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	<title>Diner&#039;s room &#187; économie numérique</title>
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		<title>La grande bataille d&#8217;Internet : industries, consommateur et citoyens</title>
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		<pubDate>Mon, 25 May 2009 14:55:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je me saisis à mon tour du débat initié par Narvic et Authueil, et évoqué par Nicolas, sur Meilcour. Narvic soutient que l&#8217;enjeu des lois sur les droits de propriété intellectuelle n&#8217;est pas la défense de l&#8217;une ou l&#8217;autre industries —  culturelle ou numérique1, mais celle du citoyen/consommateur : La défense des intérêts de Google, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je me saisis à mon tour du débat initié par <a href="http://novovision.fr/?Hadopi-et-si-on-s-etait-trompe-de">Narvic</a> et <a href="http://authueil.org/?2009/05/24/1333-le-non-probleme-du-filtrage">Authueil</a>, et évoqué par <a href="http://www.meilcour.fr/polito/lopsi-2-next-step.html">Nicolas</a>, sur Meilcour.</p>
<p>Narvic soutient que l&#8217;enjeu des lois sur les droits de propriété intellectuelle n&#8217;est pas la défense de l&#8217;une ou l&#8217;autre industries —  culturelle ou numérique<sup>1</sup>, mais celle du citoyen/consommateur :</p>
<blockquote><p>La défense des intérêts de Google, Microsoft, Yahoo !, Apple, Intel, Orange, Free, et les autres, ce n’est pas mon combat. La défense d’une idéologie de la technologie ou de la « free culture » non plus.</p>
<p>S’il apparait plus nécessaire que jamais d’intervenir dans la bataille assez titanesque qui se joue en ce moment, c’est au nom d’autres valeurs que je suis prêt à le faire : celles de la défense du citoyen, qui est aussi un consommateur.</p></blockquote>
<p>Et Nicolas de renchérir :</p>
<blockquote><p>[L]’enjeu, ce n’est pas la défense du réseau, de la technologie, de la révolution internet, mais du citoyen, et du consommateur.</p></blockquote>
<p>Je ne les rejoins pas tout à fait.</p>
<p>Je suis tout à fait prêt à prendre parti dans la lutte que se livrent les différents secteurs industriels pour faire valoir leurs intérêts contre ceux des autres, dès lors que ceux-ci épousent mes intérêts de consommateurs ou de citoyen — ce qui n&#8217;est pas la même chose, en passant.</p>
<p>La première chose est qu&#8217;il ne faut pas se désintéresser dont on n&#8217;est pas un protagoniste direct. Car même les bombes ne tombent pas toujours où on les attends. Et à supposer même, elles peuvent être plus puissantes qu&#8217;on le croit.</p>
<h4>1. Qui trop embrasse mal étreint</h4>
<p>Si la question du filtrage semble anodine à Authueil, c&#8217;est qu&#8217;il ne renifle pas aujourd&#8217;hui de menaces sur l&#8217;usage qu&#8217;il privilégie d&#8217;Internet.</p>
<blockquote><p>Là où Narvic parle &laquo;&nbsp;musique et vidéo&nbsp;&raquo;, je parle textes. Là où il parle &laquo;&nbsp;consommation de produits culturels&nbsp;&raquo;, je parle échanges intellectuels.</p>
<p>(&#8230;)</p>
<p>Tous ces groupes, quelques soient leurs idéologies, ne sont pas un terreau commercialement très fertile, sauf pour des niches de la taille d&#8217;un tête d&#8217;épingle. Si en plus, ils se contentent de textes, sans quasiment consommer de bande passante, ils passeront en dessous de tous les radars.</p></blockquote>
<p>Autrement dit, dès lors que les échanges d&#8217;idées échappent au filtrage des contenus, le marché des idées subsiste.</p>
<p>Le problème d&#8217;une telle analyse est qu&#8217;elle suppose une technologie de filtrage suffisamment sélective. Or, l&#8217;efficacité du procédé suppose de mailler suffisamment serrer pour être sûr de ne rien laisser échapper, car toute faille serait systématiquement exploitée. Il n&#8217;est que d&#8217;observer les difficultés pour proposer des applications <em>anti-spam</em> pour douter qu&#8217;il puisse seulement exister une technologie qui réponde aux objectifs que l&#8217;on se fixe. Si bien que le filtrage pourrait tout à fait s&#8217;étendre aux contenus textuels, ne serait-ce que de façon accidentelle. Et ceci sans compter que l&#8217;image et le son participent tout autant au débat d&#8217;idée que le texte.</p>
