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	<title>Diner’s Room &#187; violences</title>
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		<title>Les grandes vertus au service de la petite. La prostitution à l&#8217;assemblée nationale</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Dec 2011 13:30:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Débat public]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour son empire, il est rassurant que la crise financière et politique de l&#8217;Europe ne détourne pas les institutions des questions les plus essentielles. L&#8217;assemblée examine ce jour un projet de résolution réaffirmant la position abolitionniste de la France en matière de prostitution qu&#8217;il sera bien difficile de ne point voter, sauf à passer pour un réactionnaire phallocrate. Une résolution est un texte destiné à exprimer une position d&#8217;ordre politique ou éthique. Il ne présente aucun caractère contraignant1 et participe de ce que l&#8217;on appelle la soft law, ou &#160;&#187;droit mou&#171;&#160;, selon une traduction qui en dit beaucoup sur la considération dans laquelle la doctrine française tient ce genre de procédé. Il s&#8217;agit donc, comme le veut la meilleure tradition nationale, de proclamer à s&#8217;en briser les cordes vocales avant d&#8217;aller s&#8217;émouvoir de sa propre grandeur à la buvette, assuré(e) que rien ne changera vraiment. Tout ceci, donc, n&#8217;est que théâtre. Le texte, cependant, mérite quelque attention, car il trahit un esprit brutal, imperméable au discernement et à la nuance. Et la fadeur inepte de la position adoptée est largement compensée par la bêtise outrancière de ses justifications. Ce qui n&#8217;est pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans ce monde où la corruption des valeurs morales étend chaque jour son empire, il est rassurant que la crise financière et politique de l&#8217;Europe ne détourne pas les institutions des questions les plus essentielles.</p>
<p>L&#8217;assemblée examine ce jour un <a href="http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion3522.asp">projet de résolution</a> <em>réaffirmant la position abolitionniste de la France en matière de prostitution</em> qu&#8217;il sera bien difficile de ne point voter, sauf à passer pour un réactionnaire phallocrate.</p>
<p>Une <em><strong>résolution</strong></em> est un texte destiné à exprimer une position d&#8217;ordre politique ou éthique. Il ne présente <em>aucun caractère contraignant</em><sup><a href="http://dinersroom.eu/6379/les-grandes-vertus-au-service-de-la-petite-la-prostitution-a-lassemblee-nationale/#footnote_0_6379" id="identifier_0_6379" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ce qui ne signifie pas n&eacute;cessairement qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;aura aucun effet juridique. Ne serait-ce, par exemple, que pour &eacute;clairer le juge sur l&amp;#8217;interpr&eacute;tation de dispositions en vigueur, ou participer &agrave; la motivation d&amp;#8217;actes administratifs, tels que des mesures de police.">1</a></sup> et participe de ce que l&#8217;on appelle la <em>soft law</em>, ou &nbsp;&raquo;<em>droit mou</em>&laquo;&nbsp;, selon une traduction qui en dit beaucoup sur la considération dans laquelle la doctrine française tient ce genre de procédé. Il s&#8217;agit donc, comme le veut la meilleure tradition nationale, de proclamer à s&#8217;en briser les cordes vocales avant d&#8217;aller s&#8217;émouvoir de sa propre grandeur à la buvette, assuré(e) que rien ne changera vraiment.</p>
<p>Tout ceci, donc, n&#8217;est que théâtre.</p>
<p>Le texte, cependant, mérite quelque attention, car il trahit un esprit brutal, imperméable au discernement et à la nuance. Et la fadeur inepte de la position adoptée est largement compensée par la bêtise outrancière de ses justifications. Ce qui n&#8217;est pas nécessairement une surprise.</p>
