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	<title>Diner’s Room &#187; football</title>
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		<title>Football, nation, race, etc. Le parfum d&#8217;un drame en bleu</title>
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		<pubDate>Sat, 30 Apr 2011 16:20:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, les oies du capitole font un boucan de tous les diables. La coupe du monde de football 2010 avait accueilli, loin de ses terres, un épisode de l&#8217;histoire de France1. Épisode anecdotique sans doute, mais qui nourrit la chronique ordinaire d&#8217;une fracture ethnico-religieuse creusée par les minoritaires — &#171;&#160;musulmans&#160;&#187; — au détriment des &#171;&#160;français de souche&#171;&#160;. Épisode minuscule, qui épousait si bien les représentations collectives qu&#8217;il est apparu vrai sans avoir été même confirmé. Au contraire, et sans guère d&#8217;équivoque, les témoignages des différents protagonistes de l&#8217;affaire contredisent cette version. C&#8217;est pourtant celle-ci qui demeure inscrite dans les mémoires collectives sous la forme d&#8217;un récit propre à illustrer l&#8217;époque. Comme un ressac, l&#8217;histoire du jour vient heurter celle d&#8217;hier. Mediapart fait en effet état de décisions de la direction technique de la Fédération française de football visant à limiter le nombre de footballeurs noirs et arabes dans le football français2. Défense des intéressés se récrient et récri du site, qui se défend en publiant un verbatim3 destiné à appuyer son propos initial. Au premier abord, la péripétie du jour apparaît comme l&#8217;envers de celle d&#8217;hier. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, les oies du capitole font un boucan de tous les diables.</p>
<p>La coupe du monde de football 2010 avait accueilli, loin de ses terres, un épisode de l&#8217;histoire de France<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_0_5965" id="identifier_0_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="A moins que ce ne soit de son roman.">1</a></sup>. Épisode anecdotique sans doute, mais qui nourrit la chronique ordinaire d&#8217;une fracture <em>ethnico-religieuse</em> creusée par les minoritaires — &laquo;&nbsp;<em>musulmans</em>&nbsp;&raquo; — au détriment des &laquo;&nbsp;<em>français de souche</em>&laquo;&nbsp;. Épisode minuscule, qui <a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/">épousait si bien</a> les représentations collectives qu&#8217;il est apparu vrai sans avoir été même confirmé. Au contraire, et sans guère d&#8217;équivoque, les témoignages des différents protagonistes de l&#8217;affaire contredisent cette version. C&#8217;est pourtant celle-ci qui demeure inscrite dans les mémoires collectives sous la forme d&#8217;un récit propre à illustrer l&#8217;époque.</p>
<p>Comme un ressac, l&#8217;histoire du jour vient heurter celle d&#8217;hier. <em>Mediapart </em>fait en effet état de décisions de la direction technique de la Fédération française de football visant à limiter le nombre de footballeurs noirs et arabes dans le football français<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_1_5965" id="identifier_1_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Je cite l&amp;#8217;article qui sous-titre : &amp;laquo;&amp;nbsp;Moins de noirs et moins d&amp;#8217;arabes sur les terrains de foot !&amp;nbsp;&amp;raquo;">2</a></sup>. Défense des intéressés se récrient et récri du site, qui se défend en <a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/290411/quotas-dans-le-foot-la-verite-au-mot-pres">publiant un <em>verbatim</em></a><sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_2_5965" id="identifier_2_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Je note cependant cette pratique &eacute;ditoriale douteuse qui consiste &agrave; s&eacute;quencer la publication d&amp;#8217;une information pour alimenter son commerce. C&amp;#8217;est peut-&ecirc;tre justifi&eacute; d&amp;#8217;un point de vue alimentaire, mais plut&ocirc;t discutable de celui de l&amp;#8217;information et de la d&eacute;ontologie.">3</a></sup> destiné à appuyer son propos initial.</p>
<p>Au premier abord, la péripétie du jour apparaît comme l&#8217;envers de celle d&#8217;hier. Elle lui fait en réalité contrepoint.</p>
<p>De prime abord, tout ceci fleure la revanche.</p>
<p><em>Revanche</em> des petits blancs contre les &laquo;&nbsp;<em>grands</em>&nbsp;&raquo; noirs et les arabes<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_3_5965" id="identifier_3_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voyez les circonlocutions maladroites des participants autour du physique des joueurs.">4</a></sup>.</p>
<p><em>Revanche</em> de ceux pour qui la France représente quelque chose contre ceux — des noirs, arabes et musulmans<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_4_5965" id="identifier_4_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La question n&amp;#8217;est jamais pos&eacute;e pour les autres.">5</a></sup>— qu&#8217;elle indiffère.</p>
<p><em>Revanche</em> — à un autre niveau — des anti-racistes décontenancés par le récit de l&#8217;équipe de France de la Coupe du monde, mais aujourd&#8217;hui rassérénés : la &laquo;&nbsp;bête immonde&nbsp;&raquo; de la discrimination raciale demeure bel et bien présente prompte à surgir du tréfonds de l&#8217;âme française nourrie au chant du coryphée sarkoziste, lepéniste et zémourien.</p>
<p>A y regarder de plus près, cependant, l&#8217;affaire n&#8217;a pas exactement le goût qu&#8217;on veut lui donner. Elle ressemble beaucoup à celle qui l&#8217;a précédée, dans son effusion fantasmatique.</p>
<p>Devant l&#8217;accusation dont ils ont fait l&#8217;objet, les protagonistes se sont défendus de toute perspective raciale ; ils ont soutenus qu&#8217;ils entendaient s&#8217;attaquer au problème de ces joueurs bi-nationaux qui, souvent nés et formés en France, choisissaient d&#8217;aller défendre les couleurs d&#8217;une autre nation. Du point de vue de l&#8217;équipe de France, cela peut se concevoir. A quoi bon dédier des ressources précieuses au profit d&#8217;autres fédérations ? Et puis, convenons-en, cela tombe dans un champs du débat public plutôt fertile : celui de ces jeunes gens, pousses françaises nées de graines étrangères, qui rejettent le sol de France alors qu&#8217;il profitent de ses bienfaits. <em>Triste ingratitude</em>.</p>
<p>Défense sitôt balayée par <em>Mediapart</em> qui invite à la lecture des propos tenus<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_5_5965" id="identifier_5_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ceux de mes lecteurs qui n&amp;#8217;ont pas d&amp;#8217;abonnement &agrave; Mediapart peuvent utilement se reporter aux reprises faites sur d&amp;#8217;autres sites &mdash; par exemple, ici &mdash; , certes incompl&egrave;tes, mais fid&egrave;les quant aux propos les plus litigieux.">6</a></sup>.</p>
<p>De mon humble avis, ceux-ci ne démontrent pas le racisme des différents protagonistes. Il ne démontre pas davantage d&#8217;intention discriminatoire ; tout du moins sur le fondement de la race ou de l&#8217;ethnie, même s&#8217;ils sont émaillés de considérations équivoques<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_6_5965" id="identifier_6_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="En ce sens qu&amp;#8217;elles peuvent &ecirc;tre lues de fa&ccedil;ons diff&eacute;rentes.">7</a></sup>.</p>
<p>Pour les comprendre, il faut avoir égard à deux phénomènes identifiés par les instances<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_7_5965" id="identifier_7_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ensemble, professionnels et presse sp&eacute;cialis&eacute;e.">8</a></sup> du football national.</p>
<p><strong><em>Premier phénomène</em></strong>. Le jeu développé par les équipes françaises et l&#8217;équipe de France repose sur l&#8217;idée que la puissance vient nécessairement à bout des qualités techniques, qu&#8217;elle étouffe et finit par dominer. Ce qui suppose de recruter des joueurs dotés de qualités physiques en délaissant ces autres qui manquent de puissance. Ces joueurs puissants, observe Laurent Blanc dans le <em>verbatim</em>, sont plutôt issus de l&#8217;immigration africaine en France. Or, l&#8217;évolution du football  montre que ce sont plutôt les joueurs techniques qui, aujourd&#8217;hui correspondent le mieux aux stratégies modernes. De là que les espagnols, qui ont, par culture, toujours préféré le football technique, dominent aujourd&#8217;hui. De là, encore, la remarque prêtée à Laurent Blanc. &laquo;&nbsp;<em>Les Espagnols, ils m&#8217;ont dit : </em>&#8216;Nous, on n&#8217;a pas de problème. Nous, des blacks, on n&#8217;en a pas.&#8217;&nbsp;&raquo; Dans le contexte de la discussion, il ne faut pas comprendre que les noirs constituent <em>en soi</em> un problème, mais que les espagnols, privés de cette ressource humaine des joueurs puissants issus de l&#8217;immigration africaine, ont du choisir et développer une autre voie, qui démontre aujourd&#8217;hui son succès.</p>
<p><strong><em>Second phénomène.</em></strong> Beaucoup de jeunes joueurs talentueux, formés à l&#8217;école nationale, choisissent de défendre les couleurs d&#8217;une autre nation après avoir joué pour la France dans les compétitions de jeune. Cette pratique, autrefois interdite <sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_8_5965" id="identifier_8_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Encore plus avant, ces r&egrave;gles &eacute;taient plus lib&eacute;rales, cependant. Alfredo Di Stefano a jou&eacute; successivement pour l&amp;#8217;Argentine et l&amp;#8217;Espagne apr&egrave;s sa naturalisation.">9</a></sup>, est désormais autorisée par le Fédération Internationale de Football. Pour la France, terre d&#8217;immigration, elle pose un problème singulier dans la mesure ou les jeunes bi-nationaux, pour lesquels le football constitue historiquement une carrière de choix, représentent une fraction importante du recrutement des clubs professionnels.</p>
<p>La conjonction de ces deux phénomènes a conduit le football français a s&#8217;interroger sur le recrutement des joueurs issus de l&#8217;immigration africaine.</p>
<p>Pour autant, il ne s&#8217;agit pas là d&#8217;une question <em>raciale</em> ou <em>ethnique</em>. En effet, si la discrimination envisagée conduit à écarter du recrutement des jeunes gens de couleur ou d&#8217;origine maghrébine, cela résulte en réalité de la forte représentation au sein de l&#8217;élite du football français des bi-nationaux franco-africains. Comme l&#8217;expose Laurent Blanc :</p>
<blockquote><p>Ce qui se passe dans le football actuellement, ça me dérange beaucoup. A  mon avis, il faut essayer de l&#8217;éradiquer. Et ça n&#8217;a aucune connotation  raciste ou quoi que ce soit. Quand les gens portent les maillots de  l&#8217;équipe nationale des 16 ans, 17 ans, 18 ans, 19 ans, 20 ans, Espoirs,  et qu&#8217;après ils vont aller jouer dans des équipes nord-africaines ou  africaines, ça me dérange énormément. Ça, il faut quand même le limiter.  Je dis pas qu&#8217;on va l&#8217;éradiquer mais le limiter dans ces pôles-là<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_9_5965" id="identifier_9_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il s&amp;#8217;agit des p&ocirc;les de jeunes.">10</a></sup>&#8230;</p></blockquote>
<p>Pareillement, la question — pourtant sulfureuse — du lien entre l&#8217;appartenance à une race et le profil physique et technique du joueur doit être examinée avec mesure.</p>