<p>De façon générale, les instruments juridique de contrôle et de surveillance ont vocation à tout embrasser, et rien ne permet d&#8217;assurer que la noisette ne sera pas broyée avec la coquille. Surtout lorsque l&#8217;on utilise un marteau-piqueur.</p>
<h4>2. Le droit au secours de la technique</h4>
<p>De fait, la sauvegarde des intérêts des industries de contenu ne passe pas par la garantie <em>technique</em> de leur modèle, mais par une garantie <em>juridique</em>. Faute de pouvoir assurer la sélection des contenus échangés, on fait peser une <em>obligation de surveillance</em> dont l&#8217;inobservation est sanctionnée.</p>
<p>A dire vrai, cette méthode est vieille comme le droit. Les parents sont tenus des dommages infligés par leurs enfants, les maîtres, de ceux qu&#8217;ont causé leurs animaux et chacun, des choses dont on a la garde.</p>
<p>L&#8217;idée qui préside au mécanisme est celui de la <em>responsabilité pour risque</em>. Dès lors que je mets à disposition d&#8217;autrui les moyens de commettre une infraction ou de causer un dommage, je dois assumer tout ou partie du dommage. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est le titulaire d&#8217;une connexion Internet qui, astreint à une obligation de surveillance, se devra de payer pour la réalisation du risque qu&#8217;il a pu laisser se produire. Demain, ce sera peut-être le fournisseur d&#8217;accès.</p>
<p>Or, le prix du filtrage efficace apparaîtra sans doute trop élevé aux fournisseurs d&#8217;accès qui préfèreront souffrir les amendes et indemnités. L&#8217;enjeu est donc de savoir qui paiera, et qui sera payé.</p>
<p>Ne nous y trompons pas. Il est de la nature du consommateur de payer. Reste à savoir à quelle sauce il préfère être mangé.</p>
<h4>3. La sauce à laquelle on préfère être mangé</h4>
<p>De fait, on pourrait, comme le fait Narvic, schématiser la guerre en cours, comme celle des industries de contenu et des industrie de tuyaux ; avec en guise d&#8217;otages, les artistes d&#8217;un côté, les consommateurs de l&#8217;autre ; et au titre des victimes collatérales, les usagers citoyens.</p>
<p>Ce n&#8217;est sans doute pas faux. Mais pas non plus complètement vrai.</p>
<p>Les industries en cause sont pour la plupart engagés tout à la fois dans le secteur de la distribution de contenu et dans celui de la fourniture d&#8217;accès et de technologies.</p>
<p><em>Vivendi Universal</em> possède <em>SFR</em>, <em>Universal Music </em>et <em>Canal plus</em>. <em>Bouygues</em> détient <em>Bouygues télécom</em> et <em>TF1</em>. Quant à <em>Orange</em>, elle se positionne sur les activités de contenu. On connaît la politique d&#8217;<em>Apple</em> en matière de distribution de musique et de technologie dédiée. Et l&#8217;on pourrait, je crois, multiplier les exemples.</p>
<p>La stratégie de la convergence, prophétisée en son temps par Jean-Marie Messier semble à l&#8217;œuvre, même si c&#8217;est encore de façon partielle. Mais les grands oligopoles de l&#8217;information sont en cours de constitution.</p>
<p>Et il n&#8217;est même pas question, me semble-t-il, de se demander quelle culture l&#8217;emportera.</p>
<p>Celle du paiement à l&#8217;acte que défendent les acteurs actuels de l&#8217;industrie culturelle ne pourra faire face. Celle de l&#8217;abonnement conduit à des offres illimitées — de contenu et d&#8217;accès. C&#8217;est, me semble-t-il, le modèle qui devrait prospérer parce qu&#8217;il est à la mesure du marché universel qui se dessine.</p>
<p>De fait, ce n&#8217;est pas sans hypocrisie qu&#8217;<em>Universal</em> a lutté bec et ongles contre le principe de la licence globale pour proposer la possibilité de musique illimitée sur mobile. A rebours, c&#8217;est plutôt la captation d&#8217;une part de marché des abonnements qui a constitué l&#8217;objectif. Autant dire que les batailles législatives en cours visent à prendre position pour le jour des alliances plutôt que de défendre un pré-carré.</p>
