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	<title>Diner’s Room &#187; latin</title>
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		<title>De natio quae definienda est</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Oct 2009 12:47:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Débat public]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[Identité nationale]]></category>
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		<description><![CDATA[Définir la Nation. Redoutable ambition. C&#8217;est celle que le Gouvernement semble s&#8217;être assigné en lançant un &#171;&#160;grand débat&#160;&#187; au cours duquel il s&#8217;agira rien de moins que d&#8217;établir l&#8217;identité de la Nation. L&#8217;identité, déjà, n&#8217;est pas une notion si aisée à circonscrire. Juridiquement, ce serait l&#8217;état civil. Une filiation, un nom, un prénom, un sexe, et une nationalité1. Toutes choses indisponibles à la puissance de la volonté humaine2. Mais une Nation peut-elle se permettre de faire une recherche de paternité ? Patrie, elle n&#8217;a que des fils et des filles3. Une maternité ?4 Qui donc enfanta la France ? La Gaule, peut-être. Mais Jules César nous dit qu&#8217;il y en avait plusieurs. Et puis il semble entendu que la France à succédé aux Gaules sans en hériter vraiment. Puisqu&#8217;il faut un nom, encore, remontons aux sources. C&#8217;est à une tribu germanique des premiers siècles que nous devons la France. Par une invasion qui, bue toute métaphore, suggère le viol. A tout le moins, l&#8217;hybridation. Dans un sens psychologisant, probablement plus proche du projet gouvernemental, Littré donne le &#171;&#160;sentiment qu&#8217;on a de soi-même&#171;&#160;. Avec ses troubles, lorsque l&#8217;on a le sentiment de ne point s&#8217;appartenir, ou d&#8217;appartenir à autrui. Est-ce à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_3504" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-3504" title="800px-Nutrisco_et_extinguo_Salamandre_de_François_I_Azay" src="http://dinersroom.eu/wp-content/uploads/2009/10/800px-Nutrisco_et_extinguo_Salamandre_de_François_I_Azay-300x225.jpg" alt="Nutrisco et extinguo" width="300" height="225" /><p class="wp-caption-text">Nutrisco et extinguo</p></div>
<p>Définir la Nation. Redoutable ambition.</p>
<p>C&#8217;est celle que le Gouvernement semble s&#8217;être assigné <a href="http://www.immigration.gouv.fr/spip.php?page=actus&amp;id_rubrique=254&amp;id_article=1894">en lançant</a> un &laquo;&nbsp;<em>grand débat</em>&nbsp;&raquo; au cours duquel il s&#8217;agira rien de moins que d&#8217;établir l&#8217;identité de la Nation.</p>
<p>L&#8217;<em>identité</em>, déjà, n&#8217;est pas une notion si aisée à circonscrire.</p>
<p>Juridiquement, ce serait l&#8217;<em>état civil</em>. Une filiation, un nom, un prénom, un sexe, et une <em>nationalité</em><sup><a href="http://dinersroom.eu/3502/de-natio-quae-definienda-est/#footnote_0_3502" id="identifier_0_3502" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Quoi qu&amp;#8217;un usage sage veuille que la nationalit&eacute; ressortisse &agrave; l&amp;#8217;&eacute;tat politique de la personne.">1</a></sup>. Toutes choses indisponibles à la puissance de la volonté humaine<sup><a href="http://dinersroom.eu/3502/de-natio-quae-definienda-est/#footnote_1_3502" id="identifier_1_3502" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Du moins, jusqu&amp;#8217;&agrave; ce que la Cour europ&eacute;enne des droits de l&amp;#8217;homme ne s&amp;#8217;en m&ecirc;le.">2</a></sup>. Mais une Nation peut-elle se permettre de faire une recherche de paternité ? <em>Patrie</em>, elle n&#8217;a que des fils et des filles<sup><a href="http://dinersroom.eu/3502/de-natio-quae-definienda-est/#footnote_2_3502" id="identifier_2_3502" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La R&eacute;publique ?">3</a></sup>. Une maternité ?<sup><a href="http://dinersroom.eu/3502/de-natio-quae-definienda-est/#footnote_3_3502" id="identifier_3_3502" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Encore la R&eacute;publique ?">4</a></sup> Qui donc enfanta la France ? La Gaule, peut-être. Mais Jules César nous dit qu&#8217;il y en avait plusieurs. Et puis il semble entendu que la France à succédé aux Gaules sans en hériter vraiment.</p>
<p>Puisqu&#8217;il faut un nom, encore, remontons aux sources. C&#8217;est à une tribu germanique des premiers siècles que nous devons la France. Par une invasion qui, bue toute métaphore, suggère le viol. A tout le moins, l&#8217;hybridation.</p>