<p>Lorsque Laurent Blanc s&#8217;interroge ainsi : &laquo;&nbsp;<em>Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il y a actuellement comme grands, costauds, puissants ? Les  blacks (&#8230;) Je crois qu&#8217;il faut recentrer, surtout pour des garçons de  13-14 ans, 12-13 ans, avoir d&#8217;autres critères, modifiés avec notre  propre culture</em>&laquo;&nbsp;, il ne s&#8217;agit pas d&#8217;un jugement d&#8217;ordre général sur la puissance prêtée aux &laquo;&nbsp;blacks&nbsp;&raquo;, mais d&#8217;un jugement sur le recrutement des jeunes joueurs. Aux âges évoqués, beaucoup de jeunes gens issus de l&#8217;immigration africaine présentent, semble-t-il, des qualités physiques précoces qui les rendent très compétitifs parmi leurs pairs. De sorte que leur recrutement est privilégié, au détriment de joueurs moins physiquement moins développés, mais qui ont développé des qualités techniques. De là, estime Laurent Blanc, que les joueurs techniques soient moins représentés parmi les jeunes joueurs, puis parmi l&#8217;élite.</p>
<p>En réalité, la discussion porte davantage sur le constat de stéréotype raciaux plus qu&#8217;elle ne leur obéit. Laurent Blanc et Éric Mombaerts observent une préférence des clubs pour les jeunes joueurs noirs, précocement dotés de capacité de puissance. D&#8217;où ils suit que &laquo;&nbsp;<em>les petits gabarits blancs qui sont dans les pôles espoirs, les clubs  pro me les laissent sur les bras. Ils ne les prennent pas, n&#8217;importe  comment, même si c&#8217;est des bons joueurs.</em>&nbsp;&raquo;<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_10_5965" id="identifier_10_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le propos est d&amp;#8217;&Eacute;ric Mombaerts, qui s&amp;#8217;est occup&eacute; des jeunes joueurs de l&amp;#8217;&eacute;quipe de France.">11</a></sup> Autrement dit, la situation constatée est celle d&#8217;une discrimination au détriment de jeunes joueurs blancs et techniques par les clubs professionnels ; discrimination à laquelle il convient de trouver une parade pour renouveler les qualités du football français.</p>
<p>Autant dire que le brocard de <em>Mediapart</em> ne me paraît pas confirmé par la publication des propos tenus. Et en fait de préjugés raciaux, je lis au contraire, le souci de ne point s&#8217;abandonner aux rapidités qui essaiment si quotidiennement au sein débat public. En particulier de la part de l&#8217;entraîneur national. Et s&#8217;il est certes possible de suivre l&#8217;interprétation de <em>Médiapart</em>, c&#8217;est au prix, je le crois, d&#8217;un gauchissement des propos tenus <em>expressio verbis</em> par les participants.</p>
<p>Ce qui conduit d&#8217;ailleurs à s&#8217;interroger sur les motivations et préjugés de <em>Médiapart</em>. Au prétexte de combattre le racisme, les voici qui dénoncent des propos, somme toute triviaux. Une façon commode d&#8217;interpréter le rôle du chiens de garde de la démocratie. Mais ils assurent, ce faisant, un confortable appui à ces autres qui, à leur tour, se saisissent de l&#8217;affaire pour défendre la position imaginaire prêtée malgré eux aux protagonistes. Comme souvent, l&#8217;anti-raciste outrancier est le meilleur ami du raciste honteux<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_11_5965" id="identifier_11_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Principalement parce qu&amp;#8217;il lui permet de satisfaire ses pulsions racistes en pr&eacute;tendant se d&eacute;fendre contre une pers&eacute;cution.">12</a></sup>.</p>
<p>L&#8217;affaire de la Coupe du Monde et celle-ci, ne sont pas si différente. D&#8217;une façon analogue, le débat s&#8217;organise autour de représentations et non de faits bruts. Et l&#8217;histoire se substitue au procès verbal. L&#8217;histoire d&#8217;un Johann Gourcuff persécuté par une bande de racaille d&#8217;obédience musulmane, comme l&#8217;histoire de dirigeants du football qui veulent blanchir l&#8217;équipe de France, collent au débat public national. Ce nonobstant la réalité des faits<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_12_5965" id="identifier_12_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Je ne suis pas s&ucirc;r qu&amp;#8217;il faille, &agrave; cet &eacute;gard, bl&acirc;mer la soci&eacute;t&eacute; contemporaine. L&amp;#8217;affaire Dreyfus, si l&amp;#8217;on y songe, a repos&eacute; sur de semblables d&eacute;terminants. &amp;laquo;&amp;nbsp;Dreyfus est forc&eacute;ment coupable, parce que juif&amp;laquo;&amp;nbsp;, &eacute;crivait Drumont.">13</a></sup>.</p>
<p>Je m&#8217;en voudrait cependant de conclure sans un mot de droit.</p>
<p>S&#8217;il est difficile de conclure à une entreprise de discrimination <em>raciale</em>, il reste qu&#8217;une opération de discrimination a été proposée, fondée sur le critère de la <em>double nationalité</em>. Selon moi, une telle discrimination n&#8217;est pas prohibée par le Code pénal français. Elle tombe en revanche sous le coup des instruments internationaux. En particulier de la <a href="http://www.europarl.europa.eu/charter/pdf/text_fr.pdf">Charte des droits fondamentaux de l&#8217;Union européenne</a> en son article 21 :</p>
<blockquote><p>1) Est interdite, toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l&#8217;appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l&#8217;âge ou l&#8217;orientation sexuelle.</p>
<p>2) Dans le domaine d&#8217;application du traité instituant la Communauté européenne et du traité sur l&#8217;Union européenne, et sans préjudice des dispositions particulières desdits traités, toute discrimination fondée sur la nationalité est interdite.</p></blockquote>
<p>Que l&#8217;on retienne l&#8217;appartenance à une minorité nationale ou celui de la nationalité<sup><a href="http://dinersroom.eu/5965/football-nation-race-etc-le-parfum-dun-drame-en-bleu/#footnote_13_5965" id="identifier_13_5965" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il se trouve que la formation &mdash; et notamment la formation professionnelle &mdash; rel&egrave;ve du domaine de comp&eacute;tence de l&amp;#8217;Union europ&eacute;enne.">14</a></sup>, il ne fait guère de doute que le critère de discrimination retenu est illicite. Ce qui justifie sans doute l&#8217;enquête de la Fédération française et d&#8217;éventuelles sanctions. Ce qui justifie plus difficilement l&#8217;effusion d&#8217;encre et la démesure qui semble avoir saisi le débat public. A bien y regarder en effet, la question intéresse davantage la question des frottements entre la raison nationale et l&#8217;individualisme libéral au sein de l&#8217;univers sportif. Ce n&#8217;est pas une si mince question. Mais on ne gagne guère à la troubler des scories ethnico-raciales et religieuses.</p>
<br>
<br>
<br>
<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_5965" class="footnote">A moins que ce ne soit de son roman.</li><li id="footnote_1_5965" class="footnote">Je cite <a href="http://www.mediapart.fr/journal/international/280411/foot-francais-les-dirigeants-veulent-moins-de-noirs-et-darabes">l&#8217;article</a> qui sous-titre : &laquo;&nbsp;Moins de noirs et moins d&#8217;arabes sur les terrains de foot !&nbsp;&raquo;</li><li id="footnote_2_5965" class="footnote">Je note cependant cette pratique éditoriale douteuse qui consiste à séquencer la publication d&#8217;une information pour alimenter son commerce. C&#8217;est peut-être justifié d&#8217;un point de vue alimentaire, mais plutôt discutable de celui de l&#8217;information et de la déontologie.</li><li id="footnote_3_5965" class="footnote">Voyez les circonlocutions maladroites des participants autour du physique des joueurs.</li><li id="footnote_4_5965" class="footnote">La question n&#8217;est jamais posée pour les autres.</li><li id="footnote_5_5965" class="footnote">Ceux de mes lecteurs qui n&#8217;ont pas d&#8217;abonnement à <em>Mediapart</em> peuvent utilement se reporter aux reprises faites sur d&#8217;autres sites — par exemple, <a href="http://fr.sports.yahoo.com/30042011/70/quatre-coaches-autour-d-une-table.html">ici</a> — , certes incomplètes, mais fidèles quant aux propos les plus litigieux.</li><li id="footnote_6_5965" class="footnote">En ce sens qu&#8217;elles peuvent être lues de façons différentes.</li><li id="footnote_7_5965" class="footnote">Ensemble, professionnels et presse spécialisée.</li><li id="footnote_8_5965" class="footnote">Encore plus avant, ces règles étaient plus libérales, cependant. Alfredo Di Stefano a joué successivement pour l&#8217;Argentine et l&#8217;Espagne après sa naturalisation.</li><li id="footnote_9_5965" class="footnote">Il s&#8217;agit des pôles de jeunes.</li><li id="footnote_10_5965" class="footnote">Le propos est d&#8217;Éric Mombaerts, qui s&#8217;est occupé des jeunes joueurs de l&#8217;équipe de France.</li><li id="footnote_11_5965" class="footnote">Principalement parce qu&#8217;il lui permet de satisfaire ses pulsions racistes en prétendant se défendre contre une persécution.</li><li id="footnote_12_5965" class="footnote">Je ne suis pas sûr qu&#8217;il faille, à cet égard, blâmer la société contemporaine. L&#8217;affaire Dreyfus, si l&#8217;on y songe, a reposé sur de semblables déterminants. &laquo;&nbsp;<em>Dreyfus est forcément coupable, parce que juif</em>&laquo;&nbsp;, écrivait Drumont.</li><li id="footnote_13_5965" class="footnote">Il se trouve que la formation — et notamment la formation professionnelle — relève du domaine de compétence de l&#8217;Union européenne.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Anelka, Kerviel, Woerth. Une France balzacienne</title>
		<link>http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/</link>
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		<pubDate>Tue, 29 Jun 2010 11:47:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Nicolas Anelka]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour son empire, l&#8217;époque apparaît propice aux études de mœurs. Et donc aux moralistes. On doit à Balzac — peut-être plus qu&#8217;aux structuralistes — l&#8217;idée que les individus sont le produit d&#8217;un système. Leur comportement est dicté par la société à laquelle ils appartiennent. Et leurs extravagances même, loin de les singulariser, les confine dans le statut de prototype — comme dirait l&#8217;autre — à jamais représentants des vertus et des vices1 d&#8217;un monde. La chronique contemporaine nous offre ces derniers jours quelques scènes de la vie économique, politique et sportive2. Jérôme Kerviel, Éric Woerth et son épouse, Nicolas Anelka et quelques autres dévoilent, le temps d&#8217;un épisode, la condition d&#8217;employé de la finance, de ministre conservateur et de vedette du sport. Une touche balzacienne : l&#8217;entêtant parfum de l&#8217;argent, usurpé, corrompu, corrupteur ; envahissant, en tous les cas. Commençons par Jérôme Kerviel. On renifle, dans le récit du procès, quatre logiques. Celle du ministère public s&#8217;intéresse aux actes et à la personnalité du prévenu. Celle de la partie civile veut que la responsabilité de Jérôme Kerviel soit exclusive. Cela se justifie pour éviter une mise en cause de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://dinersroom.eu/wp-content/uploads/2010/06/Balzac_03.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-5005" title="Balzac_03" src="http://dinersroom.eu/wp-content/uploads/2010/06/Balzac_03-240x300.jpg" alt="" width="240" height="300" /></a>Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour son empire, l&#8217;époque apparaît propice aux études de mœurs.</p>
<p>Et donc aux moralistes.</p>