<p>Trois arguments sont essentiellement avancés contre la pratique de la prostitution<sup><a href="http://dinersroom.eu/6379/les-grandes-vertus-au-service-de-la-petite-la-prostitution-a-lassemblee-nationale/#footnote_1_6379" id="identifier_1_6379" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ainsi r&eacute;sum&eacute; dans l&amp;#8217;&eacute;nonc&eacute; des motifs : &amp;laquo;&amp;nbsp;Comment ne pas voir que ces constats heurtent frontalement nos principes les plus fondamentaux&nbsp;: la non-patrimonialit&eacute; et l&rsquo;int&eacute;grit&eacute; du corps humain ainsi que l&rsquo;&eacute;galit&eacute; entre les sexes et la lutte contre les violences de genre&nbsp;?&amp;nbsp;&amp;raquo;.">2</a></sup>.</p>
<p>1. La prostitution est contraire à l&#8217;<strong>égalité des hommes et des femmes</strong>.</p>
<p>2. La prostitution est une <strong>forme de violence</strong>.</p>
<p>3. La prostitution est une forme de <strong>patrimonialisation du corps humain</strong>.</p>
<p>Le <strong>premier argument</strong> repose sur une considération de fait :</p>
<blockquote><p><em>Considérant que la prostitution est exercée essentiellement par des femmes et que les clients sont en quasi-totalité des hommes, contrevenant ainsi au principe d’égalité entre les sexes.</em></p></blockquote>
<p>Ceci, démontres, selon les motifs,  la &laquo;&nbsp;<em>réalité sexuée de la prostitution</em>&laquo;&nbsp;. On veut bien en convenir. Mais en observant que la prostitution n&#8217;est pas la seule &laquo;&nbsp;réalité sexuée&nbsp;&raquo;, loin s&#8217;en faut. Il est des professions qui sont assurées quasi-exclusivement par les femmes<sup><a href="http://dinersroom.eu/6379/les-grandes-vertus-au-service-de-la-petite-la-prostitution-a-lassemblee-nationale/#footnote_2_6379" id="identifier_2_6379" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Comme aides-soignant, infirmier, ou assistant de direction.">3</a></sup> ; d&#8217;autres par des hommes. Certaines clientèlesencore, sont exclusivement masculines ou féminines.</p>
<p>Mais que faut-il en conclure du point de vue du droit ?</p>
<p>La lutte contre l&#8217;inégalité des sexes implique rarement de supprimer la réalité en cause. Imagine-t-on de lutter contre la sur-représentation des femmes parmi les infirmiers en supprimant les infirmiers ?</p>
<p>En réalité, la réponse la plus fréquente à ce genre de considération conduit à envisager des façon d&#8217;assurer une plus grande mixité. De sorte qu&#8217;en toute bonne logique, le constat d&#8217;une &laquo;&nbsp;réalité sexuée&nbsp;&raquo; devrait conduire le législateur à encourager le recours de femmes à la prostitution masculine et non pas en souhaiter la disparition.</p>
<p>Le <strong>second argument</strong> établit un lien entre la <strong>violence</strong> et la prostitution :</p>
<blockquote><p><em>Considérant que les agressions sexuelles, physiques et psychologiques qui accompagnent le plus souvent la prostitution portent une atteinte particulièrement grave à l’intégrité du corps des personnes prostituées.</em></p></blockquote>
<p>Passons sur le postulat paranormal selon lequel une agression psychologique peut entraîner une atteinte à l&#8217;intégrité du corps<sup><a href="http://dinersroom.eu/6379/les-grandes-vertus-au-service-de-la-petite-la-prostitution-a-lassemblee-nationale/#footnote_3_6379" id="identifier_3_6379" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Je ne nie pas, cependant, que l&amp;#8217;id&eacute;e de la prostitution comme un entra&icirc;nement au c&ocirc;t&eacute; obscur de la Force pr&eacute;sente une forme de s&eacute;duction intellectuelle non n&eacute;gligeable.">4</a></sup> et intéressons-nous à l&#8217;argument sous-jacent : la prostitution est une activité risquée. Notez que malgré un certain louvoiement dans les motifs<sup><a href="http://dinersroom.eu/6379/les-grandes-vertus-au-service-de-la-petite-la-prostitution-a-lassemblee-nationale/#footnote_4_6379" id="identifier_4_6379" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&amp;laquo;&amp;nbsp;[R]ien ne fait obstacle &agrave; l&rsquo;objectif d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; lib&eacute;r&eacute;e de cette violence que constitue la prostitution.&amp;nbsp;&amp;raquo;">5</a></sup>, que la violence est présentée comme l&#8217;accessoire de la prostitution ; mais la prostitution n&#8217;est pas <strong>en elle-même</strong> une violence.</p>