<p>Dans ce cadre, le consommateur, comme le citoyen, se trouve relativement démuni. C&#8217;est pourquoi il doit trouver des alliés de circonstance. Aujourd&#8217;hui, ce sont les industries Internet qui leur proposent les produits les plus alléchants et les possibilités les plus étendues. Mais le jour arrive des restrictions d&#8217;usage liées à l&#8217;exploitation des contenus<sup>2</sup>. Et une nouvelle carte des intérêts pourraient se dessiner. Une carte où les consommateurs pourraient voir restreint leur territoire.</p>
<p>J&#8217;estime cependant que l&#8217;on doit aujourd&#8217;hui privilégier les Industries de diffusion à celle des contenus. Ou, si vous préférez, les dindes devraient voter pour un Noël précoce.</p>
<h4>4. Un Noël précoce pour les dindes ?</h4>
<p>Les maisons de production, pas plus que les artistes, ne disparaîtront. Les premières seront rachetées par les grands diffuseurs ; les second, de clients. Et il est probable que ces grands diffuseurs seront ceux qui peuvent propose les réseaux à plus haut débit.</p>
<p>Pendant ce temps, les Industries de réseau poursuivront leur extension. Que chacun dispose de solutions mobiles et fixe à très haut débit pour pouvoir consommer à merci les contenus qui leur seront proposés. C&#8217;est l&#8217;objectif.</p>
<p>Mais l&#8217;usager d&#8217;Internet peut se comporter comme un passager clandestin. C&#8217;est que je ne suis pas qu&#8217;un consommateur de contenus, mais également un producteur. En développant un réseau à haute capacité et les technologies qui l&#8217;accompagnent, les industries numériques abaissent la principale barrière à l&#8217;entrée : celle de l&#8217;accès aux infrastructures et à un réseau de diffusion.</p>
<p>Et il n&#8217;est aucune raison que cela change. Car en produisant du contenu, je ne fais pas de concurrence directe aux fournisseurs institutionnels, je ne fais que participer à la diversification de l&#8217;offre ; ce qui vaut bien l&#8217;occupation de la bande passante.</p>
<p>L&#8217;économie de l&#8217;information sera à la fois celle des oligopoles et de la fourmilière.</p>
<h4>5. Et l&#8217;État dans tout cela ?</h4>
<p>Il est un protagoniste que l&#8217;on oublie parfois, tant on le croit saisi de la lutte d&#8217;influence entre industries.</p>
<p>Mais l&#8217;État a des intérêts propres.</p>
<p>Sans parler des questions proprement partisanes — qui ne sont jamais absentes, il y a des aspects stratégiques à la législation d&#8217;Internet.</p>
<p>Ne nous voilons pas la face, la multiplication des échanges pose des problèmes de sécurité intérieure et extérieure. L&#8217;armée souhaite protéger ses communications et percer les communications d&#8217;autrui. C&#8217;est pourquoi elle finance la recherche en matière de cryptologie, faute de n&#8217;avoir pu maintenir l&#8217;interdiction du chiffrement des données échangées<sup>3</sup>.</p>
<p>Le système bancaire a des préoccupations analogues. Et ne disons pas qu&#8217;il s&#8217;agit de mineures considérations mercantiles. La sauvegarde des données bancaires est bien plus décisive que celle de la sécurité physique de quelques citoyens.</p>
<p>Bref, l&#8217;État, en tant que puissance, a des intérêts à faire valoir et il les fera primer. C&#8217;est, semble-t-il, l&#8217;objectif du projet de loi dit &laquo;&nbsp;<em>Loppsi II</em>&laquo;&nbsp;, auquel on s&#8217;intéressera dès le texte sera connu. Là encore, toute la question est de déterminer l&#8217;équilibre entre les moyens mis en œuvre et les garanties accordées aux citoyens.</p>
<p>Autant dire que la grande bataille d&#8217;Internet n&#8217;exclura personne. Il ne s&#8217;agit donc pas de s&#8217;en désintéresser, ni de renvoyer dos à dos les protagonistes qui avancent plus ou moins masqués.</p>