<p>On doit à Balzac — peut-être plus qu&#8217;aux structuralistes — l&#8217;idée que les individus sont le produit d&#8217;un système. Leur comportement est dicté par la société à laquelle ils appartiennent. Et leurs extravagances même, loin de les singulariser, les confine dans le statut de <em>prototype</em> — comme dirait l&#8217;autre — à jamais représentants des vertus et des vices<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_0_4980" id="identifier_0_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="En particulier des vices.">1</a></sup> d&#8217;un monde.</p>
<p>La chronique contemporaine nous offre ces derniers jours quelques scènes de la vie économique, politique et sportive<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_1_4980" id="identifier_1_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Est-ce bien encore du sport ?">2</a></sup>. Jérôme Kerviel, Éric Woerth et son épouse, Nicolas Anelka et quelques autres dévoilent, le temps d&#8217;un épisode, la condition d&#8217;employé de la finance, de ministre conservateur et de vedette du sport. Une touche balzacienne : l&#8217;entêtant parfum de l&#8217;argent, usurpé, corrompu, corrupteur ; envahissant, en tous les cas.</p>
<p>Commençons par Jérôme Kerviel. On renifle, dans le récit du procès, quatre logiques. <em>Celle du ministère public </em>s&#8217;intéresse aux actes et à la personnalité du prévenu. <em>Celle de la partie civile</em> veut que la responsabilité de Jérôme Kerviel soit exclusive. Cela se justifie pour éviter une mise en cause de la responsabilité propre de la banque<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_2_4980" id="identifier_2_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Non pas p&eacute;nale, mais civile. La faute de l&amp;#8217;employeur viendrait compenser celle du salari&eacute;. Il en r&eacute;sulterait une att&eacute;nuation de la condamnation ; et, plus s&ucirc;rement, des probl&egrave;mes d&amp;#8217;image.">3</a></sup>. L&#8217;une et l&#8217;autre de ces deux logiques supposent de traiter Jérôme Kerviel comme un individu singulier, voire, comme un déviant, mais pas comme le produit d&#8217;un système. A l&#8217;inverse, la <em>logique de la défense</em> consiste à montrer que les infractions font l&#8217;ordinaire de la finance ; et qu&#8217;elles sont tout aussi imputables à l&#8217;employeur cupide qu&#8217;à l&#8217;employé indélicat. Et la <em>logique de la presse</em>, enfin, épouse une perspective balzacienne : quelques tortueuses puissent être les pratiques de Jérôme Kerviel, elles révèlent l&#8217;ordinaire du monde de la finance de marché. De sorte que sa personne s&#8217;estompe derrière un archétype.</p>
<p>L&#8217;originalité même de Jérôme Kerviel, issu de l&#8217;université plutôt que des écoles<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_3_4980" id="identifier_3_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dans une soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; les dignit&eacute;s se gagnent au dipl&ocirc;me plus qu&amp;#8217;aux actes.">4</a></sup>, est mise au service du roman de la finance. Kerviel fait ainsi figure de <em>parvenu</em>. Or, le parvenu est un <em>usurpateur</em><sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_4_4980" id="identifier_4_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et ce, m&ecirc;me si l&amp;#8217;ordre des castes est d&eacute;testable.">5</a></sup> qui connaît souvent un destin tragique<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_5_4980" id="identifier_5_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et donc, n&eacute;cessaire.">6</a></sup>. Il franchit innocemment des limites qu&#8217;il connaît mal et le paie de sa déchéance ; puni d&#8217;avoir espérer voler trop haut. <em>In fine</em>, il n&#8217;échappe jamais vraiment à sa condition.</p>
<p>Passons à Nicolas Anelka et autres joueurs de l&#8217;équipe de France. Riches et célèbres. Par delà le sport, c&#8217;est un autre type social qui se dessine : celui de  la <em>vedette</em>. A la différence de Jérôme Kerviel et autres satrapes  de la finance, la vedette est rémunérée dans la monnaie la plus  précieuse des temps modernes : la <em>célébrité</em>. Une qualité devenue <em>état</em> dans le langage<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_6_4980" id="identifier_6_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Au XIXe si&egrave;cle, par n&eacute;ologisme.">7</a></sup>  et la société<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_7_4980" id="identifier_7_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il n&amp;#8217;est plus gu&egrave;re besoin aujourd&amp;#8217;hui de m&eacute;riter  l&amp;#8217;attention des foules car l&amp;#8217;attention des foules suffit &agrave; pourvoir au  m&eacute;rite.">8</a></sup>.</p>
<p>Or, on juge plus favorablement, en France, l&#8217;héritage que la réussite<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_8_4980" id="identifier_8_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il en va ainsi de fortune, mais d&amp;#8217;autres privil&egrave;ges. Le &amp;laquo;&amp;nbsp;fils&amp;nbsp;&amp;raquo; ou la &amp;laquo;&amp;nbsp;fille de&amp;nbsp;&amp;raquo; m&eacute;rite une sociologie.">9</a></sup>. Tradition aristocratique, sans doute : bon sang ne saurait mentir. Et l&#8217;ambition n&#8217;est pas si bien vue, en France, lorsqu&#8217;elle se dirige vers la fortune ou le renom. Lisons, pour nous en convaincre, l&#8217;opinion d&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89douard_Charton">Édouard Charton</a>, en 1842, dans son <em><a href="http://books.google.fr/books?id=Mqxjdu9Fqz0C&amp;printsec=frontcover&amp;dq=Guide+pour+le+choix+d’un+état+ou+dictionnaire+des+professions&amp;source=bl&amp;ots=X7hVOlPJlL&amp;sig=z_EVrRFTX370rkguoy4lrC2S2YI&amp;hl=fr&amp;ei=YdApTOTzOJCjsQahz6HEBA&amp;sa=X&amp;oi=book_result&amp;ct=result&amp;resnum=1&amp;ved=0CBUQ6AEwAA#v=onepage&amp;q&amp;f=false">Guide pour le choix d&#8217;un état</a></em> :</p>
<blockquote><p>Les état<em> </em>qui conduisent à la richesse  sont aussi ceux qui exposent le plus à la pauvreté, et, ce qui est pire ,  à l&#8217;improbité.</p>
<p>Les états où l&#8217;on se propose pour prix de ses efforts l&#8217;admiration, la  gloire, exposent, si l&#8217;on n&#8217;y réussit point, an ridicule, à la honte et à  toutes les souffrances qu&#8217;entraînent les défaites de l&#8217;amour-propre. (&#8230;)</p>
<p>Au premier rang des  états, nous placerons donc ceux qui conduisent à l&#8217;aisance plus qu&#8217;à la  richesse, à l&#8217;estime plus qu&#8217;à l&#8217;admiration, à un développement normal  des facultés, à l&#8217;accroissement de l&#8217;intelligence et de la moralité,  plus qu&#8217;il la satisfaction des passions.</p>
<p>Le meilleur secret pour rendre sa vie heureuse est de la faire  utile, modeste, peu affairée, simple. C&#8217;est une vérité que les sages et  les poètes répètent depuis le commencement des siècles.</p></blockquote>
<p>Et ces sportifs venus de bien bas, qui brillent par leur train de vie  autant — parfois davantage — que par leurs succès, paraissent usurper  leur fortune et leur célébrité. Mais fait-on le reproche aux joueurs de l&#8217;équipe de France d&#8217;une fortune ou d&#8217;une célébrité imméritée ?</p>
<p>Il y a peut-être davantage.</p>
<p>L&#8217;accomplissement sportif réside dans la <em>gloire</em>. Celle de la victoire, autant que possible. Mais aussi la gloire du dépassement de soi. Fortune et notoriété sont donc l&#8217;accessoire de la gloire sportive. Mais pas le principal. Ce qui sourd, dans la rage parfois méprisante qui s&#8217;exprime à l&#8217;endroit des joueurs de l&#8217;équipe de France, c&#8217;est d&#8217;avoir placé fortune et célébrité comme fin, et fait du sport le seul instrument de cet accomplissement<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_9_4980" id="identifier_9_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Un peu comme Rubempr&eacute; avec son art.">10</a></sup>. Aussi bien la noblesse du sport se trouve-t-elle asservie à de vulgaires aspirations roturières. <em>Première trahison</em>.</p>
<p>L&#8217;élévation sociale à laquelle aspire le sportif ne suppose-t-elle pas une élévation de l&#8217;âme ? On aimerait finalement le croire. Mais la littérature nous rappelle que le vice tient dans la gloire une part non moins grande que la vertu. A tout le moins pourrait-on espérer un peu d&#8217;hypocrisie. Les joueurs de l&#8217;équipe de France ont adopté des comportements d&#8217;enfants gâtés et de malotrus tout à la fois. <em>Seconde trahison</em>.</p>
<p>La gloire sportive, toujours, n&#8217;est jamais si belle que lorsqu&#8217;elle sublime une communauté. Celle d&#8217;une ville ou d&#8217;une nation. Aussi bien le sportif ne s&#8217;appartient-il pas tout à fait lorsqu&#8217;il porte les couleurs de son pays<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_10_4980" id="identifier_10_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Aussi bien que de son club, d&amp;#8217;ailleurs.">11</a></sup>. Une disposition qui appelle une forme de sacrifice de soi. On ne reprochera pas tant, je crois, aux joueurs de l&#8217;équipe de France d&#8217;avoir perdu des matches que d&#8217;avoir sacrifié l&#8217;idéal national à leurs caprices d&#8217;individus. <em>Troisième trahison</em>.</p>
<p>Finissons par Éric Woerth.</p>
<p>L&#8217;histoire n&#8217;est pas celle de l&#8217;argent qui se montre mais de l&#8217;argent qui se cache. Une autre passion française : celle de l&#8217;oligarchie des deux-cents familles qui dirige la France en lieu et place des représentants du peuple. Je ne ferai pas ici la chronique des soupçons qui pèsent sur l&#8217;ancien ministre du budget et son épouse. Que ceux-ci aient été diligentés ou exploités par l&#8217;opposition politique, qu&#8217;ils reposent sur des faits établis ou incertains n&#8217;intéresse pas le propos du jour. Il en va différemment de la promiscuité entre les  puissances de l&#8217;argent et les milieux politiques. En particulier lorsqu&#8217;ils s&#8217;agit de politiques conservateurs<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_11_4980" id="identifier_11_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="M&ecirc;me si la r&eacute;alit&eacute; historique est moins exclusive.">12</a></sup>.</p>
<p>Cette promiscuité des grandes fortunes et du pouvoir politique n&#8217;est que le fond de la politique Balzacienne, sans en être réellement le sujet<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_12_4980" id="identifier_12_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et si Rastignac finit ministre, c&amp;#8217;est apr&egrave;s avoir fait fortune.">13</a></sup>. C&#8217;est que la question, sous une monarchie censitaire, ne se posait guère. Cependant, le personnage Balsacien est rarement le puissant<sup><a href="http://dinersroom.eu/4980/anelka-kerviel-woerth-une-france-balzacienne/#footnote_13_4980" id="identifier_13_4980" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Nucingen.">14</a></sup>, mais plutôt ceux qui le servent, ou qui espèrent de lui.</p>
<p>Ce que l&#8217;épisode du couple Woerth vient réveiller dans le roman national n&#8217;est pas tant l&#8217;habileté manœuvrière du politique que l&#8217;image de la sujétion du politique aux puissance économiques. Non d&#8217;ailleurs, que cette image repose sur la réalité du comportement des uns et des autres, mais elle s&#8217;évince de la transcription des enregistrements révélés par Mediapart. L&#8217;arrivée d&#8217;Éric Woerth au ministère du budget était considéré comme une bonne nouvelle pour les affaires de Liliane Bettencourt. Et si le ministre des affaires sociales devait voir sa carrière compromise, Mammon Bettencourt demeurerait. Illusions de la puissance politique, vérité de la puissance économique.</p>
<p>Une France balzacienne, donc.</p>