<p>Dans un sens psychologisant, probablement plus proche du projet gouvernemental, Littré donne le &laquo;&nbsp;<em>sentiment qu&#8217;on a de soi-même</em>&laquo;&nbsp;. Avec ses troubles, lorsque l&#8217;on a le sentiment de ne point s&#8217;appartenir, ou d&#8217;appartenir à autrui. Est-ce à dire que Rome n&#8217;est-elle plus dans Rome ? Mais alors, où est-elle ? Et subsidiairement, qui donc a pris sa place ?</p>
<p>Mais le <em>sentiment</em> d&#8217;identité, ce n&#8217;est pas exactement la <em>définition</em> de son être.</p>
<p><em>Définir</em> est une opération intellectuelle qui consiste à  <em>borner</em>. Dire ce qu&#8217;est une chose, c&#8217;est dire d&#8217;abord ce qu&#8217;elle n&#8217;est pas. Tracer des frontières, fussent-elles symboliques. Pour la Nation, communauté humaine, définir l&#8217;identité nationale, c&#8217;est faire un tri entre ce qui lui appartient, et ce qui ne lui appartient pas. Des hommes, avant tout.</p>
<p>Mais également des <em>valeurs</em>, semble-t-il. Elles sont annoncées :</p>
<blockquote><p>[L]iberté, d’égalité, de fraternité, (&#8230;) égalité homme-femme, ou encore de solidarité nationale.</p></blockquote>
<p>A dire vrai, cela fleure plutôt la Nation <em>républicaine</em> que la Nation française. Et encore, d&#8217;une République bien contemporaine. Or, les valeurs d&#8217;une société ne sont pas celle d&#8217;une nation. On ne regrettera pas le régime de primogéniture mâle d&#8217;ancien régime ; non plus que l&#8217;institution civiliste de la puissance paternelle. Mais on voudra bien constater qu&#8217;à porter ailleurs le regard — au nord, par exemple — l&#8217;égalité des sexes se trouve mieux pourvue par l&#8217;histoire et l&#8217;actualité que dans nos contrées hexagonales.</p>
<p>Il faut dire que les &laquo;&nbsp;<em>valeurs</em>&nbsp;&raquo; politiquement revendiquées ont cet avantage de demeurer dans une louable abstraction ; du moins, jusqu&#8217;à ce quelle s&#8217;en viennent infuser le droit le plus tatillon.</p>
<p>On renifle dans la volonté gouvernementale le choix de parvenir à une définition aimable de la Nation. Mais aussi, comme tout Gouvernement, de légiférer. Un bon débat ne saurait s&#8217;achever sans une queue de règlements ; de projets de loi, peut-être. La France n&#8217;en est pas avare ; c&#8217;est un trait de son identité.</p>
<p>Toutes nos lois ne participent-elles pas de l&#8217;identité de la Nation ? Après tout, elles émanent bien de la <em>représentation nationale</em>.</p>
<p>Car, faute de pouvoir s&#8217;exprimer de façon intelligible et permanente, la Nation doit être représentée ; comme les enfants. N&#8217;est-ce pas d&#8217;ailleurs le sort d&#8217;une <em>nation</em> que de demeurer dans une perpétuelle enfance ? L&#8217;étymologie latine suggère que la Nation est une <em>naissance</em>. Chaque jour nouvelle, cela va sans dire. Et à naître si souvent, on peine à grandir.</p>
<p>Ce qui m&#8217;amène, en guise de conclusion, au clin d&#8217;œil du titre.</p>
<p>C&#8217;est un usage immémorial, pour le juriste, que de se laisser aller<sup><a href="http://dinersroom.eu/3502/de-natio-quae-definienda-est/#footnote_4_3502" id="identifier_4_3502" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Un laisser aller &agrave; force de lexiques et de grammaires, j&amp;#8217;en conviens.">5</a></sup> à la langue latine. La Cour de cassation elle-même n&#8217;y répugne pas tantôt<sup><a href="http://dinersroom.eu/3502/de-natio-quae-definienda-est/#footnote_5_3502" id="identifier_5_3502" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Par exemple, dans cet arr&ecirc;t du 8 juin 1995. Apr&egrave;s la lex tuboniae, donc.">6</a></sup>. On me pardonnera donc d&#8217;y céder dans le titre de ce billet.</p>
<p>C&#8217;est que la Nation française doit beaucoup aux latins. Beaucoup de droit, une renaissance artistique, de nombreuses denrées que l&#8217;on croirait cisalpines<sup><a href="http://dinersroom.eu/3502/de-natio-quae-definienda-est/#footnote_6_3502" id="identifier_6_3502" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La laitue, par exemple. Ou l&amp;#8217;artichaut.">7</a></sup>. Et puis sa <em>langue</em>, dont elle est l&#8217;une des filles abâtardies.</p>