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<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_2484" class="footnote">pour faire large</li><li id="footnote_1_2484" class="footnote">En témoigne d&#8217;ailleurs, le <a href="http://www.01net.com/editorial/502373/free-et-sfr-ne-pourront-pas-commercialiser-orange-sport/">conflit</a> entre <em>Free</em> et <em>Orange</em> sur la distribution d&#8217;Orange TV.</li><li id="footnote_2_2484" class="footnote">C&#8217;était l&#8217;effet d&#8217;une loi de 1990 modifiée en 1998.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Du lobbying pour l&#8217;économie numérique</title>
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		<pubDate>Mon, 18 May 2009 12:05:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J&#8217;ai participé vendredi soir, à une rencontre avec Pierre Kosciusko-Morizet, Président de l&#8217;Acsel — Association de l&#8217;économie numérique. De ces réunions de blogueurs dont je devisais ce matin. L&#8217;Acsel est techniquement un syndicat. C&#8217;est à dire, un groupement d&#8217;intérêt commun, comme il existe en matière professionnelle. En l&#8217;occurrence, il s&#8217;efforce réunir &#171;&#160;l&#8217;ensemble de la communauté [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J&#8217;ai participé vendredi soir, à une rencontre avec Pierre Kosciusko-Morizet, Président de l&#8217;<a href="http://www.associationeconomienumerique.fr/">Acsel</a> — Association de l&#8217;économie numérique. De ces réunions de blogueurs dont je <a href="http://dinersroom.eu/2412/de-la-reunion-de-blogueur-et-de-la-communication-institutionnelle/">devisais</a> ce matin.</p>
<p>L&#8217;Acsel est techniquement un <em>syndicat</em>. C&#8217;est à dire, un <em>groupement d&#8217;intérêt commun</em>, comme il existe en matière professionnelle. En l&#8217;occurrence, il s&#8217;efforce réunir &laquo;&nbsp;<em>l&#8217;ensemble de la communauté des acteurs de l’économie numérique</em>&laquo;&nbsp;. C&#8217;est ainsi qu&#8217;on y <a href="http://www.associationeconomienumerique.fr/?page_id=53">trouve</a> des fournisseurs d&#8217;accès, les opérateurs de téléphonie mobile ou des commerçants en ligne.</p>
<p>L&#8217;Acsel <a href="http://www.associationeconomienumerique.fr/?page_id=2">se donne</a> comme mission de &laquo;&nbsp;<em>réfléchir collectivement à l’impact des technologies émergentes dans le développement de l’économie et les évolutions des usages et des comportements</em>&laquo;&nbsp;. Traduction de PKM : un <em>Think Tank</em> de l&#8217;économie numérique.</p>
<p>Mais l&#8217;Acsel, qui s&#8217;affirme &laquo;&nbsp;<em>interlocuteur reconnu des instances françaises et européennes</em>&nbsp;&raquo; entend apporter &laquo;&nbsp;<em>sa contribution aux consultations publiques françaises et européennes sur le cadre réglementaire de l’économie numérique</em>&laquo;&nbsp;. Autrement dit, un <em>lobby</em> de l&#8217;industrie numérique.</p>
<p>Comme je me dispose à dire tout le bien que je pense de l&#8217;activité de <em>lobbying</em>, il n&#8217;est nul besoin de crier à la dénonciation brutale, non plus qu&#8217;à la manipulation subtile, ou encore de me prêter des aspirations mercantiles. Je ne suis malheureusement<sup>1</sup> pas payé ici pour défendre le grand capital.</p>
<p>Dans le cadre, donc, de son activité de lobbying, l&#8217;Acsel a adressé une <a href="http://www.associationeconomienumerique.fr/?p=2054">lettre </a>aux différents partis politiques nationaux pour les inviter à se prononcer sur des questions qui intéressent l&#8217;économie numérique. Étant entendu que les programmes effleurent à peine ces questions. C&#8217;est bien normal, l&#8217;économie numérique est une industrie marginale, sans aucune importance dans la croissance des nations développées. Et surtout, l&#8217;Union européenne se désintéresse tout à fait de la question. En témoignent, par exemple, les trois directives cadres — le &laquo;&nbsp;<em>Paquet Télécom</em>&nbsp;&raquo; — qui agite un peu le Parlement et le Conseil, là-bas, à Bruxelles.</p>
<p>Avant de revenir sur le contenu de cette lettre, un mot, tout de même sur le rôle de l&#8217;Acsel.</p>
<p>Il ne s&#8217;agit pas — il s&#8217;en faut de beaucoup — de &laquo;&nbsp;<em>cinq gus dans un garage</em>&laquo;&nbsp;, mais d&#8217;une <a href="http://www.associationeconomienumerique.fr/?page_id=53">coalition d&#8217;acteurs du secteur</a> &laquo;&nbsp;<em>avec la puissance de feu d&#8217;un croiseur et des flingues de concours</em>&laquo;&nbsp;, si vous me passez l&#8217;allusion.</p>