<p>Cela tient-il à la permanence de nos structures sociales ? A celles de nos mentalités et de nos comportements ? Non pas. Si la France est balzacienne aujourd&#8217;hui, c&#8217;est davantage par son regard balzacien.</p>
<p>Nous jetons sur tout évènement un regard de sociologue, prêt à tirer de toute anecdote un enseignement général. Comme si la France d&#8217;aujourd&#8217;hui — et d&#8217;hier — se reflétait tout entière dans les évènements les plus singuliers. Jérôme Kerviel, illustrations des dérèglements de la finance ; Nicolas Anelka, exemple de l&#8217;inculture contemporaine et de la fortune hors-sol ; Éric Woerth, instrument nécessaire des puissances économiques.</p>
<p>Ce sont en réalité nos représentations qui sont à l&#8217;œuvre, celles-ci bien héritées d&#8217;images romanesques jadis plantées par le génial Balzac.</p>
<br>
<br>
<br>
<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_4980" class="footnote">En particulier des vices.</li><li id="footnote_1_4980" class="footnote">Est-ce bien encore du sport ?</li><li id="footnote_2_4980" class="footnote">Non pas pénale, mais civile. La faute de l&#8217;employeur viendrait compenser celle du salarié. Il en résulterait une atténuation de la condamnation ; et, plus sûrement, des problèmes d&#8217;image.</li><li id="footnote_3_4980" class="footnote">Dans une société où les dignités se gagnent au diplôme plus qu&#8217;aux actes.</li><li id="footnote_4_4980" class="footnote">Et ce, même si l&#8217;ordre des castes est détestable.</li><li id="footnote_5_4980" class="footnote">Et donc, nécessaire.</li><li id="footnote_6_4980" class="footnote">Au XIXe siècle, par néologisme.</li><li id="footnote_7_4980" class="footnote">Il n&#8217;est plus guère besoin aujourd&#8217;hui de mériter  l&#8217;attention des foules car l&#8217;attention des foules suffit à pourvoir au  mérite.</li><li id="footnote_8_4980" class="footnote">Il en va ainsi de fortune, mais d&#8217;autres privilèges. Le &laquo;&nbsp;fils&nbsp;&raquo; ou la &laquo;&nbsp;fille de&nbsp;&raquo; mérite une sociologie.</li><li id="footnote_9_4980" class="footnote">Un peu comme Rubempré avec son art.</li><li id="footnote_10_4980" class="footnote">Aussi bien que de son club, d&#8217;ailleurs.</li><li id="footnote_11_4980" class="footnote">Même si la réalité historique est moins exclusive.</li><li id="footnote_12_4980" class="footnote">Et si Rastignac finit ministre, c&#8217;est après avoir fait fortune.</li><li id="footnote_13_4980" class="footnote">Nucingen.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Chronique imaginaire d&#8217;un cauchemar en bleu</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Jun 2010 14:24:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Médias]]></category>
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		<category><![CDATA[Franck Ribery]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Ménès]]></category>
		<category><![CDATA[Raymond Doménech]]></category>
		<category><![CDATA[Yoann Gourcuff]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, le pire n&#8217;est jamais sûr, mais il a de beaux jours devant lui. Et en particulier dans ce mois de juin 2010, là-bas, à l&#8217;orée de l&#8217;hiver africain. Nous sommes le mardi 22 juin 2010, et le soleil s&#8217;est levé sur Bloemfontein. Dans quelques heures l&#8217;Équipe de France doit disputer un match pour la qualification en 1/8e de finale de la coupe du monde de football. Pour ce faire, elle doit l&#8217;emporter sur l&#8217;Afrique du Sud et marquer de nombreux buts, tout en espérant que le Méxique et l&#8217;Uruguay ne fassent pas de match nul. Mais l&#8217;enjeu sportif a peu à peu disparu derrière la chronique vaudevillesque des faits et gestes des joueurs au coq doré. 10h00. La nuit fut courte. Hier au soir, la rumeur a couru de la démission de Raymond Domenech. Après la houleuse conférence de presse d&#8217;avant match — au cours de laquelle Patrice Évra a traité les journalistes de &#171;&#160;vampires&#160;&#187; et la fédération de &#171;&#160;véritables imposteurs&#160;&#187; — Jean-Pierre Escalettes et Raymond Domenech ont eu un court entretien à l&#8217;hôtel des bleus. Il s&#8217;est achevé par le départ de l&#8217;entraîneur qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour davantage son empire, le pire n&#8217;est jamais sûr, mais il a de beaux jours devant lui.</p>
<p>Et en particulier dans ce mois de juin 2010, là-bas, à l&#8217;orée de l&#8217;hiver africain.</p>
<p>Nous sommes le mardi 22 juin 2010, et le soleil s&#8217;est levé sur Bloemfontein. Dans quelques heures l&#8217;Équipe de France doit disputer un match pour la qualification en 1/8e de finale de la coupe du monde de football. Pour ce faire, elle doit l&#8217;emporter sur l&#8217;Afrique du Sud et marquer de nombreux buts, tout en espérant que le Méxique et l&#8217;Uruguay ne fassent pas de match nul. Mais l&#8217;enjeu sportif a peu à peu disparu derrière la chronique vaudevillesque des faits et gestes des joueurs au coq doré.</p>
<p><strong>10h00.</strong> La nuit fut courte. Hier au soir, la rumeur a couru de la démission de Raymond Domenech. Après la houleuse conférence de presse d&#8217;avant match — au cours de laquelle Patrice Évra a traité les journalistes de &laquo;&nbsp;<em>vampires</em>&nbsp;&raquo; et la fédération de &laquo;&nbsp;<em>véritables imposteurs</em>&nbsp;&raquo; — Jean-Pierre Escalettes et Raymond Domenech ont eu un court entretien à l&#8217;hôtel des bleus. Il s&#8217;est achevé par le départ de l&#8217;entraîneur qui s&#8217;est enfermé dans sa chambre depuis. Du côté de la fédération, c&#8217;est le silence. Les joueurs refusent de parler aux journalistes, mais d&#8217;après leur entourage, Jean-Pierre Escalettes a exigé de Raymond Domenech qu&#8217;il tienne ses joueurs en conférence de presse.</p>
<p><strong>10h20.</strong> D&#8217;après l&#8217;AFP, Raymond Domenech ne fera pas la causerie prévue à midi. C&#8217;est Alain Bogossian, Pierre Mankowski et Bruno Martini qui doivent s&#8217;en charger.</p>
<p><strong>11h00.</strong> Une conférence de presse est annoncée pour 11h30. A Paris, TF1 et M6 ont décidé d&#8217;interrompre leurs programmes. Bixente Lizarazu, sur RTL, dit que c&#8217;est peut-être &laquo;&nbsp;<em>la meilleure chose qui puisse arriver à l&#8217;équipe&nbsp;&raquo;</em> pour le match du soir. Mais qui sélectionnera les titulaires ? Personne ne sait. Sûrement le triumvirat Boghossian, Mankowski, Martini.</p>
<p><strong>11h15.</strong> La conférence de presse est repoussée à 13h. Sur Europe 1, Guy Roux s&#8217;énerve : &laquo;&nbsp;<em>— Alors vous comprenez, y&#8217;a plus d&#8217;entraîneur, y&#8217;a plus d&#8217;équipe. C&#8217;est l&#8217;entraîneur qui fait l&#8217;équipe, vous comprenez. Donc, on demande à Boghossian, Mankowski et Martini de faire une équipe à trois heures d&#8217;un match de coupe du monde ?</em> &nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>11h30.</strong> Les journalistes reçoivent un SMS de la Fédération : &laquo;&nbsp;<em>Raymond Domenech n&#8217;est plus l&#8217;entraîneur de l&#8217;équipe de France</em>.&nbsp;&raquo; Un communiqué est publié sur le site de la FFF : &laquo;&nbsp;<em>En raison de divergences fondamentales sur la conduite de l&#8217;équipe de France pendant la coupe du Monde, Raymond Domenech et Jean-Pierre Escalettes ont décidé d&#8217;un commun accord de mettre fin à la mission de Raymond Domenech. Il sera remplacé pour la suite de cette compétition par Alain Boghossian, assisté de Pierre Mankowski et Bruno Martini</em>.&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>11h40.</strong> Pierre Mankowski improvise une rapide conférence de presse pour annoncer sa démission, &laquo;&nbsp;<em>par solidarité avec Raymond</em>&laquo;&nbsp;. Sur RMC, Coach Courbis rigole : &laquo;&nbsp;<em>— Mais tu crois qu&#8217;on s&#8217;en fout pas, ici, de la démission de Mankowski ? Tu crois que c&#8217;est le problème, aujourd&#8217;hui, la démission de Mankowski ?</em> <em>Modestement, je vais te dire qu&#8217;on s&#8217;en fout un peu.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>11h50.</strong> Sur le site du Parisien, une news sur la &laquo;&nbsp;<em>vraie raison du départ de Domenech</em>&laquo;&nbsp;. D&#8217;après des sources internes, l&#8217;entraîneur aurait bousculé Frank Ribery après que celui-ci ait insulté sa compagne.</p>
<p><strong>12h00.</strong> La causerie avec les joueurs prévue à midi est repoussée à 12h30. La conférence de presse est donc repoussée à 13h30. 30 minutes avant le départ pour le stade.</p>
<p><strong>12h05.</strong> L&#8217;information du Parisien est démentie par des sources internes.</p>
<p><strong>12h10.</strong> Sur France Inter, Alain Finkielkraut dénonce le comportement des  joueurs qui ont réussi à pousser dehors leur entraîneur &laquo;&nbsp;<em>même si celui-ci n&#8217;est pas bon</em>.&nbsp;&raquo; Il fustige le comportement de la FFF qui a cédé aux caprices de voyous. Et il prévient en citant Kundera : &laquo;&nbsp;<em>la mémoire du dégoût est plus grande que la mémoire de la tendresse</em>.&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>12h20.</strong> Jean-Michel Larqué, sur RMC explique que c&#8217;est la plus grande crise du football française depuis sa création. Sur RTL, Eugène Saccomano s&#8217;emporte : &laquo;&nbsp;<em>— Et Anelka, et Domenech qui partent ! Et Ribery qui reste ! Mais, partez, messieurs les joueurs ! Partez, messieurs de la Fédération ! Rentrez en France ! Ou plutôt, partez en vacance loin de la France, loin du football. Vous n&#8217;en voulez pas du football, eh bien le football ne veut pas de vous.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>12h30.</strong> Le salon prévu pour la causerie est ouvert, mais aucun des membres de l&#8217;équipe ou de l&#8217;encadrement n&#8217;est là.</p>
<p><strong>12h35.</strong> Bruno Martini se présente sans Alain Boghossian.</p>
<p><strong>12h40.</strong> Seuls Yoann Gourcuff, Hugo Lloris, Jeremy Toulalan, Alou Diarra Et Sébastien Squillaci sont présents.</p>
<p><strong>12h45.</strong> Alain Boghossian arrive et ferme la porte.</p>
<p><strong>12h50.</strong> La presse s&#8217;interroge : que font les autres joueurs ? Est-ce une nouvelle grève ? &laquo;&nbsp;<em>— En soutien de Ray ?</em>&laquo;&nbsp;, s&#8217;esclaffe Daniel Riolo en direct sur RMC par téléphone.</p>
<p><strong>12h55.</strong> La causerie est finie. La conférence de presse est avancée à 13h00. Précipitation des journalistes.</p>
<p><strong>13h05.</strong> Conférence de presse d&#8217;Alain Boghossian, Bruno Martini et les cinq joueurs présents. Alain Boghossian lit une fiche : &laquo;&nbsp;<em>— Les joueurs de l&#8217;équipe de France expriment leur solidarité avec Raymond Domenech et réclament son retour pour ce soir. Certains joueurs de l&#8217;équipe de France — qui sont ici — ont estimé qu&#8217;ils devaient aux supporters de sauver  leur honneur dans cette compétition. D&#8217;autres joueurs n&#8217;ont pas souhaité assister à la causerie et ne prévoient pas de se rendre au match. C&#8217;est un choix personnel que nous respectons, même si nous pensons que le soutien à Raymond ne doit pas pénaliser l&#8217;image de la France.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p style="padding-left: 30px;">— Est-ce que cela veut dire que l&#8217;équipe de France déclarera forfait ?</p>
<p style="padding-left: 30px;">— (B. Martini) Ça dépendra des joueurs absents.</p>
<p style="padding-left: 30px;">— Yoann Gourcuff, vous qui êtes présents, êtes-vous solidaires des joueurs absents ?</p>
<p style="padding-left: 30px;">— Comme vous avez remarqué, je suis présent&#8230;</p>
<p style="padding-left: 30px;">— Et si aucun des joueurs absents ne vous accompagne, vous vous présenterez tous les cinq sur la pelouse ?</p>