<p>A cet argument de la violence <em>accessoire</em> — mais <em>contingente</em>— il est aisé de répondre que l&#8217;autorité publique a beau jeu de se défausser de ses obligations. Ce n&#8217;est pas parce qu&#8217;il existe un risque de violence à l&#8217;occasion d&#8217;une activité quelconque, que cette activité doit être interdite. Lorsque le Gouvernement français a fait valoir que le travail de nuit des femmes accroissait le risque d&#8217;agression à leur égard, la Cour de justice de communautés européennes lui a sèchement répondu que la prévention des agressions pesait sur l&#8217;autorité publique et qu&#8217;il ne lui appartenait pas de s&#8217;en décharger par une atteinte aux droits des tiers<sup><a href="http://dinersroom.eu/6379/les-grandes-vertus-au-service-de-la-petite-la-prostitution-a-lassemblee-nationale/#footnote_5_6379" id="identifier_5_6379" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="C.J.C.E., 25 juillet 1991, arr&ecirc;t C-345/89, STOECKEL : &amp;laquo;&amp;nbsp;En ce qui concerne les risques d&amp;#8217; agression, &agrave; supposer qu&amp;#8217; ils soient plus grands la nuit que le jour, des mesures appropri&eacute;es peuvent &ecirc;tre adopt&eacute;es pour y faire face sans porter atteinte au principe fondamental d&amp;#8217; &eacute;galit&eacute; de traitement entre hommes et femmes&amp;laquo;&amp;nbsp;.">6</a></sup>. Autrement dit, ce constat du risque de violence accessoire, devrait conduire les autorités à assurer un cadre plus sécurisant à l&#8217;activité de prostitution, et non à la rejeter dans une ignorance légale<sup><a href="http://dinersroom.eu/6379/les-grandes-vertus-au-service-de-la-petite-la-prostitution-a-lassemblee-nationale/#footnote_6_6379" id="identifier_6_6379" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voire la prohibition.">7</a></sup> propice à l&#8217;exacerbation de la fragilité des conditions. C&#8217;est pourtant la leçon qu&#8217;en tire la résolution en concluant grâce à un saut logique des plus périlleux que &laquo;&nbsp;<em>la prostitution ne saurait en aucun cas être assimilée à une activité professionnelle</em>&nbsp;&raquo;<sup><a href="http://dinersroom.eu/6379/les-grandes-vertus-au-service-de-la-petite-la-prostitution-a-lassemblee-nationale/#footnote_7_6379" id="identifier_7_6379" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Je conc&egrave;de ici omettre l&amp;#8217;argument de la contrainte, mais faut-il vraiment rappeler que la libert&eacute; du travail suppose le droit de ne pas exercer une profession ? De sorte que la reconnaissance de la prostitution comme activit&eacute; professionnelle n&amp;#8217;aurait pas comme implication de l&eacute;gitimer les diverses contraintes et violences quoi peuvent s&amp;#8217;exercer sur les personnes qui l&amp;#8217;exercent.">8</a></sup>.</p>
<p>Allons enfin au troisième argument : celui de la <strong>patrimonialisation</strong> du corps humain.</p>
<blockquote><p><em>Considérant que la non patrimonialité du corps humain est l’un des principes cardinaux de notre droit et qu’il fait obstacle à ce que le corps humain soit considéré, en tant que tel, comme une source de profit.</em></p></blockquote>
<p>Il est des circonstances devant lesquelles l&#8217;âme humaine hésite, étirée de toute part par des sentiments fugitifs. Consternation, stupéfaction, hilarité ? Tout ensemble ?</p>
<p>Bien, pour le dire rapidement, la non patrimonialité du corps humain s&#8217;oppose à des actes qui auraient pour effet permettre l&#8217;établissement d&#8217;un <strong><em>droit de propriété</em></strong> sur le corps humain. On ne peut donc transférer la propriété de son corps ou de ses éléments. En revanche, il est tout à fait loisible d&#8217;en tirer profit par son <strong><em>exploitation</em></strong>, comme le font les sportifs, les mannequins et&#8230; tous ceux qui exercent leur force de travail de façon physique. Que l&#8217;exploitation du corps intéresse le sexe ou d&#8217;autres parties du corps humain est, de ce point de vue, tout à fait indifférent à la loi. Autrement dit, l&#8217;argument fondateur est d&#8217;une triste inanité. Il est cependant asséné avec la solennité des animateurs de fêtes foraines.</p>
<p>Et tout ceci pour quoi ?</p>