<p>Ces derniers ont pour préoccupation de soutenir une législation propice à leur développement. C&#8217;est pourquoi l&#8217;ACSEL <a href="http://www.associationeconomienumerique.fr/?p=1469">est défavorable</a><sup>2</sup> à la coupure de l&#8217;accès Internet prévu par la loi dite &laquo;&nbsp;HADOPI&nbsp;&raquo;, avec des arguments explicitement économiques :</p>
<blockquote><p>[La loi HADOPI] ne fait pas disparaître la charge financière du piratage mais la déplace de l’industrie du disque vers les fournisseurs d’accès.</p></blockquote>
<p>Le fait qu&#8217;une entreprise — ou un secteur économique — intervienne dans le débat public pour soutenir ses intérêts n&#8217;est pas choquant. C&#8217;est même souhaitable.</p>
<p>Il existe certes en France l&#8217;idée que l&#8217;<em>intérêt général</em> constitue une finalité distincte de la somme des intérêts particulier. Un modèle idéal, mais menacé par la pluie des revendications privées. En sorte que toute satisfaction d&#8217;un intérêt particulier porterait atteinte à l&#8217;épure de l&#8217;intérêt général.</p>
<p>On doit constater cependant que chacun se fait une idée différente de l&#8217;intérêt général, au gré de ses convictions, parfois, de ses intérêts<sup>3</sup>. Et s&#8217;il existe un intérêt général, rien ne dit qu&#8217;il ne puisse épouser certains intérêts particuliers, ne serait-ce que de façon provisoire ou contingente.</p>
<p>La défense de la liberté par l&#8217;entrepreneur, ou du service public par le fonctionnaire, ou encore des droits d&#8217;auteurs par les industries culturelles, sont autant d&#8217;illustrations que l&#8217;on peut tout à la fois rechercher la satisfaction d&#8217;un intérêt particulier — fût-il collectif — et celle d&#8217;un principe qui ressortit à l&#8217;intérêt général.</p>
<p>Cela n&#8217;impose pas d&#8217;être naïf. Les entreprises recherchent leur profit et non point celui de leurs concurrents, non plus que de la nation. Et si elles font valoir des préoccupations éthiques ou générales, c&#8217;est principalement par souci d&#8217;image<sup>4</sup>. Cela étant dit, je ne vois pas pourquoi la recherche du profit par l&#8217;entreprise devrait disqualifier les valeurs qu&#8217;elle défend, ne serait-ce que par opportunisme.</p>
<p>Lorsque les industries culturelles défendent bec et ongle les droits d&#8217;auteurs, c&#8217;est assurément parce que leur modèle économique repose sur leur exploitation. Mais cela ne signifie pas que les droits d&#8217;auteurs doivent être dédaignés.</p>
<p>Bref, l&#8217;Acsel s&#8217;efforce de défendre les intérêts collectifs des acteurs de l&#8217;économie numérique, qui peuvent épouser les miens, en tant qu&#8217;usager et producteur de contenus numériques, ou les contredire.</p>
<p>Revenons à la lettre.</p>
<p>Elle renferme sept propositions dont nous avons pu discuter avec Pierre Kosciusko-Morizet. Je m&#8217;en tiendrai aujourd&#8217;hui à la première, d&#8217;apparence banale et purement honorifique.</p>
<blockquote><p>- Mettre en place une Politique Numérique Européenne (PNE), pilotée par un commissariat à l’économie numérique, à créer.</p></blockquote>
<p>Il n&#8217;existe pas aujourd&#8217;hui de politique spécifique en matière numérique, comme pour l&#8217;agriculture ou l&#8217;énergie<sup>5</sup>. De sorte que la filière numérique est dispersée entre plusieurs commissaires.</p>
<p>Or, d&#8217;un point de vue politique, la compétence d&#8217;une administration est essentielle.</p>
<p>Pour illustration, on peut songer que si la loi <em>création et Internet</em> avait été du ressort du secrétariat à l&#8217;économie numérique et non pas du ministère de la culture, elle aurait eu un autre contenu. Non point à raison des liens qui unissent le Ministre et l&#8217;un des acteurs du Secteur<sup>6</sup>, mais parce qu&#8217;une administration a tendance à défendre les intérêts des entreprises qui dépendent de sa juridiction<sup>7</sup>.</p>