<p style="padding-left: 30px;">— Toule (Toulalan) est suspendu pour le match ; donc on est quatre. Je ne sais pas.</p>
<p><strong>13h20.</strong> Fin de la conférence de presse. Sur RTL, Bixente Lizarazu et Pierre Ménès expriment leur stupéfaction : &laquo;&nbsp;<em>Non, mais, le gars, ils ont tout fait pour le virer. Mais alors, tout fait. On le vire, et eux, ils font la grève du match. C&#8217;est hallucinant, Pierre, c&#8217;est hallucinant.</em>&nbsp;&raquo; Sur LCI, Frédéric Lefebvre se désole : <em>La France en grève, le mépris de la France par les privilégiés, voilà l&#8217;image qu&#8217;ils veulent donner au monde</em>.&nbsp;&raquo; Sur RMC, Roland Courbis explique : &laquo;&nbsp;<em>— Non, seulement c&#8217;est ridicule, mais en plus, tu fausses la coupe du monde. Pourquoi ? Eh parce que les Bafana, ils ont un trois zéro sur tapis vert. Avec, ça si l&#8217;Uruguay gagne le Méxique 1 à 0, c&#8217;est toujours le Méxique qui est qualifié. Alors que si les Bafana, ils gagnent par 4 à 0 — Et me dit pas que c&#8217;est pas possible Jeannot que les Bafana chez eux, ils gagnent pas l&#8217;équipe de France d&#8217;aujourd&#8217;hui 4 à 0 — si les Bafana, ils gagnent par 4 à 0, eh, c&#8217;est eux qui sont qualifiés. Seulement, avec un forfait, c&#8217;est 3 à 0, c&#8217;est pas 4 à 0 !&nbsp;&raquo;</em></p>
<p><strong>13h25.</strong> Le bus stationne devant l&#8217;hôtel.</p>
<p><strong>13h30.</strong> Les cinq joueurs présents à la conférence de presse s&#8217;installent dans le bus avec le staff technique. Seul Alain Boghossian est absent. &laquo;&nbsp;<em>— Il peut déjà plus les supporter. Lui aussi fait la grève aussi pour obtenir le retour de Doménech</em>&laquo;&nbsp;, plaisante Pierre Ménès.</p>
<p><strong>13h50.</strong> C&#8217;est le <em>statu quo</em> : les cinq joueurs présents sont cachés dans le bus avec le staff. Les autres ne se montrent pas. Pour pouvoir s&#8217;entraîner avant le match, il faut partir dans moins de 30 minutes. &laquo;&nbsp;—<em>Mais qu&#8217;est-ce qui se passe ?</em>, s&#8217;interrogent les envoyés spéciaux. D&#8217;après certains, Boghossian négocie avec les cadres grévistes. On dit aussi que le Frank Ribery a refusé de parler au président Sarkozy. &laquo;&nbsp;<em>— Ils ne respectent rien ; ils sont complètement hors du monde</em>&laquo;&nbsp;, se désole Jean-Michel Larqué.</p>
<p><strong>14h05.</strong> Alain Boghossian arrive dans le bus.</p>
<p><strong>14h10.</strong> L&#8217;ensemble du staff et les cinq joueurs présents quittent le bus sans un mot. le visage fermé. Coach Courbis sur RMC : &laquo;&nbsp;<em>— Si c&#8217;est bien ce que je crois, c&#8217;est de nous qu&#8217;on se rappellera pour cette coupe du monde. Même pas le vainqueur, on s&#8217;en rappellera. Juste l&#8217;équipe de France qui fait la grève du dernier match, on se rappellera.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>14h20.</strong> Mais pourquoi le bus reste stationné devant l&#8217;hôtel si on ne joue pas ? le chauffeur ne sait rien. Personne ne lui a dit de partir, alors il reste.</p>
<p><strong>14h35.</strong> <em>Breaking news !</em> Tous les joueurs et le staff montent dans le bus. frank Ribery porte des lunettes noires. Patrice Évra lève le pouce. &laquo;&nbsp;<em>C&#8217;est mieux que de faire un doigt comme Gallas</em>&laquo;&nbsp;, s&#8217;amuse Éric Di Méco sur RMC.</p>
<p><strong>14h40.</strong> Départ du bus. Roland Courbis ironise sur RMC. &laquo;&nbsp;<em>— Alors ça, c&#8217;est la meilleure façon de préparer un match décisif. Pas d&#8217;entraîneur, pas d&#8217;échauffement au stade, une heure de retard et les joueurs qui se font la gueule. Et où elle est leur revendication maintenant ? Ça a servi à quoi, le cirque ?</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>14h50.</strong> On dit que les non grévistes et le staff sont allés convaincre les grévistes. On dit même que le Président Sarkozy est intervenu. Roselyne Bachelot a refusé de confirmer. Au fait, quelle sera la composition de l&#8217;équipe ? Et qui la fait ? Elle est sur le point d&#8217;être faite et elle sera faxée du bus.</p>
<p><strong>15h00.</strong> <em>Breaking news !</em> La rumeur court que les joueurs ont obtenu la réintégration de Doménech à son poste ! Pierre Ménès sur Canal plus : &laquo;&nbsp;— <em>Il ne manquait plus que ça. Doménech de retour, ben je crois qu&#8217;on est bon, là.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>15h05.</strong> communiqué de la FFF : &laquo;&nbsp;<em> À la demande de l&#8217;ensemble de l&#8217;Équipe de France — le staff et les joueurs — Raymond Doménech a accepté de reprendre ses fonctions au sein du groupe France. La fédération se réjouit de cette marque de confiance et espère que l&#8217;unité retrouvée permettra d&#8217;espérer un excellent résultat de soir.</em>&nbsp;&raquo; Pierre Ménès sur Canal plus : &laquo;&nbsp;—<em> Non, mais ils se foutent du monde là. Ils croient vraiment que ça se voit pas ? Alors, maintenant, la Fédé, c&#8217;est </em>&#8216;je baisse mon froc et je lève les fesses&#8217;.<em> Et en plus je dis que ça me fait plaisir ?</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>15h10.</strong> On apprend que Raymond Doménech vient de partir au stade. Vu la circulation, il en a pour au moins trois quart d&#8217;heure.</p>
<p><strong>15h30.</strong> Guy Roux sur Europe 1 : &laquo;&nbsp;<em>— Mes amis, c&#8217;est historique. C&#8217;est la première fois qu&#8217;on vire un sélectionneur quatre heures avant un match, et qu&#8217;on nomme le nouveau sélectionneur une heure avant le match.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>15h30.</strong> La composition de l&#8217;équipe de France a été rendue publique. Loris, Squillaci, Abidal, Sagna, Diara et Gourcuff, Malouda, Ribery, Henri et Gignac. &laquo;&nbsp;<em> — Comme ça, Henri et Gignac vont pouvoir se marcher dessus, c&#8217;est bien</em>&laquo;&nbsp;, soutient Pierre Ménès. Gallas a été écarté. En raison de ses performances ou de son comportement ? P. Ménès. : &laquo;&nbsp;— <em> Ah Ben, ni l&#8217;un, ni l&#8217;autre, puisque le niveau et le comportement, ça empêche pas Ribery d&#8217;être titulaire. Non, mais faut croire que Gallas, il plaisait plus à Ribery et à Évra.</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>15h50.</strong> Arrivée du bus de l&#8217;équipe de France au stade. Les joueurs en sortent déjà équipés.</p>
<p><strong>15h55.</strong> Les joueurs écoutent la marseillaise en se tenant par les épaules. Ribery baisse la tête. Il présente un œil au beurre noir. Raymond Doménech n&#8217;est pas encore arrivé au stade!</p>
<p><strong>16h00.</strong> L&#8217;arbitre siffle le début du match.</p>
<p><strong>17h27.</strong> L&#8217;arbitre siffle la fin du match. David Astorga se précipite vers Raymond Doménech.</p>
<p style="padding-left: 30px;">— Raymond, à la mi-temps, on mène 2 &#8211; 0. Qu&#8217;est-ce qui s&#8217;est passé ?</p>
<p style="padding-left: 30px;">— Qu&#8217;est-ce qui s&#8217;est passé ? Vous avez vu comme moi. Gourcuff et Ribery sont exclus quand ils se battent entre eux. Et pareil pour Évra et Squillacci. C&#8217;est normal. Après, je ne sais pas ce que dit Malouda à l&#8217;arbitre, mais c&#8217;est carton rouge. Là, on est plus que six sur le terrain, l&#8217;arbitre doit arrêter le match. Les Bafana Bafana l&#8217;emportent sur tapis vert par 3 à 0 alors qu&#8217;on menait 3 &#8211; 0.</p>
<p style="padding-left: 30px;">— Mais qu&#8217;est-ce qui s&#8217;est passé ?</p>
<p style="padding-left: 30px;">— C&#8217;est pas à moi de dire ce qui s&#8217;est passé. Ça s&#8217;est passé voilà, c&#8217;est comme ça. On est éliminés alors que le Méxique perd 2 &#8211; 0. Je suis surtout triste pour les joueurs.</p>
<p></ br><br />
</ br></p>
<p>Et ce sont ces paroles tout à la fois vides et sages qui concluent l&#8217;exercice ; que je laisse à mes bons lecteurs le soin de poursuivre, s&#8217;il leur plaît.</p>
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		<title>La haine gourmande des bleus</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Jun 2010 15:46:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Équipe de France]]></category>
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		<category><![CDATA[Nicolas Anelka]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour son empire, la fièvre démocratique a atteint le football. Ne l&#8217;avez-vous senti venir, cette haine gourmande qui déborde sur l&#8217;équipe de France de football ? Cette jouissance de la détestation qui suppure de partout ? La voici qui jaillit au jour où l&#8217;on apprend les insultes de Nicolas Anelka à l&#8217;endroit de Raymond Domenech. S&#8217;ensuit son éviction qui parachève un si superbe désastre1. A la déconfiture sportive se joignent l&#8217;honneur déçu et une dignité en lambeaux. Ah oui, ils ont affiché leur dédain pour le reste du monde ; ils n&#8217;ont témoigné d&#8217;aucune reconnaissance pour ceux qui les soutenaient ; ils n&#8217;ont montré qu&#8217;indifférence pour  les questions et les critiques. Ils n&#8217;ont témoigné d&#8217;aucun respect pour ceux qu&#8217;ils représentent, non plus que pour eux-mêmes. Et ils ont fini par se haïr eux-même. Les voici qui choient de leur sommet — et encore ne tombent-ils pas de bien haut, qui montrent de telles bassesses. Ils tombent, et on applaudit. Ils s&#8217;enfoncent et on voudrait creuser plus profond. A l&#8217;Hybris gloutonne et suffisante de l&#8217;élite du football vient répondre la Némésis vengeresse du peuple. Quelle fureur a donc saisi la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour son empire, la fièvre démocratique a atteint le football.</p>
<p>Ne l&#8217;avez-vous senti venir, cette haine gourmande qui déborde sur l&#8217;équipe de France de football ? Cette jouissance de la détestation qui suppure de partout ?</p>
<p>La voici qui jaillit au jour où l&#8217;on apprend les insultes de Nicolas Anelka à l&#8217;endroit de Raymond Domenech. S&#8217;ensuit son éviction qui  parachève  un si superbe désastre<sup><a href="http://dinersroom.eu/4926/la-haine-gourmande-des-bleus/#footnote_0_4926" id="identifier_0_4926" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La r&eacute;f&eacute;rence aux cours d&amp;#8217;&eacute;cole aura de quoi se nourrir de l&amp;#8217;&eacute;pisode. Songez, un gosse trop g&acirc;t&eacute; qui insulte l&amp;#8217;autorit&eacute;. Le voici bient&ocirc;t en conseil de discipline, puis exclu. Mais en fait de cours d&amp;#8217;&eacute;coles, on ne pense pas &agrave; celles de la IIIe R&eacute;publique ; mais plut&ocirc;t celles des lyc&eacute;es polyvalent ou du coll&egrave;ge unique.">1</a></sup>. A la déconfiture sportive se joignent l&#8217;honneur déçu et une dignité en lambeaux.</p>
<p>Ah oui, ils ont affiché leur dédain pour le reste du monde ; ils n&#8217;ont témoigné d&#8217;aucune reconnaissance pour ceux qui les soutenaient ; ils n&#8217;ont montré qu&#8217;indifférence pour  les questions et les critiques. Ils n&#8217;ont témoigné d&#8217;aucun respect pour ceux qu&#8217;ils représentent, non plus que pour eux-mêmes. Et ils ont fini par se haïr eux-même.</p>
<p>Les voici qui choient de leur sommet — et encore ne tombent-ils pas de bien haut, qui montrent de telles bassesses. Ils tombent, et on applaudit. Ils s&#8217;enfoncent et on voudrait creuser plus profond. A l&#8217;<em>Hybris </em>gloutonne et suffisante de l&#8217;élite du football vient répondre la <em>Némésis</em> vengeresse du peuple. Quelle fureur a donc saisi la France ?</p>
