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	<title>Diner&#039;s room &#187; Tintin</title>
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		<title>Tintin au pays des oubliettes ?</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Sep 2009 13:48:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Débat public]]></category>
		<category><![CDATA[juridique]]></category>
		<category><![CDATA[liberté d']]></category>
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		<description><![CDATA[Philippe Bilger, puis Aliocha, s&#8217;inquiètent d&#8217;une prochaine action judiciaire visant à interdire la diffusion de Tintin au Congo. L&#8217;auteur de cette initiative s&#8217;est lancé dans une telle procédure en Belgique, mais cette dernière est toujours en cours d&#8217;instruction. Il envisage désormais de la mener en France. Les déterminants juridique d&#8217;une telle demande demeurent aujourd&#8217;hui incertains. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.philippebilger.com/blog/2009/08/tintin-au-congo-a-%C3%A9t%C3%A9--publi%C3%A9-en-1931-puis-en-1946-en-couleur-herg%C3%A9-avait-corrig%C3%A9-certains-aspects-de--son-texte-qui-p.html">Philippe Bilger</a>, puis <a href="http://laplumedaliocha.wordpress.com/2009/09/02/foutons-la-paix-a-tintin-par-pitie/">Aliocha</a>, s&#8217;inquiètent d&#8217;une prochaine action judiciaire visant à interdire la diffusion de<em> Tintin au Congo</em>.</p>
<p>L&#8217;auteur de cette initiative s&#8217;est lancé dans une telle procédure en Belgique, mais cette dernière est toujours en cours d&#8217;instruction. Il envisage <a href="http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5j4afMVT9xCiPt9B-nqvaWhSwJL6Q">désormais</a> de la mener en France.</p>
<p>Les déterminants juridique d&#8217;une telle demande demeurent aujourd&#8217;hui incertains. Il s&#8217;agit de faire valoir les préjugés racistes contenus dans l&#8217;œuvre pour en solliciter l&#8217;interdiction. Ce qui peut s&#8217;appuyer sur le droit de la presse — en matière <em>civile</em>, comme l&#8217;ont avancé les défenseurs du requérant.</p>
<p>Les adversaires d&#8217;une telle action, au rang desquels Philippe Bilger et Aliocha — probablement soutenus par une bonne part de la population française — soulignent avec raison que son succès conduirait à vouer au même sort un certain nombre d&#8217;ouvrages classiques, qui charrient une bonne quantité de propos offensants et choquants pour notre époque éprise du respect de tous<sup>1</sup>. Il entendent en cela que les œuvres d&#8217;hier ne sont pas à lire avec les lunettes d&#8217;aujourd&#8217;hui.</p>
<p>Et Philippe Bilger s&#8217;inquiète d&#8217;un &laquo;&nbsp;<em>abus de conscience</em>&nbsp;&raquo; qui légitimerait un contrôle de l&#8217;accès à l&#8217;information fondé sur le maintien des citoyens dans une &laquo;&nbsp;<em>perpétuelle enfance</em>&laquo;&nbsp;.</p>
<p>Si je ne suis pas loin d&#8217;adopter sa conclusion générale, je ne partage pas la lapidaire vigueur de son raisonnement.</p>
<p>Posons, pour la commodité de la discussion, que <em>Tintin au Congo</em> présente effectivement des préjugés racistes et que ceux-ci ne sont pas assortis d&#8217;une quelconque distance qui viendraient en modérer la portée. On conviendra alors que la lecture de l&#8217;ouvrage peut conduire le lecteur non averti à les épouser, dès lors qu&#8217;il est invité à partager le point de vue du sympathique reporter Tintin.</p>
<p>On me répondra que le destinataire d&#8217;une œuvre d&#8217;art n&#8217;est en rien tenu d&#8217;adopter les valeurs d&#8217;un auteur ou d&#8217;un personnage. Et, comme Philippe Bilger, on jugera qu&#8217;il s&#8217;agit ni plus ni moins que de priver le citoyen de sa capacité de sa juger et de sa raison.</p>