<p>Aussi bien le secteur de l&#8217;économie numérique serait-il sans doute mieux servi par l&#8217;existence d&#8217;un commissaire européen qui s&#8217;efforcerait d&#8217;en soutenir les intérêts et la croissance.</p>
<p style="padding-left: 30px;">— <em>Certes</em>, objecterez vous, <em>mais quel intérêt de défendre les industries de ce secteur ? Cela ne revient-il pas à soutenir de grosses entreprises contre d&#8217;autres grosses entreprises ? L&#8217;économie numérique contre l&#8217;agriculture ?</em></p>
<p>Si fait. C&#8217;est exactement cela.</p>
<p>Mais il est quelques raisons de le souhaiter.</p>
<p>Passons sur l&#8217;intérêt d&#8217;allouer des ressources à une activité en croissance plutôt que de soutenir des secteurs fragiles, et posons la question de l&#8217;égalité d&#8217;accès à l&#8217;information.</p>
<p>Il existe une fracture numérique. Toute une partie de la population — y compris dans l&#8217;Europe développée — ne dispose pas d&#8217;un accès au réseau.</p>
<p>Il n&#8217;est pas invraisemblable d&#8217;imaginer que la société de demain, marchande, non marchande, politique et spirituelle reposera sur l&#8217;utilisation des réseaux et des outils qui l&#8217;accompagnent. De ce fait, ceux qui ne pourront s&#8217;y insérer souffriront d&#8217;une marginalisation dont il est difficile de prévoir les conséquences.</p>
<p>Or, la diffusion des accès suppose des investissements gigantesque. Lorsque l&#8217;on établit ou que l&#8217;on exploite un réseau, il faut songer à l&#8217;échelle d&#8217;une population entière. Et ce sont les acteurs de l&#8217;économie numérique qui assureront ce développement. Non pas par philantropie, mais parce qu&#8217;il créeront leur propre marché.</p>
<p>La puissance publique peut avoir intérêt à jeter un regard sur l&#8217;affaire. Ne serait-ce que pour éviter l&#8217;exclusion des personnes les plus modestes et pour contrôler l&#8217;effet de la constitution de trusts<sup>8</sup>. Il faut que les acteurs de l&#8217;économie numérique soient puissants, mais leur puissance doit souffrir le contrôle.</p>
<p>Pour ces raisons, une politique de l&#8217;économie numérique est souhaitable. Et j&#8217;opine donc à la création d&#8217;une administration dédiée.</p>
<p>Convenons, pour conclure, que j&#8217;ai taillé large. Des questions vastes abordées de façon bien trop superficielles. Que l&#8217;on veuille bien me pardonner. La <em>question numérique</em> mérite davantage. Celle du <em>lobbying</em> également. Et bien, je reviendrai sur l&#8217;une et l&#8217;autre tantôt.</p>
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<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_2433" class="footnote">Cela dit, toute contribution est bienvenue. Je n&#8217;ai pas de difficulté à être rémunéré pour défendre des principes auxquels je crois.</li><li id="footnote_1_2433" class="footnote">En passant, on s&#8217;amusera de ce que Bouygues Telecom, adhérent de l&#8217;ACSEL, est supposé hostile à cette mesure alors que TF1 licencie un salarié pour cette raison.</li><li id="footnote_2_2433" class="footnote">Même si l&#8217;on peut montrer que le vote n&#8217;est pas toujours dicté par des aspirations strictement individuelles.</li><li id="footnote_3_2433" class="footnote">Ou lorsque ces valeurs sont le reflet de celles de leur dirigeant.</li><li id="footnote_4_2433" class="footnote">au sein du commissariat à l&#8217;industrie</li><li id="footnote_5_2433" class="footnote">PKM est le Président de Price Minister et NKM est sa sœur.</li><li id="footnote_6_2433" class="footnote">En quoi, au demeurant, il y a lieu de s&#8217;interroger sur la possibilité d&#8217;un intérêt général distinct du compromis des intérêts particuliers.</li><li id="footnote_7_2433" class="footnote">Pour votre serviteur, les acteurs de l&#8217;économie numérique suivent le développement de la grande distribution qui l&#8217;emporte peu à peu sur les industries de production. Ils sont d&#8217;ailleurs, pour la plupart d&#8217;entre eux, distributeurs.</li></ol>]]></content:encoded>
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