<p>Sur Internet, les forums consacrés à l&#8217;affaire Gourcuff ferment peu à peu. Ceux qui demeurent ouverts aux commentaires sont envahis de haine<sup><a href="http://dinersroom.eu/4926/la-haine-gourmande-des-bleus/#footnote_1_4926" id="identifier_1_4926" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Notamment raciste et antis&eacute;mite. Ce qui d&eacute;montre que l&amp;#8217;affaire d&eacute;passe de tr&egrave;s loin les seuls enjeu d&amp;#8217;une fiert&eacute; un peu chauvine.">2</a></sup> et de frustration. Une illustration des vices inhérents à Internet ? Non pas, il s&#8217;agit d&#8217;une expérience rare que seuls certains sujets enfiévrés<sup><a href="http://dinersroom.eu/4926/la-haine-gourmande-des-bleus/#footnote_2_4926" id="identifier_2_4926" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="le conflit Isra&eacute;lo-Palestinien, les provocations de Dieudonnn&eacute; Mbala Mbala, l&amp;#8217;affaire du Gang des barbares.">3</a></sup> suscitent. Et puis, allez donc vous accouder aux comptoirs. Écoutez le ton des interventions à la radio.</p>
<p>Oui, mais pourquoi la gourmandise ?</p>
<p>J&#8217;y vois une forme de fascination noire pour le désastre. Avec un quelque chose d&#8217;orgiaque, car nous semblons savourer notre haine. Il faut dire que la haine ou l&#8217;agressivité constituent une forme de libération et s&#8217;accompagnent de plaisir dans leur expression. Cela étant, il y a quelque chose d&#8217;étrange dans ce déchaînement.</p>
<p>Certes, on parle de ces joueurs si indifférents à la Nation dont ils portent les couleurs. Mais à travers les représentants, ce sont aussi les représentés que nous visons. Et, s&#8217;ils font de remarquables boucs émissaires, nous n&#8217;oublions pas que  ces émissaires sont partis du sol de France. Une part de notre ressentiment se dirige également contre nous-même.</p>
<p>Voici une pulsion bien mortifère que la haine de soi.</p>
<p>Par sa rapidité, son universalité et sa violence, l&#8217;éruption du ressentiment qui vise l&#8217;équipe de France de football doit inquiéter ; tout au moins retenir l&#8217;attention<sup><a href="http://dinersroom.eu/4926/la-haine-gourmande-des-bleus/#footnote_3_4926" id="identifier_3_4926" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et en particulier celle des politiques qui devraient prendre quelques pr&eacute;cautions dans leur discours ces temps-ci.">4</a></sup>. Il y a là davantage qu&#8217;une hystérie provisoire et subalterne. Cette joie mauvaise  n&#8217;est pas sportive ni culturelle. Elle touche aux viscères de notre nation.</p>
<br>
<br>
<br>
<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_4926" class="footnote">La référence aux cours d&#8217;école aura de quoi se nourrir de l&#8217;épisode. Songez, un gosse trop gâté qui insulte l&#8217;autorité. Le voici bientôt en conseil de discipline, puis exclu. Mais en fait de cours d&#8217;écoles, on ne pense pas à celles de la IIIe République ; mais plutôt celles des lycées polyvalent ou du collège unique.</li><li id="footnote_1_4926" class="footnote">Notamment raciste et antisémite. Ce qui démontre que l&#8217;affaire dépasse de très loin les seuls enjeu d&#8217;une fierté un peu chauvine.</li><li id="footnote_2_4926" class="footnote">le conflit Israélo-Palestinien, les provocations de Dieudonnné Mbala Mbala, l&#8217;affaire du Gang des barbares.</li><li id="footnote_3_4926" class="footnote">Et en particulier celle des politiques qui devraient prendre quelques précautions dans leur discours ces temps-ci.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Le malaise Gourcuff ou la société française hypocondriaque</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Jun 2010 13:26:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour son empire, le football n&#8217;a pas donné sa part aux chiens. L&#8217;équipe de France joue ce soir contre celle du Mexique. Et il se murmure que Yoann Gourcuff n&#8217;en fera pas partie. Au delà de la légitime fureur qui doit saisir l&#8217;amateur du beau jeu, l&#8217;épisode peut intéresser les plus indifférents des réfractaires à ce sport ; dont je ne suis pas, vous l&#8217;aurez compris. Pour ceux qui l&#8217;ignorent, Yoann Gourcuff évolue au poste de milieu offensif ; ce qui signifie qu&#8217;il doit orienter le jeu vers l&#8217;avant en distribuant les ballons à ses partenaires de l&#8217;attaque. Cette fonction dite de &#171;&#160;meneur de jeu&#160;&#187; connaît un prestige particulier en France pour des raisons historiques. Elle fût occupée par Michel Platini et Zinedine Zidane. On doit aux vertus de l&#8217;hérédité de souligner que Yoann Gourcuff doit beaucoup à son père Christian Gourcuff, entraîneur subtil et fidèle de l&#8217;équipe première du football club de Lorient. Autrefois rennais, puis milanais, son fils est aujourd&#8217;hui employé par les girondins de Bordeaux. Son physique avantageux lui vaut une touchante attention de la presse féminine1. Et par conséquent, une notoriété certaine auprès de ces [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour son empire, le football n&#8217;a pas donné sa part aux chiens.</p>
<p>L&#8217;équipe de France joue ce soir contre celle du Mexique. Et il se murmure que Yoann Gourcuff n&#8217;en fera pas partie. Au delà de la légitime fureur qui doit saisir l&#8217;amateur du beau jeu, l&#8217;épisode peut intéresser les plus indifférents des réfractaires à ce sport ; dont je ne suis pas, vous l&#8217;aurez compris.</p>
<p>Pour ceux qui l&#8217;ignorent, Yoann Gourcuff évolue au poste de milieu offensif ; ce qui signifie qu&#8217;il doit orienter le jeu vers l&#8217;avant en distribuant les ballons à ses partenaires de l&#8217;attaque. Cette fonction dite de &laquo;&nbsp;meneur de jeu&nbsp;&raquo; connaît un prestige particulier en France pour des raisons historiques. Elle fût occupée par Michel Platini et Zinedine Zidane.</p>
<p>On doit aux vertus de l&#8217;hérédité de souligner que Yoann Gourcuff doit beaucoup à son père Christian Gourcuff, entraîneur subtil et fidèle de l&#8217;équipe première du football club de Lorient. Autrefois rennais, puis milanais, son fils est aujourd&#8217;hui employé par les girondins de Bordeaux. Son physique avantageux lui vaut une touchante attention de la presse féminine<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_0_4909" id="identifier_0_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et homosexuelle">1</a></sup>. Et par conséquent, une notoriété certaine auprès de ces dames. Il est également apprécié des journalistes sportifs qui louent sa bonne éducation, son intelligence et son expression en langue française. Il faut dire que ces qualités ne sont pas les plus partagées dans la société des joueurs de football. Et, semble-t-il, pas les plus goûtées.</p>
<p>Il a couru en effet le bruit <a href="http://www.lexpress.fr/actualite/sport/qui-veut-la-peau-de-yoann-gourcuff_900063.html">dans les gazettes</a><sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_1_4909" id="identifier_1_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et non pas &amp;laquo;&amp;nbsp;sur Internet&amp;nbsp;&amp;raquo;, comme on peut le lire parfois. La source est un article paru dans L&amp;#8217;&Eacute;quipe de ce lundi.">2</a></sup> que le jeune Gourcuff subissait l&#8217;ostracisme de certains de ses coéquipiers. Et que cet ostracisme devait conduire Raymond Domenech à l&#8217;écarter de la sélection des titulaires. A l&#8217;origine de cette thèse, une explication de la mauvaise relation technique entre le milieu offensif, d&#8217;un côté, Franck Ribery et Nicolas Anelka, tous deux attaquants, de l&#8217;autre. Il fut observé pendant le match contre l&#8217;Uruguay que ces derniers omettaient d&#8217;approvisionner Yoann Gourcuff en ballons lorsqu&#8217;ils en avaient l&#8217;occasion<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_2_4909" id="identifier_2_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et que le jeu le commandait.">3</a></sup>. Parmi les explications avancées<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_3_4909" id="identifier_3_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Autres que leur d&eacute;faut de vision du jeu. Une hypoth&egrave;se qui m&eacute;rite pourtant qu&amp;#8217;on s&amp;#8217;y arr&ecirc;te, si, comme je le crains, ces seuls joueurs jouent ce soir.">4</a></sup>, une forme de jalousie née de l&#8217;image de premier de la classe que l&#8217;on dresse volontiers de Yoann Gourcuff. Autrement dit, Frank Ribery, Nicolas Anelka et quelques autres ne lui reprocheraient pas tant ses performances médiocres que l&#8217;excentricité de ses bonnes manières et sa bonne mine.</p>
<p>Cette théorie, cependant, n&#8217;a pas été confirmée. Si bien qu&#8217;on peut lui attribuer le statut de <em>rumeur</em> plus que de fait. Elle s&#8217;est installée peu à peu au cours de la semaine, nourrie par des précautions de langage de plus en plus évanescentes, des commentaires abondants et des éléments de contexte favorables. Et c&#8217;est ce qui la rend si intéressante.</p>
<p>Car c&#8217;est une rumeur que l&#8217;on a envie de croire, même pour s&#8217;en indigner. C&#8217;est une rumeur que l&#8217;on a envie de croire parce qu&#8217;elle caresse deux de nos fantasmes. Deux fantasmes qui nichent dans notre conscience sociale.</p>
<p>Le premier a trait avec l&#8217;image que nous nous plaisons à entretenir des joueurs de l&#8217;équipe de France de football. Et au delà, des joueurs professionnels de football. Des  jeunes hommes partis de peu — ou de rien — qui, grâce à l&#8217;insolence de leur talent<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_4_4909" id="identifier_4_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le talent, pour &ecirc;tre admir&eacute;, suscite &eacute;galement la jalousie car il est distribu&eacute; in&eacute;galement. Donc avec injustice. La r&eacute;mun&eacute;ration du talent, pour &ecirc;tre &eacute;conomiquement fort justifi&eacute;e, n&amp;#8217;en appara&icirc;t que plus injuste et usurpatrice.">5</a></sup> peuvent satisfaire leur cupidité dans un monde où — on ne cesse de le dire — la corruption des valeurs morales étend chaque jour son empire. On blâme leur éloignement — ostensible lorsqu&#8217;ils portent un casque sur les oreilles — ; tout à la fois leur rouerie et leur stupidité lorsqu&#8217;ils propagent d&#8217;interview en interview les mêmes banalités souvent émaillées d&#8217;incorrections grammaticales. On se désole de leur immaturité et de leur arrogance. En particulier lorsqu&#8217;ils ne gagnent pas. Ils représentent à eux seuls les vices que l&#8217;on aime ici prêter au capitalisme : le lucre, la futilité et l&#8217;indécence. Bref, on n&#8217;aime rien tant que les détester. Et c&#8217;est pourquoi l&#8217;on peut accorder crédit à une rumeur d&#8217;hostilité appuyée sur une opposition de style entre la suffisance mercenaire de Nicolas Anelka ou Franck Ribery et l&#8217;humilité un peu lunaire de Yoann Gourcuff.</p>
<p>Mais il y a davantage.</p>