<p>Eh bien, après avoir laissé entendre que la prostitution constitue en elle-même une atteinte à la patrimonialité du corps humain, une violence faite aux femmes et une atteinte à l&#8217;égalité des sexes — rien que cela — la résolution se prononce pour&#8230; &laquo;&nbsp;<em>un changement progressif des mentalités et un patient travail de prévention, d’éducation et de responsabilisation des clients et de la société toute entière</em>&laquo;&nbsp;.</p>
<p>Oui, c&#8217;est cela la <em><strong>résolution</strong></em> en politique<sup><a href="http://dinersroom.eu/6379/les-grandes-vertus-au-service-de-la-petite-la-prostitution-a-lassemblee-nationale/#footnote_8_6379" id="identifier_8_6379" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et je passe sur &amp;laquo;&amp;nbsp;la notion de besoins sexuels irr&eacute;pressibles renvoie &agrave; une conception archa&iuml;que de la sexualit&eacute; qui ne saurait l&eacute;gitimer la prostitution, pas plus qu&rsquo;elle ne justifie le viol&amp;laquo;&amp;nbsp;, qui aurait m&eacute;rit&eacute; d&amp;#8217;&ecirc;tre &eacute;clair&eacute; par la question de la sexualit&eacute; des d&eacute;tenus, notamment au regard de la position de la Cour europ&eacute;enne des droits de l&amp;#8217;homme ne la mati&egrave;re.">9</a></sup>.</p>
<br>
<br>
<br>
<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_6379" class="footnote">Ce qui ne signifie pas nécessairement qu&#8217;il n&#8217;aura aucun effet juridique. Ne serait-ce, par exemple, que pour éclairer le juge sur l&#8217;interprétation de dispositions en vigueur, ou participer à la motivation d&#8217;actes administratifs, tels que des mesures de police.</li><li id="footnote_1_6379" class="footnote">Ainsi résumé dans l&#8217;énoncé des motifs : &laquo;&nbsp;Comment ne pas voir que ces constats heurtent frontalement nos principes les plus fondamentaux : la non-patrimonialité et l’intégrité du corps humain ainsi que l’égalité entre les sexes et la lutte contre les violences de genre ?&nbsp;&raquo;.</li><li id="footnote_2_6379" class="footnote">Comme aides-soignant, infirmier, ou assistant de direction.</li><li id="footnote_3_6379" class="footnote">Je ne nie pas, cependant, que l&#8217;idée de la prostitution comme un entraînement au côté obscur de la Force présente une forme de séduction intellectuelle non négligeable.</li><li id="footnote_4_6379" class="footnote">&laquo;&nbsp;[<em>R</em>]<em>ien ne fait obstacle à l’objectif d’une société libérée de cette violence que <strong>constitue</strong> la prostitution</em>.&nbsp;&raquo;</li><li id="footnote_5_6379" class="footnote">C.J.C.E., 25 juillet 1991, <a href="http://eur-lex.europa.eu/smartapi/cgi/sga_doc?smartapi!celexplus!prod!CELEXnumdoc&amp;lg=fr&amp;numdoc=61989CJ0345">arrêt C-345/89</a>, STOECKEL : &laquo;&nbsp;<em>En ce qui concerne les risques d&#8217; agression, à supposer qu&#8217; ils soient plus grands la nuit que le jour, des mesures appropriées peuvent être adoptées pour y faire face sans porter atteinte au principe fondamental d&#8217; égalité de traitement entre hommes et femmes</em>&laquo;&nbsp;.</li><li id="footnote_6_6379" class="footnote">Voire la prohibition.</li><li id="footnote_7_6379" class="footnote">Je concède ici omettre l&#8217;argument de la contrainte, mais faut-il vraiment rappeler que la liberté du travail suppose le droit de ne pas exercer une profession ? De sorte que la reconnaissance de la prostitution comme activité professionnelle n&#8217;aurait pas comme implication de légitimer les diverses contraintes et violences quoi peuvent s&#8217;exercer sur les personnes qui l&#8217;exercent.</li><li id="footnote_8_6379" class="footnote">Et je passe sur &laquo;&nbsp;<em>la notion de besoins sexuels irrépressibles renvoie à une conception archaïque de la sexualité qui ne saurait légitimer la prostitution, pas plus qu’elle ne justifie le viol</em>&laquo;&nbsp;, qui aurait mérité d&#8217;être éclairé par la question de la sexualité des détenus, notamment au regard de la position de la Cour européenne des droits de l&#8217;homme ne la matière.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>La femme battue peut-elle quitter le domicile conjugal ?