<p>Certes.</p>
<p>Mais il faut tenir compte du destinataire lui-même.</p>
<p>En l&#8217;occurrence, un enfant.</p>
<p>L&#8217;enfant, en droit, n&#8217;est pas fondé à faire valoir sa pleine raison citoyenne. Qu&#8217;il suffise pour cela de considérer qu&#8217;il n&#8217;a pas la capacité politique — non plus que civile — avant ses 18 ans. C&#8217;est que l&#8217;on juge sa conscience imparfaite encore ; tout comme sa volonté, fragile et susceptible d&#8217;être influencée. C&#8217;est d&#8217;ailleurs pour cette raison que le droit lui accorde la possibilité de faire annuler les contrats qu&#8217;il a pu passer avant sa majorité.</p>
<p>Dés lors, il n&#8217;est pas absurde de protéger cet enfant contre les préjugés les plus détestables. Ce qui semble justifier, du reste, un certain moralisme de l&#8217;éducation nationale, diversement dirigé selon les époques<sup>2</sup>. On pourrait d&#8217;ailleurs estimer qu&#8217;il s&#8217;agit, ni plus ni moins, que de les remplacer par les préjugés les mieux partagés de la société contemporaine.</p>
<p>Se pose cependant la question des moyens.</p>
<p>Les pouvoirs publics se sont donné le pouvoir de contrôler les publications susceptibles de mettre en danger <em>la jeunesse</em>. Il s&#8217;agit de la <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000878175&amp;fastPos=1&amp;fastReqId=578784632&amp;categorieLien=cid&amp;oldAction=rechTexte">loi n°49-956 du 16 juillet 1949</a> <em>sur les publications destinées à la jeunesse</em><sup>3</sup>. Le ministère s&#8217;assure notamment que les publications destinées à la jeunesse ne contiennent &laquo;&nbsp;<em>aucune insertion présentant sous un jour favorable (&#8230;) tous actes (&#8230;) de nature (&#8230;) à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques</em>&laquo;&nbsp;.</p>
<p>Au titre des sanctions, parmi d&#8217;autres, la possibilité d&#8217;interdire la publication litigieuse. Il convient de noter, à cet égard, que la justice peut être saisie sur le fondement de ce texte par des associations agrées, ou alertée par un particulier<sup>4</sup>.</p>
<p>La loi confie encore au ministre la possibilité de limiter la diffusion de certaines publications aux majeurs. C&#8217;est l&#8217;article 14 :</p>
<blockquote><p>Le ministre de l&#8217;intérieur est habilité à interdire :</p>
<p>- de proposer, de donner ou de vendre à des mineurs de dix-huit ans les publications de toute nature présentant un danger pour la jeunesse en raison de leur caractère licencieux ou pornographique, ou de la place faite au crime ou à la violence, <strong>à la discrimination ou à la haine raciale</strong>, à l&#8217;incitation, à l&#8217;usage, à la détention ou au trafic de stupéfiants.</p></blockquote>
<p>Il s&#8217;agit là d&#8217;une mesure destinée à protéger la jeunesse contre l&#8217;influence des œuvres destinées aux adultes. Une traduction claire de l&#8217;idée selon laquelle l&#8217;esprit des jeunes gens doit être mieux protégé que celui des adultes. On hésite cependant à admettre que <em>Tintin au Congo</em> participe d&#8217;une entreprise d&#8217;incitation à la discrimination ou à la haine raciale, quellle qu&#8217;accueillante soit aujourd&#8217;hui la jurisprudence. De surcroît, la mesure résulte d&#8217;une prérogative exclusive de l&#8217;autorité publique. Elle n&#8217;appartient pas au justiciable particulier.</p>
<p>Il existe donc des instruments juridiques pour protéger le jeune lecteur contre les préjugés d&#8217;hier. Cependant, ces moyens ne peuvent être mis en œuvre par un simple particulier.</p>