<p>L&#8217;opposition de style épouse une fracture de la société française contemporaine. Celle des bonnes gens et — pour le dire vite — des &laquo;&nbsp;racailles&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Lorsque le Président Sarkozy alors en campagne avait employé le terme de &laquo;&nbsp;racaille&nbsp;&raquo;, il avait choqué certains, mais il en avait contenté d&#8217;autres en posant un mot sur un ensemble d&#8217;attitudes, de comportement, d&#8217;éléments de style qui vont du port de vêtement à une façon de s&#8217;exprimer, en passant par un rapport aux civilités parfois distendu. Il n&#8217;y avait pas là qu&#8217;une dénonciation un peu facile de la délinquance, mais bien au delà, la désignation d&#8217;une sous-culture<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_5_4909" id="identifier_5_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Au sens anglo-saxon de subculture.">6</a></sup> qu&#8217;abhorre une bonne partie de la société française<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_6_4909" id="identifier_6_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et une partie croissante de ses &eacute;lites.">7</a></sup>. Or, cette sous-culture se trouve fort bien représentée par Nicolas Anelka, né à Trappes, au ton et au jeu parfois empreints de morgue nonchalante. Elle se trouve également représentée par Frank Ribery qui affiche son attachement à la religion musulmane<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_7_4909" id="identifier_7_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&amp;#8217;Islam repr&eacute;sente un &eacute;l&eacute;ment de cette sous-culture que je suis bien en peine de d&eacute;signer autrement que par &amp;laquo;&amp;nbsp;quartier&amp;nbsp;&amp;raquo; ou &amp;laquo;&amp;nbsp;banlieues&amp;nbsp;&amp;raquo;, selon que l&amp;#8217;on y vit ou pas. A la fois parce que c&amp;#8217;est ainsi qu&amp;#8217;on l&amp;#8217;associe de l&amp;#8217;ext&eacute;rieur ; parce que l&amp;#8217;Islam constitue un &eacute;l&eacute;ment de culture, m&ecirc;me lorsqu&amp;#8217;il n&amp;#8217;est pas pratiqu&eacute; ; &eacute;galement parce qu&amp;#8217;il est parfois revendiqu&eacute; comme un &eacute;l&eacute;ment d&amp;#8217;identit&eacute;.">8</a></sup> et a pu fréquenter, parmi d&#8217;autres<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_8_4909" id="identifier_8_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ce qui peut laisser tra&icirc;ner l&amp;#8217;&eacute;vocation de cette pratique dite des &amp;laquo;&amp;nbsp;tournantes&amp;nbsp;&amp;raquo;, que la pornographie la plus ordinaire conna&icirc;t &eacute;galement.">9</a></sup>, une prostituée au prénom manifestement oriental<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_9_4909" id="identifier_9_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Par ailleurs dot&eacute;e par la m&eacute;decine d&amp;#8217;attributs dont la nature, dans sa proverbiale mesquinerie, avait cru bon de la priver.">10</a></sup>. Ajoutez à cela la couleur de peau d&#8217;un certain nombres de joueurs sélectionnés en équipe de France, et vous avez les ingrédients d&#8217;un sirupeux cocktail fantasmatique. Pris un à un ces éléments ne disent guère, mais si on les agrège, ils travaillent nos représentations collectives. Nos images et notre imaginaire. De fait, je ne suis pas loin de penser que l&#8217;hostilité que rencontrent les joueurs de football professionnels en France — et en particuliers ceux de l&#8217;équipe de France — trouve un support dans la méfiance — pour ne pas dire l&#8217;aversion — à l&#8217;endroit de la sous-culture des quartiers.</p>
<p>Dans ces représentations, Yoann Gourcuff occupe avec efficacité la place du &laquo;&nbsp;bouffon&nbsp;&raquo;<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_10_4909" id="identifier_10_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Comme se pla&icirc;t &agrave; le dire Alain Finkielkraut.">11</a></sup> au sein de la classe de cancres. Celui qui est persécuté pour sa soif d&#8217;apprendre, sa volonté de bien se tenir ; et un peu parce qu&#8217;il est blanc, ou tout au moins issu de la bonne terre de Bretagne<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_11_4909" id="identifier_11_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le fait que Frank Ribery soit pour sa part boulonnais d&amp;#8217;origine n&amp;#8217;alt&egrave;re pas l&amp;#8217;analyse. En adoptant l&amp;#8217;Islam pour religion, en &eacute;pousant une femme d&amp;#8217;origine maghr&eacute;bine &mdash; quelque lointaine cette origine puisse &ecirc;tre &mdash; et en fr&eacute;quentant une fille nomm&eacute; Zahia, il adopte une partie des codes de la sous-culture des &amp;laquo;&amp;nbsp;quartiers&amp;nbsp;&amp;raquo;. En quoi l&amp;#8217;on peut d&amp;#8217;ailleurs soutenir que la dimension &amp;laquo;&amp;nbsp;raciale&amp;nbsp;&amp;raquo; n&amp;#8217;est sans doute qu&amp;#8217;un &eacute;l&eacute;ment parmi d&amp;#8217;autres. M&ecirc;me si elle est souvent mise en avant dans les d&eacute;bats pr&eacute;tendument &amp;laquo;&amp;nbsp;non politiquement corrects&amp;nbsp;&amp;raquo;.">12</a></sup>. Bref, les racailles se paient le petit français pour dissimuler leurs faiblesses. Un signe de leur mesquinerie car celui-ci se trouve être avoir des talents qu&#8217;ils n&#8217;ont pas : en  particulier, une éducation. Au delà, les racailles ont envahi l&#8217;équipe de France — comme ils ont envahi la France —, et s&#8217;efforcent d&#8217;en expurger le &laquo;&nbsp;vrai français&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Peut-être l&#8217;histoire est-elle vraie, mais cela n&#8217;a pas d&#8217;importance. Ce qui en a, en revanche, c&#8217;est que l&#8217;histoire paraît vraie<sup><a href="http://dinersroom.eu/4909/le-malaise-gourcuff-ou-la-societe-francaise-hypocondriaque/#footnote_12_4909" id="identifier_12_4909" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Parions d&amp;#8217;ailleurs qu&amp;#8217;elle nourrira, bien au del&agrave; de la coupe du monde, la chronique des d&eacute;viances du multiculturalisme. Et ceci m&ecirc;me si elle se r&eacute;v&egrave;le fausse.">13</a></sup>. Et elle paraît vraie parce qu&#8217;on a envie d&#8217;y croire. Et on a envie d&#8217;y croire parce qu&#8217;elle donne une substance à cette perception de notre société que nous avons fini par adopter. De la même manière que la victoire de 1998 avait pu nourrir les fantasmes positifs d&#8217;une société multiculturelle, les impérities de 2010 travaillent ces mêmes fantasmes. Mais de façon négative.</p>
<p>On peut le regretter, mais une société se nourrit tout autant de faits observables et quantifiables que de l&#8217;imaginaire qui leur donne un sens. Et d&#8217;une certaine façon, une réalité. Il semble que notre société se figure malade. Malade imaginaire peut-être, mais l&#8217;hypocondrie est bel et bien une affection. Que celle-ci soit psychique plus que physique n&#8217;y change pas grand chose. Sinon que l&#8217;on est conduit à rechercher de mauvais remèdes. Et enclin à entendre beaucoup de charlatans.</p>
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<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_4909" class="footnote"><a href="http://www.france-info.com/chroniques-le-plus-france-info-2009-02-11-yoann-gourcuff-entre-genie-et-sex-symbol-250994-81-184.html">Et homosexuelle</a></li><li id="footnote_1_4909" class="footnote">Et non pas &laquo;&nbsp;sur Internet&nbsp;&raquo;, comme on peut le lire parfois. La source est un article paru dans <em>L&#8217;Équipe</em> de ce lundi.</li><li id="footnote_2_4909" class="footnote">Et que le jeu le commandait.</li><li id="footnote_3_4909" class="footnote">Autres que leur défaut de vision du jeu. Une hypothèse qui mérite pourtant qu&#8217;on s&#8217;y arrête, si, comme je le crains, ces seuls joueurs jouent ce soir.</li><li id="footnote_4_4909" class="footnote">Le talent, pour être admiré, suscite également la jalousie car il est distribué inégalement. Donc avec injustice. La rémunération du talent, pour être économiquement fort justifiée, n&#8217;en apparaît que plus injuste et usurpatrice.</li><li id="footnote_5_4909" class="footnote">Au sens anglo-saxon de <em>subculture</em>.</li><li id="footnote_6_4909" class="footnote">Et une partie croissante de ses élites.</li><li id="footnote_7_4909" class="footnote">L&#8217;Islam représente un élément de cette sous-culture que je suis bien en peine de désigner autrement que par &laquo;&nbsp;quartier&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;banlieues&nbsp;&raquo;, selon que l&#8217;on y vit ou pas. A la fois parce que c&#8217;est ainsi qu&#8217;on l&#8217;associe de l&#8217;extérieur ; parce que l&#8217;Islam constitue un élément de culture, même lorsqu&#8217;il n&#8217;est pas pratiqué ; également parce qu&#8217;il est parfois revendiqué comme un élément d&#8217;identité.</li><li id="footnote_8_4909" class="footnote">Ce qui peut laisser traîner l&#8217;évocation de cette pratique dite des &laquo;&nbsp;tournantes&nbsp;&raquo;, que la pornographie la plus ordinaire connaît également.</li><li id="footnote_9_4909" class="footnote">Par ailleurs dotée par la médecine d&#8217;attributs dont la nature, dans sa proverbiale mesquinerie, avait cru bon de la priver.</li><li id="footnote_10_4909" class="footnote">Comme se plaît à le dire Alain Finkielkraut.</li><li id="footnote_11_4909" class="footnote">Le fait que Frank Ribery soit pour sa part boulonnais d&#8217;origine n&#8217;altère pas l&#8217;analyse. En adoptant l&#8217;Islam pour religion, en épousant une femme d&#8217;origine maghrébine — quelque lointaine cette origine puisse être — et en fréquentant une fille nommé Zahia, il adopte une partie des codes de la sous-culture des &laquo;&nbsp;quartiers&nbsp;&raquo;. En quoi l&#8217;on peut d&#8217;ailleurs soutenir que la dimension &laquo;&nbsp;raciale&nbsp;&raquo; n&#8217;est sans doute qu&#8217;un élément parmi d&#8217;autres. Même si elle est souvent mise en avant dans les débats prétendument &laquo;&nbsp;non politiquement corrects&nbsp;&raquo;.</li><li id="footnote_12_4909" class="footnote">Parions d&#8217;ailleurs qu&#8217;elle nourrira, bien au delà de la coupe du monde, la chronique des déviances du multiculturalisme. Et ceci même si elle se révèle fausse.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>L&#8217;Olympique lyonnais pourra-t-il encore former des Benzema ? L&#8217;Union européenne et la formation des footballeurs professionnels</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Jul 2009 11:30:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[juridique]]></category>
		<category><![CDATA[CJCE]]></category>
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		<description><![CDATA[Il faut reconnaître à Mme E. Sharpston, avocat général devant la CJCE, un certain sens de l&#8217;à propos. En pleine période dite du &#171;&#160;mercato&#171;&#160;, elle rend ses conclusions dans l&#8217;affaire C-325/08 Olympique Lyonnais contre Olivier Bernard et Newcastle United. Olivier Bernard est un joueur à la carrière anodine ; ce qui montre que même les plus humbles talents peuvent fournir une matière aux grandes causes ; tout du moins, à des causes qui les dépassent. Il fut formé par l&#8217;Olympique Lyonnais avec lequel il a conclu un contrat de joueur espoir. A l&#8217;échéance, il refusa de passer  un contrat de joueur professionnel avec le club du Rhône, et choisit de s&#8217;engager avec Newcastle United. Fort marri, l&#8217;Olympique Lyonnais assigna le joueur et son nouveau club professionnel pour obtenir une indemnité sur le fondement de l&#8217;article 23 de la Charte du football . Cette dernière, qui avait valeur de convention collective, prévoyait en effet que le club formateur pouvait exiger la conclusion d&#8217;un contrat professionnel à la suite d&#8217;un contrat espoir. Cette faculté interdisait donc au joueur de s&#8217;engager librement avec tout autre club professionnel, sauf à indemniser le club formateur. La demande de l&#8217;Olympique Lyonnais fut accueillie en première instance, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut reconnaître à M<sup>me</sup> E. Sharpston, avocat général devant la CJCE, un certain sens de l&#8217;à propos.</p>