</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Nov 2009 16:46:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jules</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est sous un titre volontiers provocant, convenons-en, que je souhaite aborder une récente décision de la Cour de cassation. Deux époux, mariés depuis 1961 sous le régime de la communauté légale, en vinrent à demander le divorce. Plus précisément, l&#8217;époux engagea une procédure de rupture contentieuse en invoquant la faute de sa femme, qui avait abandonné le domicile conjugal. Celle-ci fit valoir les violences exercées contre elle pour solliciter en retour que le divorce fût prononcé aux torts exclusifs de son mari. La Cour d&#8217;appel de Toulouse, dans un arrêt du 7 octobre 2008, refusa de faire droit à l&#8217;épouse et prononça le divorce aux torts partagés. Elle considérait les violences exercées par l&#8217;époux comme une violation grave ou répétée des obligations nées du mariage ; et ainsi en allait-il de l&#8217;abandon du domicile conjugal par l&#8217;épouse, de même que l&#8217;usage du compte commun qu&#8217;elle avait poursuivi après ce départ. Bref, chacun avait commis des fautes ; il s&#8217;en suivait que le divorce résultait de leurs fautes réciproques : torts partagés. Mais l&#8217;épouse ne l&#8217;entendait pas ainsi. Elle forma un pourvoi devant la Cour de cassation en reprochant à la Cour d&#8217;appel de ne pas avoir fait le lien entre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est sous un titre volontiers provocant, convenons-en, que je souhaite aborder une <a href="http://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/premiere_chambre_civile_568/1150_19_14305.html">récente décision</a> de la Cour de cassation.</p>
<p>Deux époux, mariés depuis 1961 sous le régime de la communauté légale, en vinrent à demander le divorce. Plus précisément, l&#8217;époux engagea une procédure de rupture contentieuse en invoquant la faute de sa femme, qui avait abandonné le domicile conjugal.</p>
<p>Celle-ci fit valoir les violences exercées contre elle pour solliciter en retour que le divorce fût prononcé aux torts exclusifs de son mari.</p>
<p>La Cour d&#8217;appel de Toulouse, dans un <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&amp;idTexte=JURITEXT000019886915&amp;fastReqId=1292630711&amp;fastPos=11">arrêt du 7 octobre 2008</a>, refusa de faire droit à l&#8217;épouse et prononça le divorce aux torts partagés. Elle considérait les violences exercées par l&#8217;époux comme une violation grave ou répétée des obligations nées du mariage ; et ainsi en allait-il de l&#8217;abandon du domicile conjugal par l&#8217;épouse, de même que l&#8217;usage du compte commun qu&#8217;elle avait poursuivi après ce départ. Bref, chacun avait commis des fautes ; il s&#8217;en suivait que le divorce résultait de leurs fautes réciproques : <em>torts partagés</em>.</p>
<p>Mais l&#8217;épouse ne l&#8217;entendait pas ainsi.</p>
<p>Elle forma un pourvoi devant la Cour de cassation en reprochant à la Cour d&#8217;appel de ne pas avoir fait le lien entre les violences exercées contre elle et la rupture de la vie commune dont elle était à l&#8217;initiative. Comment, en effet, continuer de vivre sous le toît de celui qui porte atteinte à votre intégrité physique ?</p>
<p>Réponse lapidaire de la Cour de cassation dans un <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&amp;idTexte=JURITEXT000019886915&amp;fastReqId=1292630711&amp;fastPos=11">arrêt du 12 novembre 2009</a> :</p>
<blockquote><p>[E]n prononçant le divorce des époux X&#8230; Y&#8230; à leurs torts partagés, les juges du fond ont nécessairement estimé que les faits imputables à l&#8217;épouse n&#8217;étaient pas excusés par le comportement de son conjoint.</p></blockquote>
<p>Autrement dit. Le départ de l&#8217;épouse n&#8217;est pas dû aux violences commises par l&#8217;époux.</p>
<p>Un détour par le droit du divorce pour faute, avant d&#8217;en revenir à la présente décision.</p>
<p>Le divorce pour faute est une procédure contentieuse fondée sur l&#8217;article 242 du Code civil :</p>
<blockquote><p>Le divorce peut être demandé par l&#8217;un des époux lorsque des faits constitutifs d&#8217;une violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage sont imputables à son conjoint et rendent intolérable le maintien de la vie commune.</p></blockquote>