<p>Ce n&#8217;est donc pas la protection de la jeunesse qu&#8217;il devra invoquer, mais la sienne propre. Autant dire, la lutte contre le préjugé qu&#8217;il devrait souffrir, et l&#8217;offense que lui fait subir l&#8217;ouvrage. En tant que congolais, il a quelque titre pour cela. En ce cas, on se place dans le cadre plus général de l&#8217;écrit offensant.</p>
<p>L&#8217;interdiction d&#8217;un ouvrage n&#8217;est pas des plus fréquent en France. En particulier lorsqu&#8217;elle est demandée par un particulier. On estime, à raison, que la liberté d&#8217;expression est une valeur des plus hautes à défendre dans une société démocratique<sup>5</sup>.</p>
<p>C&#8217;est pourquoi, même lorsque l&#8217;écrit a un contenu illicite, il est rare que soit ordonnée la cessation de sa diffusion ; et encore plus rare que les exemplaires déjà publiés soient saisis.</p>
<p>A ce titre, il convient de rappeler l&#8217;affaire &laquo;&nbsp;<em>Mein Kampf</em>&laquo;&nbsp;.</p>
<p>Nul ne doute que l&#8217;ouvrage contient quelques propos peu conformes à la législation en matière de haine raciale. Et pourtant, sa publication est libre sur le sol français. Comment cela se peut-il ?</p>
<p>Eh bien la Cour d&#8217;appel de Paris a pu estimer, dans un arrêt du 11 juillet 1979<sup>6</sup>, que &laquo;&nbsp;Mein Kampf&nbsp;&raquo; pouvait faire l&#8217;objet d&#8217;une publication en raison de son &laquo;&nbsp;<em>intérêt historique et documentaire</em>&laquo;&nbsp;. Elle a cependant assorti cette publication d&#8217;un avertissement au lecteur. En voici un extrait :</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Mein Kampf&nbsp;&raquo;, qui constitue assurément un document indispensable pour la connaissance de l’histoire contemporaine, est aussi une œuvre de polémique et de propagande dont l’esprit de violence n’est pas étranger à l’époque actuelle et qui par là-même peut encore, malgré l’inanité de ses théories, contribuer à une renaissance de la haine raciale ou à l’exaspération de la xénophobie.</p>
<p>(&#8230;)</p>
<p>La publication de &laquo;&nbsp;Mein Kampf&nbsp;&raquo; peut heurter la sensibilité de ceux qui, directement ou à travers leurs proches, ont souffert des persécutions et des crimes commis, à une époque encore récente, au nom de la doctrine hitlérienne. Pourtant les victimes du plus atroce crime contre l’humanité ne peuvent être vouées à l’oubli. Il importe que les hommes se souviennent du crime et s’en détournent avec horreur dans les temps à venir.</p>
<p>Il est donc nécessaire de rappeler ici au lecteur ce à quoi l’ouvrage qu’il a entre les mains, a conduit.</p></blockquote>
<p>Bien sûr, nul ne doute que la partisans d&#8217;une doctrine raciste feront fi de l&#8217;avertissement en question. Cependant, il est apparu au juge que l&#8217;argument éducatif — historique — justifiait que chacun puisse prendre connaissance du document.</p>
<p>Cette jurisprudence est-elle applicable à notre cas ?</p>
<p>C&#8217;est possible.</p>
<p>En effet, comme Hergé l&#8217;a admis lui-même, il a été victime des préjugés de son époque et a participé à leur diffusion par cette œuvre. En cela, Tintin au Congo présente un &laquo;&nbsp;<em>intérêt historique et documentaire</em>&laquo;&nbsp;. Comme, du reste, nombre d&#8217;ouvrages classiques auxquels fait allusion Philippe Bilger.</p>
<p>Cependant, une telle analyse suppose de mettre en œuvre des dispositifs permettant au lecteur — en particulier au jeune lecteur — d&#8217;apprécier ce caractère historique. Ce sera le mécanisme de l&#8217;avertissement ou celui de la bibliothèque de Brooklin<sup>7</sup>. Une façon d&#8217;infantiliser le lecteur.</p>