<p>Une langue française dont la Constitution française à proclamé le lien — identitaire : &laquo;&nbsp;<em>La langue de la République <strong>est</strong> le français</em>&laquo;&nbsp;— avec la République ; ce dont une <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000005616341&amp;dateTexte=20091027">loi du 4 août 1994</a><sup><a href="http://dinersroom.eu/3502/de-natio-quae-definienda-est/#footnote_7_3502" id="identifier_7_3502" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le 4 ao&ucirc;t n&amp;#8217;est pas toujours l&amp;#8217;anniversaire des libert&eacute;s.">8</a></sup> a cru devoir déduire que les autres langues devaient être exclues<sup><a href="http://dinersroom.eu/3502/de-natio-quae-definienda-est/#footnote_8_3502" id="identifier_8_3502" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ce qui d&eacute;montre au passage combien les affirmations solennelles d&amp;#8217;identit&eacute; s&amp;#8217;accompagnent parfois de vell&eacute;it&eacute;s d&amp;#8217;exclusion.">9</a></sup> des activités d&#8217;enseignement, de travail, et des services publics<sup><a href="http://dinersroom.eu/3502/de-natio-quae-definienda-est/#footnote_9_3502" id="identifier_9_3502" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Donc, de la Cour de cassation.">10</a></sup>. Y compris le latin.</p>
<p>C&#8217;est une forme d&#8217;ingratitude que d&#8217;achever de trancher, au nom de la sauvegarde de l&#8217;identité nationale, le lien filial avec le passé. Le latin, autrefois, était une langue vivante en France. Vernaculaire dans l&#8217;université ; obligatoire dans les lycées.</p>
<p>En guise de contribution — pas si provocatrice — à la définition de l&#8217;identité nationale, je suis tenté de suggérer que les latinités figurent à nouveau dans les enseignements communs<sup><a href="http://dinersroom.eu/3502/de-natio-quae-definienda-est/#footnote_10_3502" id="identifier_10_3502" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="D&amp;#8217;o&ugrave; ils disparaissent par d&eacute;sint&eacute;r&ecirc;t de tous.">11</a></sup> ; à l&#8217;image de l&#8217;éducation civique et morale, si l&#8217;on veut. Car l&#8217;identité, c&#8217;est à la fois ce que l&#8217;on est, et ce que l&#8217;on n&#8217;est pas.</p>
<p>Quoi de meilleur que d&#8217;apprendre l&#8217;une et l&#8217;autre langue, pour les admirer toutes deux.<br />
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</br><br />
<strong>NB :</strong> <em>Nutrisco et extinguo</em> est la devise de François 1er. Outre qu&#8217;il portait le nom du peuple de son royaume, il fit du français la langue de l&#8217;administration. La formule signifie &laquo;&nbsp;j&#8217;entretiens et j&#8217;éteins&nbsp;&raquo; ; ce qui peut-être interprété comme un engagement de protéger les bons et d&#8217;exterminer les méchants. On en trouve d&#8217;étranges échos dans les mots de Napoléon 1er et dans certains discours du Président de la République. Il s&#8217;agissait également, dit-on, d&#8217;une référence à la vie amoureuse du Prince. Une tradition nationale, également.</p>
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<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_3502" class="footnote">Quoi qu&#8217;un usage sage veuille que la nationalité ressortisse à l&#8217;état <em>politique</em> de la personne.</li><li id="footnote_1_3502" class="footnote">Du moins, jusqu&#8217;à ce que la Cour européenne des droits de l&#8217;homme ne s&#8217;en mêle.</li><li id="footnote_2_3502" class="footnote">La République ?</li><li id="footnote_3_3502" class="footnote">Encore la République ?</li><li id="footnote_4_3502" class="footnote">Un laisser aller à force de lexiques et de grammaires, j&#8217;en conviens.</li><li id="footnote_5_3502" class="footnote">Par exemple, dans <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechExpJuriJudi&amp;idTexte=JURITEXT000007034437&amp;fastReqId=306755779&amp;fastPos=8">cet arrêt</a> du 8 juin 1995. Après la <em>lex tuboniae</em>, donc.</li><li id="footnote_6_3502" class="footnote">La laitue, par exemple. Ou l&#8217;artichaut.</li><li id="footnote_7_3502" class="footnote">Le 4 août n&#8217;est pas toujours l&#8217;anniversaire des libertés.</li><li id="footnote_8_3502" class="footnote">Ce qui démontre au passage combien les affirmations solennelles d&#8217;identité s&#8217;accompagnent parfois de velléités d&#8217;exclusion.</li><li id="footnote_9_3502" class="footnote">Donc, de la Cour de cassation.</li><li id="footnote_10_3502" class="footnote">D&#8217;où ils disparaissent par désintérêt de tous.</li></ol>]]></content:encoded>
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