<p>En pleine période dite du &laquo;&nbsp;<em>mercato</em>&laquo;&nbsp;, elle rend ses conclusions dans <a href="http://curia.europa.eu/jurisp/cgi-bin/form.pl?lang=fr&amp;alljur=alljur&amp;jurcdj=jurcdj&amp;jurtpi=jurtpi&amp;jurtfp=jurtfp&amp;numaff=&amp;nomusuel=olympique%20lyonnais&amp;docnodecision=docnodecision&amp;allcommjo=allcommjo&amp;affint=affint&amp;affclose=affclose&amp;alldocrec=alldocrec&amp;docor=docor&amp;docav=docav&amp;docsom=docsom&amp;docinf=docinf&amp;alldocnorec=alldocnorec&amp;docnoor=docnoor&amp;radtypeord=on&amp;newform=newform&amp;docj=docj&amp;docop=docop&amp;docnoj=docnoj&amp;typeord=ALL&amp;domaine=&amp;mots=&amp;resmax=100&amp;Submit=Rechercher">l&#8217;affaire C-325/08</a> <em>Olympique Lyonnais contre Olivier Bernard et Newcastle United</em>.</p>
<p>Olivier Bernard est un joueur à la carrière anodine ; ce qui montre que même les plus humbles talents peuvent fournir une matière aux grandes causes ; tout du moins, à des causes qui les dépassent.</p>
<p>Il fut formé par l&#8217;Olympique Lyonnais avec lequel il a conclu un contrat de <em>joueur espoir</em>. A l&#8217;échéance, il refusa de passer  un contrat de joueur professionnel avec le club du Rhône, et choisit de s&#8217;engager avec <em>Newcastle United</em>.</p>
<p>Fort marri, l&#8217;Olympique Lyonnais assigna le joueur et son nouveau club professionnel pour obtenir une indemnité sur le fondement de l&#8217;article 23 de la <em>Charte du football</em> . Cette dernière, qui avait valeur de convention collective, prévoyait en effet que le club formateur pouvait exiger la conclusion d&#8217;un contrat professionnel à la suite d&#8217;un contrat <em>espoir</em>. Cette faculté interdisait donc au joueur de s&#8217;engager librement avec tout autre club professionnel, sauf à indemniser le club formateur.</p>
<p>La demande de l&#8217;Olympique Lyonnais fut accueillie en première instance, mais repoussée en appel. La Cour d&#8217;appel de Lyon estimait ainsi que l&#8217;article 23 de la Charte était contraire à l&#8217;article 39 du Traité instituant la communauté européenne et l&#8217;article — ancien — L. 120-2 du code du travail.</p>
<p>L&#8217;article 39 du TCE est relatif à la liberté de circulation des travailleurs. C&#8217;est ce même texte qui a servi de support au célèbre <a href="http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CELEX:61993J0415:FR:HTML">l&#8217;arrêt <em>Bosman</em></a> du 15 décembre 1995, interdisant les clauses de nationalité. C&#8217;est depuis cette date que l&#8217;on peut voir des match du championnat anglais sans joueur britannique sur le terrain.</p>
<p>L&#8217;article L. 120-2 du Code du travail<sup><a href="http://dinersroom.eu/2924/lolympique-lyonnais-pourra-t-il-encore-former-des-benzema-lunion-europeenne-et-la-formation-des-foutballeurs-professionnels/#footnote_0_2924" id="identifier_0_2924" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Aujourd&amp;#8217;hui l&amp;#8217;article L. 1121-1.">1</a></sup> prévoit que :</p>
<blockquote><p>Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché.</p></blockquote>
<p>Ces textes, estimaient la cour, rendent illicite une disposition qui conduit à interdire au joueur de contracter et de travailler librement.</p>
<p>Pourvoi fut formé devant la Cour de cassation, qui, dans <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&amp;idTexte=JURITEXT000019166117&amp;fastReqId=2046864933&amp;fastPos=3">un arrêt du 9 juillet 2008</a>, choisit de ne pas se prononcer. Jugeant que l&#8217;affaire présentait une difficulté d&#8217;application du droit communautaire, elle format une <em>question préjudicielle</em> devant la CJCE — Cour de justice des communautés européennes.</p>
<p>Une question préjudicielle est destinée à soumettre à une autre juridiction, spécialement compétente, le soin de trancher une question d&#8217;interprétation des textes lorsqu&#8217;il existe une difficulté. En l&#8217;occurrence, la CJCE reçoit les questions préjudicielles en matière de droit communautaire.</p>
<p>Notre bonne vieille Cour de cassation sollicitait donc de la CJCE qu&#8217;elle dise :</p>
<blockquote><p>1°/ si le principe de libre circulation des travailleurs posé par ledit article s&#8217;oppose à une disposition de droit national en application de laquelle un joueur &laquo;&nbsp;espoir&nbsp;&raquo; qui signe à l&#8217;issue de sa période de formation, un contrat de joueur professionnel avec un club d&#8217;un autre Etat membre de l&#8217;Union européenne, s&#8217;expose à une condamnation à des dommages-intérêts ;</p>
<p>2°/ dans l&#8217;affirmative, si la nécessité d&#8217;encourager le recrutement et la formation des jeunes joueurs professionnels constitue un objectif légitime ou une raison impérieuse d&#8217;intérêt général de nature à justifier une telle restriction ;</p></blockquote>
<p>Un an plus tard, l&#8217;avocat général fait connaître son analyse de la situation. Il va de soi que celles-ci n&#8217;engagent pas la Cour. Cependant, elles donnent une indication de l&#8217;orientation des débats qui s&#8217;y dérouleront.</p>
<p>Sans surprise, M<sup>me</sup> Sharpston rappelle que les activités sportives constituent des activités économiques et obéissent, de ce fait, au droit communautaire.</p>
<p>Elle rappelle ensuite que le paiement d&#8217;une indemnité de transfert, de formation ou de promotion constitue, en principe, une entrave à la liberté de circulation des travailleurs.</p>
<p>Conclusion provisoire : les indemnités de transfert ou de non-conclusion de contrat professionnel sont contraires à l&#8217;article 39.</p>
<p>Cependant, il convient d&#8217;examiner les <strong><em>justifications</em></strong> possibles d&#8217;une telle atteinte au principe. Le droit est une science des équilibres.</p>
<p>En l&#8217;occurrence, l&#8217;avocat général admet volontiers que l&#8217;entrave à la libre circulation poursuit un objectif légitime.</p>
<blockquote><p>On peut difficilement contester que le recrutement et la formation de jeunes joueurs de football professionnels constituent un objectif légitime compatible avec le traité.</p></blockquote>
<p>Ouf.</p>
<p>Question suivante : l&#8217;indemnisation du club formateur est-celle nécessaire à la poursuite de cet objectif ?</p>
<p>Réponse de l&#8217;avocat général. Cette règle n&#8217;encourage sans doute pas le club à faire de la formation. Mais au moins ne l&#8217;en dissuadent-elles pas. En effet, si un club avait la certitude que tout joueur qu&#8217;il a formé à ses frais peut aller vaquer sous d&#8217;autres cieux sans indemnités, il serait conduit à abandonner tout effort en ce sens.</p>
<p>De façon générale, souligne encore M<sup>me</sup> Sharpston, il est de l&#8217;intérêt des travailleurs que les employeurs, en général, participent à la formation des salariés. Or, un tel investissement ne peut se concevoir que si les employeurs peuvent profiter des efforts consentis.</p>
<p>Notez qu&#8217;une autre position conduirait l&#8217;État français à abandonner les formations rémunérées qu&#8217;ils dispense aux élèves de l&#8217;ÉNA, des écoles normales supérieures, de l&#8217;école de la magistrature, des douanes et d&#8217;autres encore<sup><a href="http://dinersroom.eu/2924/lolympique-lyonnais-pourra-t-il-encore-former-des-benzema-lunion-europeenne-et-la-formation-des-foutballeurs-professionnels/#footnote_1_2924" id="identifier_1_2924" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="En &eacute;change d&amp;#8217;ann&eacute;es de service.">2</a></sup>. Sous l&#8217;anecdotique enjeu du football venait se nicher l&#8217;avenir de la fonction publique républicaine.</p>
<p>Tout ceci est de bonne logique économique.</p>
<p>En revanche, l&#8217;avocat général s&#8217;intéresse de près au montant de l&#8217;indemnité qui pourrait être accordé.</p>
<p>Elle écarte l&#8217;hypothèse d&#8217;une indemnisation fondée sur les <em>gains futurs</em> du joueur. Trop <em>aléatoire</em>, souligne-t-elle, et surtout, sans lien direct avec l&#8217;objectif de ne pas décourager la formation. Autrement dit, l&#8217;indemnisation doit être calculée sur les coûts de formation du joueur.</p>
<p>Une analyse, me semble-t-il, contestable.</p>
<p>En effet, le coût de formation est fort modeste par rapport à l&#8217;espérance de gains futurs liés à l&#8217;exploitation du travail d&#8217;un joueur. Et si le sport professionnel constitue bien une activité économique, il n&#8217;est guère de raison d&#8217;écarter les aspirations spéculatives qui animent les clubs de football lorsqu&#8217;ils s&#8217;engagent dans la formation d&#8217;un joueur<sup><a href="http://dinersroom.eu/2924/lolympique-lyonnais-pourra-t-il-encore-former-des-benzema-lunion-europeenne-et-la-formation-des-foutballeurs-professionnels/#footnote_2_2924" id="identifier_2_2924" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Les indemnit&eacute;s de transferts contractuellement n&eacute;goci&eacute;es par les clubs se fondent d&amp;#8217;ailleurs sur l&amp;#8217;anticipation des gains et avantages futurs.">3</a></sup>. En sorte que si l&#8217;on tient qu&#8217;il est légitime d&#8217;encourager la formation des joueurs — et pas seulement de ne pas la décourager — il faut prendre en compte les motivations des formateurs.</p>
<p>Cela étant dit, le calcul du coût de formation d&#8217;un joueur professionnel, comme l&#8217;admet l&#8217;avocat général, ne peut se limiter à son seul <em>coût nominal</em>. De nombreux joueurs bénéficient d&#8217;une formation qui ne prospèrent pas dans une carrière professionnelle. C&#8217;est donc au <em>coût réel</em> de la formation du joueur qu&#8217;il faut se référer. Ce coût <em>réel </em>tient compte des frais engagés par le club pour <em>l&#8217;ensemble des joueurs</em> qu&#8217;il forme.</p>
<p>Et qui devra payer ?</p>
<p>Si le joueur profite <em>personnellement</em> de l&#8217;investissement engagé pour lui, on peut admettre qu&#8217;il soit redevable d&#8217;une indemnité correspondant au coût de sa formation. Cependant, c&#8217;est le club recruteur qui devrait supporter la charge du coût réel de la formation. Admettons cependant que cette dernière observation est de pure forme, dans la mesure où le nouvel employeur est souvent conduit à financer l’intégralité d’une indemnité de transfert.</p>
<p>Conclusion, donc, de l&#8217;avocat général :</p>
<blockquote>
<p class="C15Margeretrait0">1)      Le principe de libre circulation des travailleurs posé par l’article 39 CE s’oppose, en principe, à une disposition de droit national en application de laquelle un joueur ‘espoir’ qui signe, à l’issue de sa période de formation, un contrat de joueur professionnel avec un club d’un autre État membre, s’expose à une condamnation à des dommages-intérêts.</p>
<p class="C15Margeretrait0">2)      Une telle règle peut, néanmoins, être justifiée par la nécessité d’encourager le recrutement et la formation de jeunes joueurs de football professionnels, pour autant que la somme concernée soit basée sur les coûts réels de formation supportés par le club ayant assuré la formation et/ou économisés par le nouveau club et que, dans la mesure où l’indemnité doit être payée par le joueur lui‑même, elle soit limitée au coût restant dû de la formation individuelle.</p>
</blockquote>
<p class="C15Margeretrait0">Cela n&#8217;interdira sans doute pas à L&#8217;Olympique Lyonnais de former des Benzema, mais il devrait préférer laisser Auxerres ou Sochaux s&#8217;en charger.</p>
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<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_2924" class="footnote">Aujourd&#8217;hui l&#8217;article L. 1121-1.</li><li id="footnote_1_2924" class="footnote">En échange d&#8217;années de service.</li><li id="footnote_2_2924" class="footnote">Les indemnités de transferts contractuellement négociées par les clubs se fondent d&#8217;ailleurs sur l&#8217;anticipation des gains et avantages futurs.</li></ol>]]></content:encoded>
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