<blockquote><p>— Oui, mais lorsque le lecteur est enfant, ne convient-il pas de la traiter comme tel ?</p></blockquote>
<p>Sans doute.</p>
<p>Et à plus forte raison, peut-on penser, que le jeune lecteur n&#8217;a pas la perspective historique qui lui permet de situer la proximité géographique ou temporelle d&#8217;une œuvre. Fouillez donc dans vos souvenirs<sup>8</sup>&#8230; A titre personnel, je confesse avoir tenu le pantalon de golf pour un objet tout à fait enviable de la mode masculine pendant mon enfance.</p>
<p>Et pour le dire brutalement, Hergé, ce n&#8217;est pas Luis-Ferdinand Céline.</p>
<p>Et cela peut donc justifier un traitement différencié.</p>
<p>Mais pour en revenir à une considération plus générale, pour conclure, je souhaiterais diriger l&#8217;attention sur les fonctions du droit.</p>
<p>Pour sage qu&#8217;il puisse apparaître — et il l&#8217;est bien souvent — le droit souvent parfois aveugle au temps et à l&#8217;histoire.</p>
<p>Il ne fait guère de doute qu&#8217;une bande dessinée pour enfant écrite aujourd&#8217;hui, qui présenterait des situations telles que celles de <em>Tintin au Congo</em>, aurait toute chance de susciter quelque indignation. Y compris, je le pense, dans le fors d&#8217;Aliocha ou de Philippe Bilger. Ce qui, me semble-t-il, trouble le débat, c&#8217;est cette familiarité enfantine que nous avons développé avec l&#8217;œuvre.</p>
<p>Pour le droit, il n&#8217;est rien de tel — ou alors, par de subtils détours. L&#8217;œuvre est ce qu&#8217;elle est en l&#8217;époque d&#8217;aujourd&#8217;hui, et avec des lecteurs d&#8217;aujourd&#8217;hui. Elle dispose du même pouvoir de suggestion.</p>
<p>Si l&#8217;on admet que l&#8217;enfant mérite une protection contre cette puissance de suggestion, alors, il faut prévenir l&#8217;enfant d&#8217;aujourd&#8217;hui contre les errements d&#8217;hier.</p>
<p>Mais c&#8217;est peut-être, je ne suis pas loin de le penser, un prix bien cher à payer que l&#8217;intervention de la justice en cette matière. Peut-être celui d&#8217;une société incapable de traiter par autre chose que le droit les cheminements de l&#8217;histoire et les scories du passé.</p>
<p>Avec le risque de devoir jeter Tintin aux oubliettes.</p>
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<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_3123" class="footnote">Sinon de chacun.</li><li id="footnote_1_3123" class="footnote">Il est d&#8217;ailleurs notablement ironique que l&#8217;un des tableau — aujourd&#8217;hui disparu — décrié de <em>Tintin au Congo</em> voit le héros instruire des enfants indigènes de &laquo;&nbsp;<em>leur patrie, la Belgique</em>&laquo;&nbsp;.</li><li id="footnote_2_3123" class="footnote">Il s&#8217;agit, selon l&#8217;article 1er, de &laquo;&nbsp;<em>toutes les publications périodiques ou non qui, par leur caractère, leur présentation ou leur objet, apparaissent comme principalement destinées aux enfants et adolescents</em>&laquo;&nbsp;. On peine à en exclure Tintin.</li><li id="footnote_3_3123" class="footnote">Ce qui ne l&#8217;obligera pas à agir</li><li id="footnote_4_3123" class="footnote">C&#8217;est d&#8217;ailleurs le fondement de la censure partielle de la loi dite HADOPI.</li><li id="footnote_5_3123" class="footnote">Je n&#8217;ai pas encore réussi à me procurer la décision. Si quelqu&#8217;un peut me la transmettre, je lui en serai reconnaissant.</li><li id="footnote_6_3123" class="footnote">Elle limite l&#8217;accès des ouvrages litigieux aux lecteurs avertis.</li><li id="footnote_7_3123" class="footnote">En l&#8217;occurrence, j&#8217;ai appris à lire dans Tintin. c&#8217;était le <em>Lotus bleu</em>.</li></ol>]]></content:encoded>
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