<p>La faute, donc est constituée par une &laquo;&nbsp;<strong>violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage</strong>&laquo;&nbsp;. Quelles sont ces obligations ?</p>
<p>Elles sont énoncées à l&#8217;article 212 et 215 du Code civil, que le maire lit aux futurs époux lors de la cérémonie du mariage :</p>
<blockquote><p>Art. 212. Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance.</p>
<p>Art. 215. Les époux s&#8217;obligent mutuellement à une communauté de vie.</p>
<p>La résidence de la famille est au lieu qu&#8217;ils choisissent d&#8217;un commun accord.</p></blockquote>
<p>De l&#8217;obligation de respect — formalisée par une<a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=ECDA99AA0B04C1529B222B6BBC9B7DD9.tpdjo11v_1?cidTexte=JORFTEXT000000422042&amp;dateTexte=20091120"> loi n°2006-399 du 4 avril 2006</a> <em>renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple ou commises contre les mineurs </em><sup><a href="http://dinersroom.eu/3665/la-femme-battue-peut-elle-quitter-le-domicile-conjugal/#footnote_0_3665" id="identifier_0_3665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pas de panique, cependant : l&amp;#8217;obligation de respect &eacute;tait impos&eacute;e aux &eacute;poux avant m&ecirc;me la loi de 2006, qui n&amp;#8217;a fait qu&amp;#8217;ent&eacute;riner la jurisprudence en vigueur.">1</a></sup> — , on déduit que la violence conjugale<sup><a href="http://dinersroom.eu/3665/la-femme-battue-peut-elle-quitter-le-domicile-conjugal/#footnote_1_3665" id="identifier_1_3665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="ou les insultes.">2</a></sup> pouvait constituer une faute justifiant le divorce pour faute.</p>
<p>De l&#8217;obligation de résidence commune, il résulte que l&#8217;époux qui quitte le domicile familial commet une faute susceptible de justifier le divorce.</p>
<p>Qu&#8217;en est-il lorsque deux époux invoquent l&#8217;un et l&#8217;autre des fautes ?</p>
<p>La question est réglée par l&#8217;article 245 du Code civil :</p>
<blockquote><p>Les fautes de l&#8217;époux qui a pris l&#8217;initiative du divorce n&#8217;empêchent pas d&#8217;examiner sa demande ; elles peuvent, cependant, enlever aux faits qu&#8217;il reproche à son conjoint le caractère de gravité qui en aurait fait une cause de divorce.</p>
<p>Ces fautes peuvent aussi être invoquées par l&#8217;autre époux à l&#8217;appui d&#8217;une demande reconventionnelle en divorce. Si les deux demandes sont accueillies, le divorce est prononcé aux torts partagés.</p></blockquote>
<p>Ce texte dit deux choses.</p>
<p>D&#8217;abord —  mais dans le désordre — les fautes de l&#8217;un et de l&#8217;autre entraînent un divorce dit &laquo;&nbsp;<em>aux torts partagés</em>&laquo;&nbsp;. L&#8217;un n&#8217;est pas davantage que l&#8217;autre responsable de l&#8217;échec du mariage.</p>
<p>Ensuite — toujours dans le désordre — les fautes de l&#8217;un des époux <em>peuvent excuser</em> celles de l&#8217;autre. Si la faute que je commets est la conséquence de celle qu&#8217;à commis l&#8217;autre, alors ma faute est <em>excusable</em>. De sorte que les torts ne sont pas <em>partagés</em>, mais <em>exclusifs</em>.</p>
<p>C&#8217;est ce que soutenait l&#8217;épouse : en clair, l&#8217;abandon du domicile conjugal n&#8217;est une faute que dans la mesure où elle ne se justifie pas par le comportement de l&#8217;époux. En l&#8217;occurrence, des violences.</p>
<p>Telle n&#8217;est pourtant pas la position de la Cour de cassation, suivant en cela la Cour d&#8217;appel de Toulouse.</p>
<p>Pour faire bonne mesure, écartons la Cour de cassation. Juge du droit — et non du fait — elle n&#8217;a pas à se prononcer sur le lien entre les fautes réciproques. La cour d&#8217;appel, pour sa part, l&#8217;a exclu &laquo;&nbsp;<em>nécessairement</em>&laquo;&nbsp;, puisqu&#8217;elle a prononcé le divorce aux torts partagés en faisant mention expresse de l&#8217;abandon du domicile.</p>
<p>Est-ce à dire — comme le titre de ce billet le suggère — que les juges refusent à la femme battue de rompre la vie commune avec l&#8217;époux violent ?</p>
