-blanc-rouge/#footnote_6_3764" id="identifier_6_3764" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ce joli nom dont s&amp;#8217;empare l&amp;#8217;&Eacute;tat.">7</a></sup> qu&#8217;est prononcé le mariage, mais &laquo;&nbsp;<em>au nom de la loi</em>&laquo;&nbsp;. Ce qui devrait être autre chose. C&#8217;est ainsi, par exemple, que les principes de la République sont acceptés des lors qu&#8217;ils se sont vu rappeler les obligations légales nées du mariage. On voit mal, d&#8217;ailleurs, en quoi les drapeaux brandis devraient exonérer les futurs époux d&#8217;obéir à la loi qui les unit. Mais enfin, c&#8217;est affaire de symbole.</p>
<p>Quels symboles, d&#8217;ailleurs ?</p>
<p>&laquo;&nbsp;<em>[L]es drapeaux ou signes d’appartenance nationale autres que ceux de la République française</em>&laquo;&nbsp;, selon la proposition de loi.</p>
<p>On objectera perfidement que le drapeau n&#8217;est pas le symbole de la République, mais celui de la Nation, aux termes de l&#8217;article 3 de la Constitution. Mais passons&#8230;</p>
<p>On soulignera encore que l&#8217;exclusion, dans sa généralité, porte également sur les emblèmes de l&#8217;Union européenne. Ce qui n&#8217;est guère charitable, depuis que la Charte des droits fondamentaux de l&#8217;Union professe dans son article 9 le droit de se marier.</p>
<p>On notera enfin que le texte ne se contente pas d&#8217;exclure tout symbole d&#8217;appartenance nationale, mais privilégie bel et bien le drapeau tricolore qu&#8217;il est loisible aux futurs époux d&#8217;arborer. Or, c&#8217;est une chose que de vouloir rappeler l&#8217;éminence de la République dans la formation du mariage, c&#8217;en est une autre que d&#8217;y inviter la Nation.</p>
<p>Car il se trouve que l&#8217;État français marie des nationaux et des ressortissants étrangers. Aux premiers, le loisir d&#8217;arborer leurs couleurs ; au second, cette liberté est refusée. Cela pourrait sonner comme une discrimination. Après tout, si la République marie, ce n&#8217;est pas elle qu&#8217;on épouse.</p>
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<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_3764" class="footnote">Dette mutuelle, au reste, dont l&#8217;inaccomplissement peut être cause de divorce pour faute.</li><li id="footnote_1_3764" class="footnote">Au reste, l&#8217;amour n&#8217;est pas la cause juridique du mariage. C&#8217;est pourquoi, l&#8217;absence d&#8217;amour n&#8217;est pas une cause de nullité du mariage.</li><li id="footnote_2_3764" class="footnote">Ce qui tend à infléchir par la pratique les inégalités de salaires, tout aussi pratiques.</li><li id="footnote_3_3764" class="footnote">i.e la <em>possession d&#8217;état</em> d&#8217;époux.</li><li id="footnote_4_3764" class="footnote">On aura noté, du reste, que ce n&#8217;est pas un &laquo;&nbsp;échange&nbsp;&raquo; des consentements, mais une réception par le maire.</li><li id="footnote_5_3764" class="footnote">Car le maire n&#8217;exerce pas ici un pouvoir de la commune, mais de l&#8217;État, par délégation.</li><li id="footnote_6_3764" class="footnote">Ce joli nom dont s&#8217;empare l&#8217;État.</li></ol>]]></content:encoded>
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