<p>Non pas. Un <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&amp;idTexte=JURITEXT000007042480&amp;fastReqId=2019915033&amp;fastPos=1">arrêt</a> de la Cour de cassation en date du 25 novembre 1999 a ainsi écarté les conditions posées par la cour d&#8217;appel, qui exigeait que les violences fussent &laquo;&nbsp;<em>concomitantes</em>&nbsp;&raquo; à l&#8217;abandon de domicile et aient placé l&#8217;épouse dans un &laquo;&nbsp;<em>état de nécessité</em>&laquo;&nbsp;. Autrement dit, il était loisible à la cour d&#8217;appel d&#8217;excuser la faute de l&#8217;épouse par celles de l&#8217;époux. Ce qui aurait conduit au divorce aux torts exclusifs.</p>
<p>Ce que l&#8217;on constate, cependant, c&#8217;est que la jurisprudence est fort réticente à faire des violences un fait justificatif péremptoire de l&#8217;abandon de domicile par l&#8217;un des époux. Il faut y voir l&#8217;importance accordée à la &laquo;&nbsp;<em>vie commune</em>&laquo;&nbsp;, substance du mariage. Conception peut-être surannée à une époque où la violence semble être passée au premier rang des préoccupations individuelles<sup><a href="http://dinersroom.eu/3665/la-femme-battue-peut-elle-quitter-le-domicile-conjugal/#footnote_2_3665" id="identifier_2_3665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="A raison, sans doute.">3</a></sup>.</p>
<p>Toujours est-il que la question du titre mérite d&#8217;être à nouveau posée :</p>
<p style="padding-left: 30px;">— La fuite du domicile conjugal est-elle toujours justifiée par la violence de l&#8217;époux ?</p>
<p>Et la réponse est &laquo;&nbsp;non&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Pour la bonne bouche, j&#8217;achève ce billet en m&#8217;interrogeant sur la question du compte joint des époux.</p>
<p>La Cour d&#8217;appel de Toulouse avait pu estimer que l&#8217;usage du compte par l&#8217;épouse après son départ constituait une faute. Je concède ici un trouble.</p>
<p>Le compte joint n&#8217;a pas pour cause nécessaire le mariage. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une obligation des époux ; et pas davantage la technique bancaire du compte joint n&#8217;est-elle réservée aux époux. De sorte que les aléas de la vie maritale ne devraient pas affecter son fonctionnement.</p>
<p>Au reste, l&#8217;abandon du domicile conjugal, fut-il suivi d&#8217;une procédure de divorce, ne met pas fin<sup><a href="http://dinersroom.eu/3665/la-femme-battue-peut-elle-quitter-le-domicile-conjugal/#footnote_3_3665" id="identifier_3_3665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Du moins avant l&amp;#8217;ordonnance de non conciliation qui pr&eacute;voit des mesures provisoires.">4</a></sup> aux obligations des époux. Et pas davantage aux droits patrimoniaux de l&#8217;un et l&#8217;autre.</p>
<p>Or, notre couple déchiré se trouvait marié sous le régime de la <em>communauté légale</em>. Ce qui signifie que les revenus de l&#8217;un et de l&#8217;autre entrent dans le patrimoine commun, et que l&#8217;un et l&#8217;autre peuvent en faire usage jusqu&#8217;à la dissolution du lien matrimonial. Je ne vois donc guère pourquoi les prélèvements de l&#8217;épouse sur le compte joint peuvent constituer e<em>n tant que tels</em>, une violation grave des obligations nées du mariage. Sauf bien sûr à imaginer un quelconque détournement, qui n&#8217;est pas allégué dans l&#8217;espèce.</p>
<p>La réserve de la Cour de cassation sur ce point me paraît donc pour le moins curieuse, nonobstant le renvoi opportun à la souveraineté des pouvoirs du juge du fond.</p>
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<br><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_3665" class="footnote">Pas de panique, cependant : l&#8217;obligation de respect était imposée aux époux avant même la loi de 2006, qui n&#8217;a fait qu&#8217;entériner la jurisprudence en vigueur.</li><li id="footnote_1_3665" class="footnote">ou les insultes.</li><li id="footnote_2_3665" class="footnote">A raison, sans doute.</li><li id="footnote_3_3665" class="footnote">Du moins avant l&#8217;ordonnance de non conciliation qui prévoit des mesures provisoires.</li></ol>]]></content:encoded>
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